Tunisie : les démocrates sont inépuisables !

Si la révolution demande du courage, car il faut une certaine dose de témérité pour mettre sa vie en danger en manifestant et en affrontant les forces de l'ordre, la période de transition n'en demande pas moins. Mais c'est un courage d'une toute autre nature.

Si la révolution demande du courage, car il faut une certaine dose de témérité pour mettre sa vie en danger en manifestant et en affrontant les forces de l'ordre, la période de transition n'en demande pas moins. Mais c'est un courage d'une toute autre nature.

 

Il faut d'abord prendre le temps de s'informer, ce qui n'est pas chose aisée dans un pays où la presse et les médias vont mettre du temps à se restructurer.

 

Ce n'est pas chose aisée quand le gouvernement de transition lui-même croit encore pouvoir manipuler le champ médiatique à son avantage. Dimanche 6 février, différents médias nationaux (télévision nationale et Agence Tunisie Afrique Presse) annonçaient autour de 18 heures, la dissolution pendant une période d'un mois du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), parti de l'ex dictateur Ben Ali, le temps de lancer les poursuites judiciaires nécessaires.

 

Puis quelques heures de flottement.

 

L'information n'est pas reprise au journal de 20 heures, les citoyens s'interrogent et se tournent vers des chaines étrangères en quête de sensationnalisme, qui démentent l'annonce de la dissolution, sans sources claires ni concordantes. Les Tunisiens s'envoient des messages, commentent sur Facebook, démentent ou confirment et perdent beaucoup de forces au passage.

 

Il semblerait si on en croit un communiqué de l'Agence Tunis Afrique Presse que l'agence aurait reçu une requête du département du ministère de l'intérieur pour retirer « provisoirement » cette information du site, dans l'attente de précisions complémentaires. De ce fait, la rédaction a retiré l'information du site, sans pour autant l'annuler du fil d'actualité de l'agence dans les trois langues. Et en l'absence de nouvelles précisions du ministère de l'Intérieur, l'Agence a décidé de republier l'information sur le site.

 

La guerre de l'information bat donc son plein et elle va nécessiter elle aussi sa part de courage.

 

Puis c'est à la colère d'entamer les énergies. L'actuel ministre des affaires étrangères a en effet tenu des propos d'un autre âge sur le plateau de Nessma TV, propos qu'il serait bien fastidieux de rapporter à ceux qui ont eu la chance de ne pas l'entendre, mais qui prouvent l'incompétence crasse de ce ministre face à la situation que vit la Tunisie aujourd'hui. On fait état suite à cette émission de plusieurs insomnies à Tunis et l'on sait combien le manque de sommeil entame la lucidité.

 

C'est également l'inquiétude qui refait surface, suite aux nominations des Gouverneurs qui ont eu lieu selon les partis d'opposition présents dans le gouvernement sans concertation aucune. Sur les 24 gouverneurs nommés 19 sont membres du RCD. Cette décision a obligé les habitants de Sfax et de Gafsa à manifester à nouveau pour obtenir le départ des membres du RCD et la dissolution de toutes les structures qui étaient sous la tutelle de ce parti. Cette décision a laissé les autres citoyens perplexes sur la marche à suivre. Manifester à nouveau ? Continuer à protester ? En on-t-ils encore la force ? Triste jeu que jouent le gouvernement et ceux qu'il semble craindre. Table-t-on donc encore sur l'épuisement de la population ?

 

Enfin et surtout, c'est la peur et la tristesse qui ont rejailli avec les troubles qui ont secoué l'intérieur du pays et notamment la région traditionnellement frondeuse du Kef (Nord-ouest du pays) et l'annonce de 4 morts et de plusieurs blessés.

 

Mais malgré tout, plusieurs centaines de Tunisiens ont trouvé la force aujourd'hui d'aller manifester au Bardo, devant le siège du Parlement pour demander le départ d'une assemblée qui n'a à leurs yeux, et à raison, aucune légitimité et pour réclamer l'élection d'une nouvelle assemblée constituante. Si leur volonté n'a pas encore été suivie, leur présence était le meilleur des avertissements en direction des parlementaires. Il ne s'agit pas aujourd'hui, pas plus qu'hier et que demain, de manœuvrer contre la volonté du peuple.

 

Le parlement était réuni en séance plénière pour adopter un projet de loi habilitant le Président de la République à prendre des décrets-lois. Ce qu'il a fait fort heureusement. La chambre des conseillers tiendra, mercredi 9 février 2011, à nouveau une séance plénière avec pour ordre du jour l'examen du projet de Loi.

Il reste dans le même temps à la Haute commission des réformes politiques et juridiques dirigée par Y. Ben Achour de proposer à l'actuel Président par intérim, Fouad Mebazza, de réformer l'actuelle loi électorale dont il est inutile de rappeler qu'elle n'a aucune teneur ni substance démocratique.
Les Tunisiens continueront à rester vigilants et qu'on se le dise, les forces démocratiques ne sont pas prêtes de s'épuiser.

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