CONTRE-INFORMATION SUR LA SITUATION EN GRÈCE

 

Contre-information vs désinformation

MISE EN PLACE D’UN GOUVERNEMENT DE COLLABORATION

Cinq choses importantes à savoir : 
1 - Ma fille Lisa et d’autres témoins du départ des incendies (qui habitent aussi en bordure de montagne à Ilioupoli) affirment avoir entendu plusieurs explosions. Au moins pour quatre des nombreux départs de feu. Ils dénoncent également des déploiements de MAT (CRS) en grand nombre, un peu partout, qui auraient dérangé et interrogé à plusieurs reprises les initiatives auto-organisées de la population (les "autorités" sont dépassées) ce qui a énervé beaucoup de gens (plusieurs interpellations, ce qui est vraiment de la provocation). 
2 - Tsipras n’est pas avec Obama, contrairement à ce que racontent certaines rumeurs, il est à Athènes, en train de mettre en place l’accord "Merkollande" (nombreuses mesures d’urgence). 
3 - Ne laissez pas dire que la Grèce va recevoir une aide de sept milliards. C’est complètement faux : toute cette somme n’est qu’un simple tour de passe-passe pour les créanciers, rien de plus. Ce n’est que pour le trou noir d’une dette inique. Du sur mesure. La population n’aura rien. Rien du tout. 
4 - Ne laissez pas dire que la Grèce aura, à terme, 25% d’un fond de 50 milliards. Il ne s’agit, en vérité, que de privatisations massives et délirantes du bien commun à grande échelle (infrastructures, électricité, montagnes, îles, plages, etc.). En réalité, les Grecs seront dépossédés de 75% de tout ce qui sera vendu (qui ira exclusivement à la dette et aux banques). Et, au mieux, il restera 25% qui ne pourront être utilisés que selon la volonté de la troïka qui décide désormais de tout en Grèce : aucune loi ne peut être votée sans son accord. Pour celles/ceux qui n’aurait pas compris, la Grèce est purement et simplement devenue une colonie sous la tutelle de la troïka. Nous venons de vivre un coup d’état. Et le nouveau gouvernement, actuellement mis en place, n’est rien d’autre qu’un gouvernement de collaboration. 
5 - En effet, Tsipras vient à l’instant d’exclure, parmi ses ministres, tous ceux qui ont critiqué l’accord terrible de lundi matin. L’accord de la honte : celui de la soumission politique, Même Panagiotis Lafazanis, ministre de l’écologie et de l’énergie, l’un des principaux fondateurs de Syriza et l’une des figures de l’insurrection de l’Ecole Polytechnique contre la dictature des Colonels est démis de ses fonctions. C’est la chasse aux sorcières. Et apparemment, ce n’est pas fini...

On est loin, très loin, du référendum du 5 juillet. Les jours semblent des années.

Yanis.Youlountas

Photo : Panagiotis Lafazanis, l’un des principaux fondateurs de Syriza et résistant contre la dictature des Colonels, chassé du gouvernement.

http://blogyy.net


 

CONTRE-INFORMATION 
SUR LA SITUATION EN GRÈCE

Merci de vos messages de soutiens et/ou de remerciements. Actuellement, ma fille Lisa*, que certains d’entre vous connaissent, est en train de lutter contre les flammes au-dessus des quartiers mitoyens d’Ilioupoli et d’Argiroupoli, à l’Est d’Athènes, où vivent les trois-quarts de ma famille, en bordure de montagne. Au moins 80 départs de feu, au total. Des dégâts immenses. Une population désespérée, mais qui lutte dans des conditions très difficiles. Beaucoup de jeunes parmi les volontaires, dont ma fille et d’autres jeunes, de 20 ans ou plus, venus en renfort du centre d’Athènes. Une température caniculaire. Un vent très fort (de 7 à 8). Une véritable fournaise. De la fumée jusqu’à l’Acropole. Ce soir, les rotations de la nuit vont s’organiser. Une assemblée va bientôt avoir lieu devant la mairie d’Ilioupoli.

Ce qui se passe en Grèce est un drame démesuré, injuste et odieux. Depuis deux jours, j’ai eu connaissance directement de deux suicides, dont une personne qui m’était proche, cette nuit. Il y en eu probablement d’autres. Les gestes de désespoir sont nombreux, quelle que soit la forme. Parce que l’absurde appelle l’absurde. La trahison incite au désespoir. Néanmoins, dans ce néant politique, certaines choses qui peuvent paraître choquantes ne sont pas dépourvues de sens : des locaux politiques brisés ou tagués, des politiciens interpellés, parfois même menacés... Une partie de la population est très en colère, surtout la jeunesse. Et il est difficile de savoir comment cette rage va s’exprimer dans les heures et les jours qui viennent.

Athènes est sous un volcan. Un volcan en éruption. Un volcan qui tue : ici les arbres dans les flammes des incendies, là les humains dans les flammes de l’austérité.

Ce n’est plus Athènes, c’est Pompéi.

Y.Y.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.