Tunisie : Vigilance et optimisme face à la Haute commission des réformes politiques

L’une des conséquences d’un système où règnent corruption et népotisme, prédation et clientélisme est de brouiller la hiérarchie des valeurs.

 

Du sommet de l’état, jusqu’à la sphère privée, en passant par le système éducatif et les entreprises, les Tunisiens ont intériorisé des schémas erronés de pensée à travers lesquels ils ont longtemps jugé les autres.

 

Combien de fois les Tunisiens ont-ils contourné les règles les plus élémentaires qui prévalent dans une société, par convenance, car c’était plus simple et plus confortable ainsi ?

 

Combien de fois, un citoyen a-t-il cédé et soudoyé un agent de la Poste ou un policier pour obtenir ce qui aurait dû lui revenir de droit ?

 

Combien de fois a-t-on entendu en Tunisie, un citoyen s’empêcher d’admettre un désaccord politique de fond avec un cousin au troisième degré, en avançant la primauté du lien familial ?

 

Combien de fois des universitaires ont-ils entendu leurs étudiants tenter de négocier leurs résultats, en avançant telle ou telle excuse irrecevable, ne faisaient que reproduire les mécanismes d’un système où tout se négociait sans respect des règles ?

 

Pour que ces agissements relèvent définitivement du passé, les citoyens doivent donc absolument renouveler leur hiérarchie de valeurs.

 

Si l’on prend le cas de la Haute commission des réformes politiques dont les travaux et la méthodologie sont de la plus grande importance pour l’avenir politique et démocratique du pays, la question se pose de savoir sur quels critères doit-on désormais la juger.

 

Faire confiance à M. Ben Achour qui la préside car il est le frère d’une militante reconnue des droits de la femme serait une absurdité.

 

Dénigrer les membres de la commission parce que la rumeur les dit politiquement ambitieux est un non sens.

 

Juger ses membres sur leur probité, sur leurs compétences académiques, sur la rigueur de leurs propos et la clarté de leurs raisonnements nécessite un véritable effort d’investigation et un temps de réflexion.

 

Sans donner un blanc-seing – qui ne le demandent d’ailleurs pas - aux membres de la Haute commission des réformes politiques, sans s’interdire de les critiquer si nécessaire - ce qui est le propre du jeu démocratique - il faut néanmoins se méfier des campagnes de dénigrement systématique et sans fondements, tout autant que des admirations béates et démesurées.

 

Lors d’une conférence de presse M. Ben Achour est revenu hier mercredi 24 février, sur la mission consultative et de conseil de sa commission et a annoncé que son rôle allait être publié dans le journal officiel. Mieux encore il a indiqué que les acteurs qui réclament la création d’un conseil national de la protection de la révolution allaient être intégrés à la commission.

 

C’est bien cela qu’il faut entendre et juger voire au besoin critiquer[1].

 

A chaque fois que les membres de la commission s’exprimeront il faudra les juger selon des critèresde rigueur et de rationalité. A chaque fois qu’ils commettront des erreurs ou des approximations, il y aura toujours un esprit éclairé et attentif pour le signaler.

 

Voilà qui doit pousser, au milieu de cette fièvre révolutionnaire, à l’optimisme. Il est en effet admirable que la Tunisie, malgré les vicissitudes du système politique et éducatif soit parvenue à générer de véritables compétences, notamment parmi ses juristes, ses économistes, ses historiens, ses linguistes, ses médecins et ses autodidactes. Ces compétences conjuguées doivent permettre à la transition démocratique d’aboutir.


[1] http://www.mosaiquefm.net/index/a/ActuDetail/Element/13342-Yadh-Ben-Achour--Je-n-ai-pas-d%C3%A9missionn%C3%A9-Le-r%C3%B4le-et-la-constitution-de-la-commission-seront-publi%C3%A9s-dans-le-JORT-prochainement-.html (en arabe)

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