Tunisie : faut-il aimer le ministère de l’intérieur sur Facebook?

Max Weber a parfaitement théorisé dans son ouvrage Economie et société les différents types de dominations qui peuvent s’exercer sur un peuple. C’est bien la domination charismatique qu’ont exercé depuis l’indépendance les dirigeants tunisiens sur leur peuple. Cette forme de domination repose sur la soumission au caractère exceptionnel, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire de la personne qui exerce le pouvoir.
Max Weber a parfaitement théorisé dans son ouvrage Economie et société les différents types de dominations qui peuvent s’exercer sur un peuple. C’est bien la domination charismatique qu’ont exercé depuis l’indépendance les dirigeants tunisiens sur leur peuple. Cette forme de domination repose sur la soumission au caractère exceptionnel, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire de la personne qui exerce le pouvoir. Ces qualités parfois légitimes mais souvent factices doivent dans être les deux cas sans cesse réactivées et mises en avant et lorsque le leader ne parvient plus à convaincre, sa tête tombe.

 

Il y a un mois, la Tunisie s’est débarrassée de ce que nous espérons être son dernier « leader charismatique ».

 

 

Comment les Tunisiens ont-ils vécu ce mois de sevrage, sans qu’aucun "sauveur suprême" ne vienne à leur secours, sans qu’aucun père de la nation ne vienne les rassurer ou les gronder affectueusement mais fermement, sans qu’aucune figure ne soit parvenue – pour le moment – à s’accaparer le pouvoir ?
Pour beaucoup, le passage se fait sans difficultés, certains hommes et certaines femmes politiques, la société civile et ce qu’elle compte en citoyens et en associations se constituent en force de veille, d'appui aux initiatives démocratiques, sans attendre un quelconque sauveur. Certains rechignent même à devoir se prononcer lors de la prochaine échéance électorale sur le choix du futur président, car ils auraient préféré élire une assemblée constituante tout en militant pour un régime parlementaire qui les mettrait à l’abri des dérives passées. Mais ils prennent leur courage à deux mains, restent vigilants et espèrent beaucoup de la Haute commission des réformes politiques ou comptent sur la maturité politique d’une certaine opposition notamment de gauche qui veillera à ce que le peuple ne soit pas confisqué des fruits d’une révolution chèrement payée.
D’autres davantage tenants de l'ordre cherchent à être rassurés. Ils ne parviennent pas encore à dépasser le stade des sentiments et oscillent entre folles espérances et peurs démesurées, comme s’ils n’avaient pas encore tout à fait réalisé qu’il leur faudra désormais marcher seuls, sans le regard faussement protecteur et bienveillant d’un quelconque chef de famille.
C’est ce qui explique peut-être que le groupe « Ministère de l’intérieur », crée sur Facebook le 10 février, ait attiré près de 100 000 fans en 4 jours. Nous ne savons pas encore grand chose de M. Farhat Rajhi qui est à la tête de ce ministère, mais sa personnalité et son franc parler semblent séduire beaucoup de Tunisiens.
Si certaines des mesures prises par son ministère comme la suspension des activités du RCD ancien parti au pouvoir, correspondent aux attentes démocratiques de beaucoup, gardons-nous néanmoins de retomber dans le culte de la personnalité et dans l’admiration aveugle et affective. M. Rajhi doit être jugé sur ses actes, nul besoin pour le moment de lui donner total satisfecit car la route est encore longue vers la démocratie.
Rappelons pour mémoire qu’il est à la tête d’un ministère qui doit plus que tout autre être assaini et qui demandera un grand effort de restructuration. Les exactions commises par ce même ministère et par certains de ses agents, les actes de torture, les arrestations arbitraires et les abus de pouvoirs en toute sortes ne peuvent pas s’effacer à la faveur d’un simple relooking et d’une opération de communication. On ne peut croire aujourd’hui que les Tunisiens puissent se contenter d’une "politique de réconciliation nationale"qui se contente de s’exprimer sur le web et donc virtuellement.
Il est également de notre responsabilité de citoyens de rappeler à M. Rajhi dont le ministère peut constituer un excellent tremplin vers la présidence, qu’il ne doit penser à rien d’autre qu’à sa mission transitoire, le matin en se rasant.

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