Lettre à François Hollande, Monsieur le Président

Lettre à François Hollande, Monsieur le Président. De la part d'une lanceuse d'alerte parmi bien d'autres, en soutien à Antoine Deltour et Édouard Perrin.

Monsieur le Président, 

 

J'aurais bien aimé vous entendre suite à l'appel du collectif "informer n'est pas un délit" en soutien à Antoine Deltour et Édouard Perrin, tous deux citoyens français, notamment après vos déclarations sur les lanceurs d'alerte à propos des Panama Papers..

Je ne vous cacherai pas avoir toujours été une militante des idées progressistes défendues par la Gauche et l'un de vos soutiens lors des élections présidentielles de 2012. 

Je ne vous étonnerai sans doute pas en vous disant ma déception au terme de votre quinquennat. Il ne me semble pas ici utile de m'étendre sur ce sujet, d'autres et oh combien nombreux, s'en chargeant tous les jours.

Cependant, je suis dans ce contexte plus qu'un autre, puisque je suis depuis trois ans , l'une des trois lanceurs d'alerte dans l'affaire banque Pasche /Crédit Mutuel et donc à ce titre, bien placée pour exiger de vous, votre entier soutien en paroles et en actes à Antoine et Édouard. 

Je peux vous paraître présomptueuse en me qualifiant de lanceuse d'alerte; ce n'est ni un choix, ni une vocation. Mes collègues et moi avons tout simplement fait ce que j'entends parfois dans votre bouche et quasi quotidiennement dans celle de votre premier ministre et de ses ministres. J'ai agi en citoyenne responsable et avertie. J'ai constaté, dans mon environnement de travail que certaines personnes réalisaient selon moi des opérations et accomplissaient les actes interdits par mon employeur (donc le leur), par la profession dans laquelle j'exerçais, par les règlements édictés par les autorités de contrôle de cette même profession, enfin et surtout par la loi. Je vais peut être vous choquer, mais petite fille d'immigrés italiens, j'ai été élevée dans le respect du travail, et des valeurs de la République, persuadée que les chances que cette dernière m'offrait passaient par le respect du contrat social. Comme vous le savez, ce contrat ne peut fonctionner que si chaque citoyen est soumis aux mêmes devoirs et obligations. 

Aussi, si certains aujourd'hui se permettent de me qualifier de délatrice en réalisant les alertes que j'ai faites, je m'estime n'avoir agi qu'en fonction de mes convictions, obligations et intérêts de la communauté. Or, où en suis-je trois ans plus tard? A l'image d'Antoine, et de bien d'autres , totalement exclue du monde du travail et de la Société. Je vous épargnerai les blacklistages professionnels dont nous faisons l'objet, l'extrême lenteur des enquêtes judiciaires qui ne permettent pas de retrouver rapidement une réhabilitation, le montant conséquent des frais d'avocats et de procédures que l'on doit assumer alors que nous sommes sans revenus, des difficultés extrêmes à se faire entendre....

Je vais arrêter de me plaindre. Je ne demande pas votre compassion . Antoine, non plus. Nous demandons simplement que le plus haut représentant de l'Etat défende l'action de citoyens soucieux avant même leur propre intérêt, de la défense des valeurs et des lois de la République que vous êtes censé incarner. Or, tant d'années après les premiers scandales financiers, sanitaires et autres, qui ont pourtant et grâce à ces seuls lanceurs d'alerte, permis de protéger la collectivité et même de l'enrichir, cinq années après votre élection et votre engagement, ces derniers continuent littéralement à crever pour avoir défendu ces valeurs inscrites dans l'ADN de la République Française. C'est lui faire outrage et votre propre inaction , c'est faire outrage à votre fonction.

Enfin, sachez que si la seule réponse à votre silence et à vos inactions est la loi dite Sapin II, pour être aujourd'hui une victime directe de l'absence de cadre protecteur, je peux vous dire que ce texte n'est qu'un texte de plus, totalement insuffisant et sans ambition qui ne peut me confirmer qu'au delà de vos belles paroles, il n'y a aucune volonté des représentants du Peuple à défendre des valeurs et des principes de la République.

Le combat que vous menez et apparemment si cher à votre premier ministre , sur l'identité de la France, se joue beaucoup plus dans la défense des lanceurs d'alerte que sur le débat électoraliste sur la déchéance de nationalité ou port du voile....

Reste à savoir si vous êtes un simple politicien ou le President de tous les français défenseur des valeurs de la Nation. Vous pouvez très simplement répondre à la question en agissant très rapidement en paroles et en actes aux appels que vous lancent Antoine, Édouard, Stephanie, Nicolas, Céline, Jean-louis, Mathieu, Gilles, Françoise et tous les autres. 

 

Bien à vous.

Céline Martinelli

 

 

 

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