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Billet de blog 5 avr. 2016

Cachez moi ce voile que je ne saurais voir

Le voile est l’asservissement de la femme… les talons aussi, croyez-moi.

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Laurence Rossignol et Manuel Valls ont, semble t-il, une nostalgie civilisatrice...

Sujet foudroyant, empoisonnant la classe politique et sociale française, l’obsession suprême pour la préservation de la survie européenne, étourdissement pour la grande préoccupation du sort des femmes car oui, on s’en inquiète, des femmes. Elles sont si fragiles, si aptes à être manipulées, à ne pas pouvoir penser par elles-mêmes. À ce qu’on dit, ces créatures fébriles ne connaissent pas le libre-arbitre. Ordonnez-leur de se défénestrer et elles se jetteront tête la première. Proposez-leur d’être dévouées à leur famille et elles vous confieront les clés de leurs menottes. Donnez-leur un bout de tissu et elles se voileront entièrement. À coup sûr.

Il faut alors leur apprendre à être libres, à savoir se comporter comme des êtres émancipés – car elles ne sauront jamais le faire par elles-mêmes. Les éduquer, c’est les civiliser dans les bonnes manières. Petites, Cendrillon et ses copines vont leur apprendre qu’il faut quand même croire au prince charmant, un beau gosse un peu inutile qui leur fera danser le temps d’un soir avant de s’agenouiller, même si Elsa va crier à la libération dans une belle robe cocktail. Barbie murmurera aux oreilles des bambines. Elle leur racontera les douceurs de leur avenir : vous devrez être féminines nuit et jour, pour oublier que vous êtes des êtres vivants dégageant des gaz sous vos draps. Des tonnes de produits fabriqués dans des usines financées par des investisseurs esclavagistes seront à votre disposition. Être belle, c’est trois fois rien, juste de quoi étaler un pot de peinture sur vos gueules : fond de teint, poudre libre, poudre solaire, fard à joue, fard à paupière, anticerne, antiride, anti pore, anti tâches de rousseur… Cristina succédera à Barbie et elle vous fera découvrir les joies de la féminité : portez des talons, nom de Zeus, une femme, ça porte des talons, vous connaissez une fille qui n’a pas de chaussures à talons dans sa garde-robe ? Souffrez, souffrez ! Oui, car il faut souffrir pour être belle, jusqu’à vous faire cramer le cuir chevelu à coup de fer à friser ou défriser, parce qu’on n’est jamais présentable selon nous-mêmes.

J’ai quitté un pays où certaines me disaient que le voile était la plus belle parure de la femme. Aujourd’hui, j’ai atterri dans un autre diktat land où on me dit qu’une femme a une feuille de route pour se préparer le matin. Etre féminine est aussi un code de soumission, dans un but de séduction pour l'acceptation sociale, au risque de se faire passer pour une "plouc" ou pire : "enlève ce jogging car tu t'es laissée trop aller, il faut continuer à plaire à ton homme". Je n’ai jamais su comment m’y tenir, car je me déguise chaque fois que je rentre dans un code. En réalité, nul ne peut définir ce qui soumet un être humain à accepter tel ou tel code selon ce qu'il ou elle lui parait légitime, car celle qui adhère à la souffrance des talons à 12 centimètres ou un voile fuchsia provient de sa volonté, où les facteurs sociaux ne sont certes pas exclus mais difficiles d'en connaître l'importance d'influence. Les codes vestimentaires changent et se modifient. Ainsi, dois-je dire qu’une femme cachant son corsage au risque d’attentat à la pudeur à côté de son partenaire masculin, arborant fièrement son torse spartiate, puisse être une soumission des genres ? La véritable émancipation des femmes est le respect total et indiscutable de son libre-arbitre et de la gestion de son corps, lui appartenant entièrement et indiscutablement. La mission civilisatrice de ses congénères humains n’a pas à lui dicter sa façon d’adopter ses codes vestimentaires, quel qu’ils soient.

Se préoccuper de l’égalité salariale ou du harcèlement dans le milieu professionnel semblent être des combats bien plus intenses que de prendre de haut une catégorie de femmes, dont il faut bien les accepter une bonne fois pour toute.

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