Aux confins (Journal du mois du Corona 71)

Le journal d'un (parmi tant et tant) qui vit au jour le jour le (dé)confinement dû au coronavirus.

(Jeudi 12 août 2021)

Carmela nous a invités, les enfants et moi, à fêter mon cinquante-et-unième anniversaire au Torrione. Le 8 août.

Il Torrione est un pub proposant bruschette et autres panizze, juché au sommet de la ville, sur une petite place d’où l’on aperçoit au loin l’Adriatique qui frappe mollement les plages de sable fin de San Benedetto. Nous avons nos habitudes sur ces plages privatisées. Les parents de Carmela nous offrent, chaque été, notre location en ville et nos transats à la concessione où nous rencontrons d’année en année les mêmes visages – parents qui se fanent sur pieds, enfants qui montent en graine.

Sur la place sommitale se dresse une petite Tour au pied de laquelle des passants reprennent leur souffle après l’éprouvante ascension, s’assoient, pendant que d’autres, bien plus nombreux, vont s’attabler à la terrasse. Eleonora et Tonio sont chez eux, ils jouent à cache-cache ou, Eleonora délaissant soudain son frère, elle s’empare d’une laisse et va promener un petit chien docile sous l’œil bienveillant d’une dame d’un âge incertain (à San Benedetto, bien plus qu’à Marcq, les femmes n’ont pas peur du coup de bistouri bien placé).

C’est un des endroits de la ville où nous parvenons à retrouver le souffle qui nous manque aux rues bondées et fumantes. Cette année, nous résidons à quelques dizaines de mètres de la concessione, je sors ainsi de la salle de bains en fin de matinée et d’un bond (gracieux) me retrouve au bar à avaler caffè et cornetto alla crema en fouillant l’horizon marin à la recherche de ma mie et de mes enfants.

Tout serait pour le mieux si l’appartement disposait d’une clim’. Il est heureusement enchâssé dans un bâtiment aux murs étanches au flot bouillant qui stagne dehors. Mais quand même. L’homme du Nord n’est pas préparé aux nuits exotiques, supportées persiennes baissées mais fenêtres ouvertes sur les interminables fêtes où les jeunes du cru cherchent la transe. Je ne leur jette pas la pierre. J’en faisais de même à leur âge dans les discothèques belges. Mais aujourd’hui, pardonnez-moi d’insister – j’ai 51 ans. Et, ces dernières années, cette année encore, j’ai été confronté à la maladie, à la mort, des autres, membres de la famille, amis, « connaissances », … par trop souvent pour ne pas en être affecté.

Depuis quelque temps, je me sens vulnérable. La moindre douleur, le moindre dysfonctionnement de la machine corporelle, réveillent en moi ce qui ne s’assoupit jamais tout à fait – la peur, non pas de la mort, mais de mourir. Ne confondons pas les deux sensations, car il s’y agit davantage de sensation que de sentiment, d’où la difficulté de les épuiser par la parole, par le langage. Par le sens. La peur de la mort renvoie à une peur d’intellectuel, une peur philosophique, qui ne transit pas au vrai mais interroge, inquiète : que se passera-t-il après ? L’alternative posée par Socrate dans L’Apologie garde sa pertinence : soit un sommeil sans rêve, soit la transition vers l’ailleurs. La peur de la mort pose l’alternative sans la résoudre, elle en éprouve l’irréconciliable, elle s’en inquiète disais-je, elle est oscillation, aller-retour insomnieux. La peur de mourir s’arrête quant à elle en deçà de cette inquiétude de la pensée qui fait respirer plus vite. La peur de mourir ne pense pas, c’est un affect pur qui, en tant que tel, ne raisonne pas, ne s’inquiète pas, ne va ni ne revient, mais s’affale sur soi, abasourdi et tremblant. Aveugle à soi. Peur sans intentionnalité : elle n’a pas peur de, elle a peur intransitivement, elle est peur, sans objet, sans même un lever d’horizon par quoi l’objet puisse trouver une place où prendre forme et consistance.

Un Socrate, un Épicure, n’y changeront rien, qui, j’en suis sûr, l’ont connue, à la fin, la peur de mourir, comme j’ai vu un de mes chiens se coincer sous un canapé, un de mes chats se coincer sur un coussin, contre le dossier d'un fauteuil de rotin, au fond de la cabane du jardin – il faut alors se blottir, se retirer d’un retrait qui ne négocie pas le virage de la fuite, ou la volte du pas de côté, trop raisonnés, mais donne un violent coup d’épaule, de tête, contre le mur du monde pour en sortir. Ou au moins s’y écraser.

Aveugle.

Cette peur de mourir signe l’échec de la philosophie en même temps que son bulletin de naissance.

La philosophie fait mine de s’y confronter en lui substituant la peur de la mort, l’angoisse (Heidegger), celle-là même qui soulève un bref instant la paupière du lycéen somnolent (il fait chaud dehors, j’ai mal dormi, j’ai faim, prise de tête toutes ces questions, à quoi ça sert ?, j’espère avoir une bonne note en maths, ...).

Quand Lichtenberg note dans un de ses carnets qu’il a vécu des semaines dans la pensée de la mort comme dans un bain régénérant, je veux bien le croire. Il a vécu dans la pensée. Soit. Dans la peur de mourir ? J’en doute.

Au fil des années, la peur de mourir a pris de la place dans ma vie et s’est à peu près substituée, je répète le mot sciemment, à la peur de la mort que je tente vainement de faire ressentir durant une heure ou deux à mes élèves depuis une trentaine d’années. La seule évidence qui les touche (à peine), c’est le rappel de ce qu’à la fin de l’année scolaire nous aurons tous quelques mois d’espérance de vie en moins. À part ça, à part ce décompte… Notre finitude commune leur échappe. Joyeuse invincibilité, immortalité olympienne, de la jeune pousse.

Hier dans la nuit (je mijotais torse nu, poil humide, dans la salle-à-manger), et cet après-midi (il me restait 40 minutes de film), j’ai « visionné » (comme on dit aujourd’hui) La Mort de Louis XIV d’Albert Serra. Louis XIV, Jean-Pierre Léaud, y agonise pendant une heure et cinquante minutes. Flottant dans la lumière jaune ambré, vaporeuse, des toiles de Rembrandt, égaré dans d’épaisses robes de chambre brodées d’or, digéré par les draps pulpeux, la jambe gauche progressivement charbonnée par la gangrène, Louis s’enfonce sous ses énormes perruques (d’inquiétants bosquets gris crépitant de flammèches blondes) pour se ramasser en une bouche serrée comme une fermeture-éclair, laissant échapper un mot inaudible ou une indigeste gorgée de vin. Pendant que les médecins, les prêtres (dont un possède malicieusement les traits de Jacques Henric), s’affairent autour de lui, sur lui. Et, après la fin, en lui, mains palpant, purgeant, les majestueux boyaux.

J’ai pensé à ma grand-mère, à la douloureuse fin de sa vie à l’« EHPAD » (encore un de ces acronymes, tel SDF, qui permettent de ne pas nommer le réel – de l’interminable mourir, de la pauvreté, … – et de lui substituer, là encore, un simulacre de mot, un terme technique à ranger dans une nomenclature, une parmi tant d’autres, laquelle à son tour enseignera par les faits qu’il n’y a de réel que planifié, prévu, financé, donc maîtrisé, qu’il n’y a donc pas à s’inquiéter, à s’indigner, et surtout à réfléchir

Albert Serra a capté quelque chose de l’universelle peur de mourir, sous les ors de Versailles. Et je me demande si Jean-Pierre Léaud, à mes yeux l’immortel, imputrescible, Antoine Doinel des Baisers volés ou du Domicile conjugal, soit un jeune homme d’une grâce maladroite, traversé d’une électricité de marionnette défilée, je me demande s’il a eu le courage, la force, de se voir dans le film dont il creuse sous les draps un effrayant trou noir.

Visage de plâtre sale, bouche avaleuse de lumière.

J’ai aperçu, il y a une quinzaine d’années, une de ces bouches enténébreuses, lors d’un concert d’Antony and the Johnsons, qui versait une plainte, de bête plus que d’homme, de la bête en l’homme. Qui se tordait, hululait. J’avais voulu fuir à toutes jambes.

La société, la société française en particulier, refoule avec son style propre la peur de mourir.

Au Torrione, Carmela me faisait remarquer combien les règles de circulation diffèrent entre l’Italie, en l’espèce Naples, et la France, en l’espèce Lille (ou Paris). À Naples, comme j’ai pu le constater, les « règles » sont celles de la survie. Deux files sont prévues au sol pour qui circule... eh bien on roulera sur cinq ou six files tracées pour l’occasion par les voitures, les scooters, etc. de passage ! À l’arrière du scooter, si ce n’est de la mobylette, on déposera un réfrigérateur brinquebalant, et puis on se mettra en devoir de tracer son zigzag personnel dans l’agglomérat mi-humain, mi-métallique, sans l’ombre d’une hésitation. La grappe mettra parfois des heures à se défaire mais chacun ira sans trop d’encombre à destination et sans avoir trop dépensé d’énergie nerveuse. S’agit-il là d’un amor fati typiquement méditerranéen, enseignant à subir le sort sans s’en inquiéter ? Carmela me dit qu’il y va, dans la circulation napolitaine, d’un rapport à la loi ignoré du Français (lillois ou parisien) : la loi n’y est pas inscrite, écrite, marquée au sol, elle relève de l’échange personnel des regards – les conducteurs de tous types de véhicules se regardent dans les yeux, scrutent les visages, communiquent par tous les sens, et savent dès lors quelle ligne trouver, tracer, pour traverser l’amas comme une particule presque immatérielle, un neutrino.

En France au contraire, rien de personnel dans la circulation, la loi est inscrite au sol et écrite dans un indiscutable « code de la route », gravée dans la stèle comme les Dix Commandements, et donc nul besoin d’échange, de communication, de regards adressés à l’autre, de dialogue (ça bavasse beaucoup, vitre baissée, dans une heure de pointe napolitaine), la voiture roule infailliblement, conduite par un automate toujours sûr d’avoir raison (il est ainsi programmé), et qui préférera mourir ou tuer dans un accident, avec la loi pour lui (croit-il, toujours selon sa programmation), plutôt que de céder le passage à un cycliste pressé ou imprudent. Google car avant l’heure.

Les philosophes, comme les juristes, sauront en l’occurrence distinguer la loi naturelle alla napolitaine de la loi positive (autonomisée de tout rapport à la nature, ou au bon sens) à la française.

Carmela de me faire observer que le rapport à la conduite métonymise les rapports spécifiques de l’Italien et du Français à leur État respectif. Je l’ai vérifié là aussi. Il y a un indéniable bordel (pas d’autre mot) en Italie, des routes défoncées jamais réparées, des musées tenus par cinq gardiens qui jouent aux cartes à l’entrée et ne quitteront leur partie sous aucun prétexte, des bus qui arrivent dans un autre continuum temporel que les horaires (fictifs) indiqués aux arrêts, un rapport à la politique teinté d’ironie ou remisé dans une distance ontologique qui aurait fait rêver Thoreau en son temps, etc. En France, Carmela me le répète : ça fonctionne. Les bus arrivent à l’heure, de même que les trains, les fonctionnaires ne font que ce qu’ils ont à faire dans le strict horaire et le domaine de compétence impartis, mais ils sont ultra-efficaces, à mesure de leur impersonnalité, il est par exemple facile de déclarer ses impôts ou de renouveler sa carte d’identité (alors qu’en Italie…), ...

Je ne multiplierai pas les exemples polarisant nos pays.

Raphaël a été, enfant, traumatisé par mes cris d’orfraie quand nous essayions de rouler à vélo à deux sur les routes de San Benedetto, à telle enseigne qu’il n’ose, aujourd’hui encore, emprunter ledit vélo pour se déplacer à Lille, ville du cycliste-roi, mais il n’y a qu’en Italie que je puis prétendre traverser la route avec un enfant au plein milieu du flux automobile. On s’arrête volontiers pour nous laisser passer, la courtoisie est là aussi naturelle, j’oserai dire qu’elle ne ressortit pas même à l’éducation.

Je me tiens au milieu du gué, là où Carmela a fait son choix et éprouve une réelle et profonde nostalgie de l’humanité propre à son peuple. La jeunesse fuit l’Italie natale, même si (et parce qu’) elle y est bien formée et est mieux reçue ailleurs que dans son propre pays – mal ordonné au plan des infrastructures de l’emploi. Les professeurs de philosophie italiens enseignant en France font preuve d’une érudition qui nous fait défaut. Un érudit de la trempe d’Agamben n’est une denrée rare que dans un pays où nombre d’universitaires ne labourent, durant leur longue carrière, qu’un unique et étroit sillon qui en fait de grands connaisseurs du sillon biné jusqu’au tuf autant que de vrais incultes quant au sillon du voisin. L’Italien est, de son côté, un homme de la Renaissance, un homme de culture générale, un Pic de la Mirandole ; où le Français s’enorgueillit de sa radoteuse « spécialité ».

Inutile de dire que je me sens éminemment italien pour ce qui est de la variété des intérêts. Pour quoi je n’ai jamais tenté de devenir universitaire ni désiré l’être, même si j’ai enseigné et enseignerai encore ponctuellement dans l’enseignement dit « supérieur ». J’ai de même participé à quelques « colloques », j’y ai parfois fait des rencontres intéressantes, mais globalement j’ai trouvé ridicule cette pratique mondaine. On jugera toujours l’intervention du poussiéreux mandarin « passionnante », « décisive », et on écoutera d’une oreille distraite celle du brillant doctorant, ou du sagace « chercheur indépendant » (un pauvre hère qui ne parvient pas à trouver de poste dans le « supérieur » et se voit condamné à enseigner misérablement dans le « secondaire », ou dans de sordides institutions privées, mais ne peut pour autant s’empêcher de traîner pathétiquement dans les couloirs du royaume rêvé pour y picorer quelques miettes de « reconnaissance », et prolonger son rêve poignant).

Bref. Les Verdurin ont encore de beaux jours devant eux. Le salon est comble.

À San Benedetto, je me sens épargné par la bêtise sanitaire et les peurs de vieillards. Dehors, sous le soleil, peu de masques font la farandole, même si le nombre est là, qui marche, roule, ou se prélasse aux terrasses avec le spritz glacé. À l'intérieur des bâtiments, le masque est chez lui. Soit. On n’en fait pas un drame.

Je lis qu’en France, le fameux « pass sanitaire » a envahi les espaces publics. Et, dans les journaux télévisés, je vois tous ces gens qui affirment que « Bon… un QR Code en plus ou en moins ? Qu’est-ce que ça change si c’est pour combattre la pandémie ? ». Je prends acte de la hargne, alimentée par les hommes politiques et les médias de masse, des « vaccinés » à l’encontre des « anti-vax » ou « anti-pass »… L’insulte fuse généreusement. Et, comme dans la séquence des Gilets Jaunes, le grand projecteur est braqué sur les brebis galeuses, « complotistes », antisémites, et j’en passe.

Et je me pose une question. Qu’est devenu le Français ? Où est-il passé, sacredieu ? Où le révolutionnaire, le communard ? Encore et toujours, j’en ai assez de devoir l'admettre, il a été transformé par une Circé de bas étage (une Castex, une Veran, …) en mouton qui bêle les ordres du pasteur en étant persuadé d'être un loup. Qui sont tous ces gens qui clament, sans avoir suivi le plus petit trimestre d’études de médecine, sans même s’être renseignés un tant soit peu sur l’état de corruption avancée des laboratoires délivrant les vaccins, qu’il faut se faire vacciner, qu’il faut cautionner l’utilisation du « pass » dans tous les champs, tous les états, de la vie sociale, qui mendient toujours plus de surveillance, de protection, de police (au sens le plus large du terme), qui pratiquent volontiers la délation, fustigent les « séparatistes », etc. ?

Est-ce la peur de mourir, peur d’animal humain vieillissant, qui s’empare là de tout le corps social, contaminant jusqu’aux jeunes dieux qui marchent parmi les vieilles bêtes frileuses ?

Je goûte, je tiens à le préciser, le spectacle donné par les médecins généralistes de plateaux de télévision (une nouvelle spécialité médicale qui fait fureur aujourd’hui), qui connaissent aussi bien l’épidémiologie, et plus largement l’histoire des sciences, l’épistémologie, que moi les règles du base-ball, et parlent de la nécessaire vaccination (mais pas des théories, des méthodes, des tests, en somme, du temps incompressible, qui la supportent en droit) avec d’autant plus de componction. Un des enseignements du Corona aura été la révélation du nombre considérable de ces médicastres, d’autant plus arrogants qu’ils sont ignares (et/ou vendus à la mafia des laboratoires privés), dignes descendants des « saigneurs » de Molière. Ou, si nous restons chez Proust, du savoureux docteur Cottard.

La bêtise du corps médical est légendaire dans la littérature, mais je l’ai vue à l’œuvre avec éclat, dans mon cas particulier, et dans bien d’autres, dont celui de mon père, décédé d’un cancer de la plèvre il y aura bientôt 20 ans. Deleuze y fait une référence amusée, de l’ordre du vécu, dans son Abécédaire. Je crois que cette bêtise idiosyncrasique n’est pas tant liée à la médecine elle-même qu’à la manière dont elle est enseignée en France – comme une variation de la plomberie, destinée à une élite sociale qui a surtout fait la preuve de sa parfaite docilité aux consignes de l’école dans ce qu’elles ont de moins critique, de moins réflexif.

Là aussi, l’italianité nous ferait du bien. Les Italiens aiment leurs anciens, les gardent à la maison plutôt qu’ils ne les enferment à double-tour à l’EHPAD, et les médecins que j’ai consultés à San Benedetto ou à Rome m’ont paru plus chaleureux, moins « notables » détenteurs d’un ineffable savoir, que les quatre ou cinq généralistes auto-satisfaits, et/ou hargneux (les médecins nourrissant souvent une haine plus ou moins rentrée du corps professoral dont je fais partie), qui ont daigné m'accompagner jusqu’à présent dans mon humble périple sanitaire.

Vous l’avez compris – je n’aime pas les médecins, en tout cas les médicastres1. Je n’aime pas plus les « anti-vax » délirants, je tiens à rassurer les « pro-vax » au passage.

J’aime qui doute. Le vrai « intellectuel ». Qu’il ait ou non fait des études. Il n’y en a pas plus chez les enseignants que chez les caissières. Pas moins chez elles que chez eux.

Et je tâche d’en être, les enfants, même si j’affirme beaucoup. Le dubitatif est en minorité aujourd’hui, et donc sur la défensive.

Même au sceptique il faut parfois gueuler quand le bruit ne cesse.

Ce soir, Carmela m’invite à un excellent restaurant, La Vecchia di Campana, situé comme Il Torrione sur les hauteurs de la ville, mais à flanc de rocher. À table, nous ne serons que deux, Eleonora et Tonio passant la nuit chez leurs grands-parents, et nous dégusterons des plats fins, de poissons, de fruits de mer, pour l’essentiel, et quelque rafraîchissant Verdicchio qui s’imposera naturellement.

Je gage que la peur de mourir, pas plus que de la mort, ne me coupera la parole ou ne l’aggravera à sa manière.

Nous respirerons à l’ombre feuillue d’une ancienne et belle bâtisse.

Ici, dans l’Italie brouillonne, je ne suis pas impatient de retrouver tous ces moutons français, heureux de la clochette qu’on vient de leur pendre au cou.

Tiens... C'est qui, déjà, le propriétaire du Monde ? © Jean-Pierre L. Tiens... C'est qui, déjà, le propriétaire du Monde ? © Jean-Pierre L.

1Je dois à l’honnêteté d’avouer que j’ai eu l’heur d’être traité, quand j’étais âgé d’une vingtaine d’années, par une femme médecin d’une telle compétence, d’une telle ouverture d’esprit, d’une telle sincérité dans le rapport humain, que je remettais sans aucune peur ma santé entre ses mains et avais presque plaisir à aller la consulter dans son cabinet. Je n’ai plus jamais connu, de près ou de loin, une expérience de cette teneur avec les représentants du corps médical. Malchance ? Je ne me souviens pas, sans rire encore, du médecin qui me citait, l'air entendu, presque féroce, Le Bateau ivre de Michaux...

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