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Billet de blog 26 avr. 2013

La famille lièvre et son petit hérisson (version non psychanalytique) + La famille lapin et son petit lapereau

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Contes de Katarzyna Lachowicz

La famille lièvre et son petit hérisson
Il était une fois des parents lièvres qui aimaient beaucoup leur petit dernier hérisson. Pourquoi
hérisson me direz-vous ? C’est impossible pour un lièvre de s’accoupler avec un hérisson. Il était
peut-être adopté ? Le petit hérisson avait peut-être deux papas ou deux mamans ?
Peu importe puisqu’ils l’aimaient.
Et comme ils l’aimaient, ils respectaient le fait qu’il soit différent et qu’il n’ait pas les mêmes goûts
qu’eux. Comme à part cela il se développait parfaitement bien ils étaient heureux.
Fin de l’histoire.
La famille lapin et son petit lapereau
Il était une fois des parents lapin qui aimaient beaucoup leur petit dernier lapereau.
Il était si doux et si mignon. En grandissant il devenait de plus en plus différent de ses frères et
sœurs, cependant cela ne les surprenait pas trop, après tout chacun a sa propre personnalité et c’est
bien ainsi. Mais bientôt le petit lapereau a commencé à les inquiéter : il ne voulait pas manger ou
alors uniquement des feuilles de laiteron des champs provenant d’un champ en particulier, pas un
autre !
Il devenait violent avec ses frères et sœurs car il n’arrivait pas à se faire comprendre : en effet il ne
parlait pas. Il ne s’amusait pas à gambader dans les champs avec les autres petits lapereaux. A vrai
dire il ne courait jamais et ça, c’était vraiment très inquiétant.
Il tournait en rond, ne dormait pas la nuit, s’enfuyait fréquemment car il n’avait aucune conscience
du danger. Il faisait ses crottes un peu partout. Bref, il épuisait toute sa famille.
Les parents demandèrent donc conseil à un grand lièvre, connu dans toute la contrée pour avoir,
disait-on, réussi à guérir des cas semblables. Le Grand Maitre en Pensée Magique commença par
poser plein de questions aux parents sur leur désir d’enfant, sur leur couple, leurs origines. Il a
demandé à la maman si elle avait allaité son petit et combien de temps, si elle n’était pas dépressive
après avoir donné la vie, si quelque part au fond d’elle une petite pulsion de mort, même
inconsciente, ne lui aurait pas furtivement traversé l’esprit.
La maman ne comprenait pas le pourquoi de toutes ces questions mais ayant affaire à un ponte dans
le domaine elle se disait qu’il y avait bien une raison à ce questionnement.
Et effectivement ! A la fin de la visite, même si les parents ne savaient toujours pas ce qu’avait leur
petit lapinou, ils étaient fixés sur au moins une chose : « il fallait qu’ils fassent le deuil de leur enfant
et abandonnent toute l’idée de progression ». Si leur petit était comme ça c’est qu’ « il cherchait sa
terre » (sa maman venant d’une autre contrée). S’il ne voulait pas parler c’était probablement parce
que sa mère était « trop bavarde » et ne lui laissait pas d’espace pour vivre. S’il ne voulait pas écrire
c’est parce qu’ « il ne voulait pas laisser de trace ».
Les parents, affolés, étaient prêts à tous les sacrifices pour leur petit. Ils demandèrent au Grand
Maitre en Pensée Magique ce qu’ils avaient à faire.
« Pour commencer, dit-il avec autorité, il convient de mettre le petit lapereau dans une structure
adaptée ou il serait entouré d’autres petits animaux comme lui et où il pourrait stéréotyper
joyeusement avec eux autant qu’il le voudrait car il est important de respecter le sujet et attendre
l’émergence de son désir de communiquer ».
Le petit lapereau y bénéficierait aussi des « soins » : ateliers divers et variés comme pâte à modeler,
musique, contes. Il pourrait même tremper ses fesses dans une pataugeoire s’il le voulait. Le tout,
pris en charge par d’autres animaux, pas de frais à avancer !
Après réflexion, complètement abattus, les parents du petit lapereau ont signé.
Le petit a commencé sa prise en charge. Il aimait beaucoup y aller : contrairement à l’école (ou il est
allé très peu) là-bas, on ne lui demandait rien, on l’observait, jouait avec lui ou carrément le laissait
tranquille pour ne surtout pas le brusquer. C’était une sorte de Grande Recrée, une super garderie de
luxe.
Personne ne voulait dire aux parents lapins ce qu’y faisait concrètement leur petit lapinou.
Personne ne lui disait quoi faire concrètement pour stimuler son lapereau.
Seulement, les mois passant, le comportement du lapereau se dégradait : il criait de plus en plus
souvent, était de plus en plus violent avec ses frères et sœurs, continuait à faire ses crottes partout,
réveillait toute la maisonnée la nuit, saccageait sa chambre à la moindre frustration.
Pas question de le scolariser dans cet état. Personne n’en voulait.
La tension permanente a épuisé toute la famille et surtout le couple des parents lapins. Ils ont
divorcé.
Deux fins possibles
Fin n°1
La maman seule continuait à voir le Grand Maître pour réparer sa relation avec le petit lapereau mais
avec de moins en moins de conviction. En voyant son enfant régresser elle devenait sceptique. On lui
aurait menti ? Ben non, se rappellera-t-elle : le Grand Maître lui a pourtant bien dit d’abdiquer toute
idée de progression. Mais en voyant son lapereau souffrir et s’enfoncer de plus en plus elle ne
pouvait s’y résoudre.
Pendant les vacances dans sa contrée natale elle est allée consulter un spécialiste qui le premier a
mis les mots sur le mal dont souffrait son enfant.
De retour chez elle la maman lapine a glané des informations sur des forums, échangé avec d’autres
parents d’enfants dont les troubles lui rappelaient étrangement le sien. Elle y a passé des nuits
entières.
Finalement sa décision fut prise : elle allait retirer son lapereau de cette structure où il végétait et
imitait d’autres enfants avec des troubles encore plus graves que les siens.
Avec l’aide des parents rencontrés elle a trouvé une prise en charge adaptée pour son petit : des
techniques (TEACCH, Modèle de Denver, ABA-VB, Makaton, PECS, remédiation cognitive etc)
éprouvées un peu partout dans le monde sauf dans la contrée natale de son lapereau où la Pensée
Magique était largement diffusée.
Les intervenants associaient la maman à tout ce qu’ils faisaient, lui donnaient des conseils concrets,
expliquaient le pourquoi du comment, s’appuyaient sur les points forts du lapereau pour le voir
avancer et pouvoir le féliciter le plus souvent possible. Elle ne se sentait plus seule et encore moins
jugée.
Son enfant, dont elle devait faire le deuil, commençait à faire des progrès en communication et du
coup les crises s’estompaient car il arrivait à se faire comprendre.
Tout n’était pas rose, loin de là mais son petit lapinou progressait, à son rythme, parfois de façon
spectaculaire, parfois plus timidement et c’était ça le plus important. Il allait peut être pouvoir un
jour trouver sa place au sein de la société parmi d’autres animaux en tout genre.
Fin n°2
La maman seule continuait à voir le Grand Maître pour réparer sa relation avec le petit lapereau mais
avec de moins en moins de conviction. En voyant son enfant régresser elle devenait sceptique. On lui
aurait menti ? Ben non, se rappellera-t-elle : le Grand Maître lui a pourtant bien dit d’abdiquer toute
idée de progression. Mais en voyant son lapereau souffrir et s’enfoncer de plus en plus elle ne
pouvait s’y résoudre.
Elle a essayé de retirer son lapereau de la « structure adaptée » mais elle s’est vu envoyer une
enquête sociale pour défaut des soins. On a voulu lui retirer son lapereau et le placer (pour son bien
naturellement) car selon les services de la forêt elle était incapable d’en prendre soin et faire de bons
choix thérapeutiques.
Le petit lapereau de 6 ans seulement a été remis dans la « structure adaptée » afin d’y être soigné de
manière sérieuse, avec des neuroléptiques car il devenait ingérable.
Il y a fait plusieurs allers-retours durant des années et n’était jamais retourné à l’école.
Il n’allait pas mieux malgré tous les efforts des maîtres des lieux.
Dix ans plus tard il a été remis à sa mère car étant devenu adulte on ne pouvait plus rien pour lui.
Le lapereau avec le corps de lapin était trop fort pour sa maman qui, épuisée, subissait ses crises
toute seule. Jusqu’au jour où n’en pouvant plus elle a commis irréparable.
Malheureusement pour elle, elle a raté son suicide. Elle devra vivre jusqu’à la fin de ses jours avec ce
qu’elle a fait. La société des animaux a été émue et pleine de compassion. La plupart des animaux en
tout genre ont compris le geste de cette maman désespérée.
Comment pourrait-on la juger ?
Après tout, son enfant était autiste.

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