Histoire de Pierre Dzialoszynski et des siens

1929 en Touraine. La Grande Crise qui s'annonce n'a pas encore traversé l'Atlantique et il est encore possible pour des populations fuyant la misère et l'antisémitisme en Europe Orientale de trouver du travail en France.

 

C'est ainsi que cette année là, son cousin Max Leczinski déjà installé à Tours  fait venir David  en Indre et Loire.  Il habite rue Colbert et lui a trouvé du travail.

 

David Dzialoszynski, né le 10 mars 1910 à Lowicz est Polonais. Rapidement il fait venir sa mère et sa plus jeune soeur Madeleine. Il devient marchand forain et travaille durement.

 

Il rencontre dès le début des années 30 une jeune fille, née le 8 novembre 1914 à St Ouen les Vignes. Elle se nomme Berthe Friedmann et appartient elle aussi aussi à une nombreuse famille. Ses parents venus d'Odessa en Russie vers 1910 avaient été assignés à résidence en Touraine.

 

Leur mariage est célébré en la synagogue de la rue Parmentier le samedi soir 26 novembre 1932.Leur fils Pierre naît à Tours le 1er Juillet 1933.

 

Berthe et Pierre sont français de naissance, David le devient par naturalisation en 1940.

 

Survient la déclaration de  guerre puis « l’étrange défaite » de 1940. Pétain reçoit les pleins pouvoirs et prend la direction d'un nouveau régime autoritaire sous occupation Allemande  pour la partie nord du territoire.

 

Dès le 3 octobre 1940 est promulgué le statut des juifs qui les met à l'écart .

 

Berthe, David et Pierre sont donc recensés comme juifs français parmi 366 compatriotes.

 

Le 26 octobre de la même année, David reçoit de la préfecture sa carte d'identité qui sera marquée en grandes lettres rouges du mot « JUIF ».

 

Très vite, leurs maigres biens sont confisqués au nom de l' « Aryanisation de l'économie ». Devant le péril qui monte, David et Berthe passent en zone libre pour préparer un refuge pour la famille.

La mère de David, Esther qui habite rue Coursière avec sa fille Madeleine et son petit-fils Jacques(Yitzak)  né à Dantzig en 1936 accueille Pierre qui dès janvier 1942 est scolarisé à l’Ecole Velpeau.

 

Le 2 juillet 1942, Pierre et Jacques, leur grand-mère et leur  tante qui n'a que 17 ans tentent le passage de la ligne de démarcation à Dolus le Sec. Ils sont arrêtés, emmenés en car à la prison Michelet.

 

Les enfants et leur grand-mère y restent  avant d’être internés au camp de La Lande à Monts : à cette date, les Allemands ne veulent pas des enfants.

 

Le 15 juillet au soir commence la grande rafle de Touraine qui va durer 24 heures : une cousine de David, Estera Leczinska, est prise dans cette rafle, elle sera dans le convoi 8 parti d'Angers le 20 juillet 1942 et avec elle Madeleine jugée « apte au travail ».

 

Ni l'une ni l'autre ne reviendront.

 

Le 19 juillet, encore à Michelet, le petit Pierre écrit à sa mère, il sait que sa tante est partie «  en Allemagne pour travailler ».  Il demande qu'on leur envoie « un paquet avec du beurre, frais le beurre,,, ». Il écrit qu'il espère que «  mes nouvelles sont très bonnes ».

 

Sa grand-mère maternelle Ida Friedmann qui habite rue Eugène Sue fait une demande de libération pour Pierre et Jacques. La réponse est non et le 11 septembre 1942, les deux enfants et leur grand-mère paternelle montent dans le convoi 31 qui les emportent vers Birkenau où ils sont gazés à l'arrivée.

 

Le reste de la famille se cache , trouve assistance auprès de tant de gens simples qui s'élèvent alors contre le sort réservé à ces familles et réussit à échapper aux persécutions.Seul Paul Friedmann, né à Tours en 1922,  oncle de Pierre , résistant est arrêté à Lyon et déporté en 1944 dans le convoi 48. Il reviendra de déportation.

 

La maman de Jacques s'est installée en Israël, elle n'a jamais eu d'autre enfant. David et Berthe sont restés en France et ont eu 2 autres fils, Claude et Michel. C’est Claude qui a bien voulu témoigner auprès de Marie-Paule Fresneau sur le destin du frère qu'il n'a pas pu connaître.

 

Birkenau ou Auschwitz 2: le lieu de la chaîne industrielle de production de morts:savoir qu'il y eut là 2 sortes de victimes également respectables mais différentes:

 

Celles qui, internées  pour ce qu'elles avaient fait ou pour leurs choix politiques,religieux ou sexuels, mourraient d'épuisement ou sous les coups et puis, près d'un million en ce seul lieu,détruites industriellement, pour le seul crime d'êtres nées juives, et pour vingt mille autres,tziganes.

 

Quel que soit leur âge, après les avoir privés de toute dignité,nues,poussées,agglutinées et gazées jusqu'à ce que mort s'en suive,puis leur corps exploité comme une matière première.

 

Pas une mort humaine,non,une mort de poux pour des êtres chéris par les leurs et qui les chercheront à jamais de tout leur coeur sidéré.

 

Dire l' effroi après avoir feuilleté le mémorial de papier de Serge Klarsfeld.

 

Dire les heures passées aux archives pour retrouver des dizaines de noms puis les confronter aux listes des convois. Presqu'à chaque fois tressaillir quand les dates et les lieux concordent et que la liste s'allonge.

 

Dire que cette histoire là ne doit pas être assumée par les seuls peuples juif ou tzigane mais par nous tous, Humains, puisque  fut commis à Birkenau un « crime contre l'humanité ».

 

Dire l'omniprésence de ce passé qu'on nous a caché quand nous étions enfants mais que nous savions là tapi dans la conscience de nos parents.

 

Dire que nous sommes soucieux de concilier la passion de la vie avec l'infini respect que nous devons aux victimes et à ces lieux de mémoire qui n'auraient pas dû exister.

 

Nous arrivons dans le temps d'après les survivants et un vertige nous saisit, nous qui sommes allés là bas sur les lieux de ce crime industriel et en sommes restés à jamais marqués.

 

 

 

Chercher et faire savoir sans relâche mais tournés vers l'avenir  pour arrêter quand il est temps l'engrenage vers le pire et donc

poser avec Marc Olivier Baruch  dans "Servir l'Etat Français-1940/1944"

ces questions essentielles:

 

Jusqu'où obéir?

Qu'est ce que servir? et pour qui le faire? 

 

Parce que ce crime là  fût commis au nom des lois,

celles de l'Allemagne nazie mais aussi celles de la France de Vichy

 

Aujourd’hui, chers amis, chères familles parfois venues de loin

nous sommes à vos côtés.

 

Les noms des vôtres seront prononcés

Avec respect,

Avec douleur,

Avec amitié.

 

 

Yvette Ferrand, présidente d'Honneur de l'AREHSVAL

le 30/09/2012 dans le péristyle de l'Hôtel de ville de Tours

 

 

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