Tunisie : sécurité, vigilance et agenda politique.

Sécurité.

 

Quatre personnes au moins ont été tuées et 17 autres blessées, samedi 5 février, dans le Kef (nord de la Tunisie) où la police a ouvert le feu pour repousser des manifestants qui lançaient pierres et cocktails Molotov sur un poste de police a déclaré à l’agence Tunisie Presse (TAP), une source autorisée au ministère de l'Intérieur tunisien.

La même source précise que le ministère de l'Intérieur, en coordination avec les unités de l'armée nationale, ont immédiatement procédé à l'arrestation du chef du commissariat de police du Kef et l'ont conduit au siège du ministère de l'Intérieur pour l'interroger concernant les circonstances de cet incident.

S’il est difficile à distance de lire ces événements malheureux qui voient à nouveau des citoyens payer de leur vie l’expression de leurs revendications, on peut néanmoins affirmer qu’ils sont le signe d’une situation sécuritaire encore trouble dont le gouvernement de transition doit prendre toute la mesure.

 

Nomination des gouverneurs vivement critiquée.

 

La nomination récente des nouveaux gouverneurs, a été vivement critiquée par les partis d’opposition. Le Parti Démocrate Progressiste (PDP) a dénoncé le mode de désignation des nouveaux gouverneurs qui, a-t-il regretté, ont été choisis sans consultation. Dans un communiqué, le PDP s’est dit surpris de l'absence de personnalités connues de la société civile et de la vie politique et de la poursuite de la désignation des membres du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) pour gouverner les régions en cette étape transitoire.

 

Le Mouvement "Ettajdid" souligne également son refus de la procédure de nomination des nouveaux gouverneurs, "d'autant plus, indique-t-il, qu'il s'agit de nominations pour des postes sensibles directement liés au développement équitable entre les régions et entre les classes sociales". Dans un communique rendu public, vendredi, "Ettajdid" considère que les dernières nominations ne répondent pas aux attentes du peuple car la plupart des nouveaux gouverneurs sont membres du RCD ancien parti au pouvoir du Président Ben Ali.

 

Pour sa part, M. Mustapha Ben Jaafar, Secrétaire Général du Front Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL) et ministre démissionnaire du premier gouvernement d’Union nationale a souligné lors d’un congrès tenu le samedi 5 février 2011, l'impératif de rompre avec les symboles de l'ancien régime et a exprimé ses inquiétudes quant aux dernières décisions prises.

 

Il est à craindre, dans une étape transitoire et dans une situation sécuritaire encore trouble que ce type de mesures concrètes, manquant de courage politique ou du moins de volonté claire de rompre avec le passé n’avivent les tensions et n’instaurent une crise de confiance vis-à-vis d’un gouvernement de transition qui ne doit en aucun cas oublier qu’il reste soumis à la volonté du peuple.

 

Solidarité

 

La société civile reste en effet fortement mobilisée comme en témoigne ce dimanche le départ depuis Tunis, d’une caravane de remerciements que les organisateurs décrivent comme spontanée apolitique et areligieuse, vers Sidi Bouzid, l'une des régions où a démarré la révolution tunisienne.

 

Agenda politique.

 

Rappelons pour finir que la transition démocratique dépend dans le même temps des travaux de la Haute commission des réformes politiques et juridiques, présidée par Yodh Ben Achour. Ce dernier a récemment déclaré que dans l’objectif d’organiser des élections présidentielles dans six mois voire dans un an, seule la loi électorale doit être dans un premier temps modifiée, ce qui peut se faire par décret-loi. La Chambre des Députés tiendra, lundi prochain, une séance plénière. L'ordre du jour de la séance comporte l'examen d'un projet de loi portant habilitation du président de la République par intérim à prendre des décrets-lois, conformément aux dispositions de l'article 28 de la Constitution Tunisienne. Il faudra suivre avec attention les résultats de cette séance.

 


 

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