La France malade de ses citoyens : le Civisme

Qu’est-ce que le civisme ?

 

On entend souvent parler d’incivilité ou de manque de civisme, mais presque jamais de civisme. Il semblerait que l’on ne se rende compte de son existence que lorsqu’on en manque.

« Le civisme, d’est le dévouement du citoyen pour l’Etat, de l’individu pour la collectivité. » (Dictionnaire Antidote). Pour être plus simple, disons que c’est le respect par le citoyen des règles édictées pour permettre la vie au sein de la collectivité nationale.

Les lois qui permettent aux Français de vivre ensemble sont nombreuses et variées. Même si nul n’est censé ignorer la loi, personne ne les connaît vraiment toutes.

Cependant, on peut les résumer en un petit nombre de principes, contenus dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789. Ils concernent la liberté, l’égalité, la fraternité, auxquelles nous ajouterons la laïcité. Si tous les citoyens respectaient ces principes, l’Etat n’aurait pas à sévir, et l’on vivrait sans problème ensemble.

1. Nos lois et nos valeurs

 

Si l’on suit bien les principes de la Déclaration du 26 août 1789 :

Article 5 « La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

Article 6 - La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse...

Article 7 - Nul homme ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires doivent être punis; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant; il se rend coupable par la résistance. »

· Ce qui n’est pas interdit est permis, et personne ne peut obliger quelqu’un à faire quelque chose qui n’est pas rendu obligatoire par la loi.

· Ce sont les citoyens ou leurs représentants qui font les lois. La loi est la même pour tous, que ce soit pour protéger ou pour punir.

· On ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas prévus par la loi et dans les formes qu’elle prescrit. Ceux qui sont coupables d’actes arbitraires doivent être punis. Mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir sur le champ : toute résistance est alors coupable.

Dès sa naissance, et parfois même avant, dans le ventre de sa mère, le futur citoyen est placé sous la protection de la société. Sa santé, son enseignement, sa formation professionnelle, les transports etc. sont pris en charge par la société, ou par ses parents, en tout cas, pas les générations précédentes.

A condition de vivre assez longtemps, chaque citoyen passe par les stades de futur citoyen, d’actif puis de retraité. Les générations sont solidaires, et tous ceux qui profitent des autres auront un jour à s’occuper des autres. Il y a donc un contrat des générations.

Ceux qui ne veulent rien faire pour la société parce qu’ils n’ont pas demandé de naître, tout en voulant profiter de droits, oublient que, pour des raisons techniques, personne n’a pu désirer naître. C’est donc notre sort à tous d’être lâchés en ce bas monde. En tant que Français, nous sommes plutôt bien lotis, grâce à tout ce qu’ont fait nos ancêtres avant notre naissance. Notre vie est organisée grâce à eux, et nous pouvons profiter de ce système. En revanche, si nous en profitons en tant qu’enfant, on attendra de nous, devenus des adultes, que nous fassions notre devoir, en particulier que nous travaillions, que nous cotisions, que nous payions nos impôts pour que le système perdure. Une fois retraités, nous profiterons du devoir assuré par les générations qui suivent.

La notion de contrat des générations est donc essentielle pour assurer le fonctionnement et la pérennité du système.

3. Les règles de base

 

Si l’on considère la société comme un système qui attend des citoyens qu’ils fassent leur devoir pour pouvoir profiter des droits offerts, et que le citoyen respecte un certain nombre de lois, on voit bien que la base du système, c’est le citoyen. Tout Français doit donc se considérer à la fois comme un individu qui a des droits, certes, mais qui a aussi des devoirs. Dans tous ses actes, le Français doit donc se demander si quelque chose qui est bien pour lui en tant qu’individu, l’est aussi pour la société.

Pour que celle-ci fonctionne, il faut que ses citoyens se sentent responsables, et qu’ils respectent les lois de la République. Si une société peut se permettre d’avoir quelques parasites, il ne faut pas que ce nombre augmente au point de mettre en péril le système entier. Plus le nombre de profiteurs augmente, plus il devient difficile de faire fonctionner le système, et moins les soutiens de ce système ont envie de s’échiner pour les autres.

Le civisme et son respect par le plus grand nombre est donc la pierre angulaire du système.

Les règles de base qui sont au cœur de notre système sont celles dont le nom orne le fronton de nos monuments : la liberté, l’égalité et la fraternité, auxquelles nous ajouterons la laïcité, qui se cache dans l’article 10 de la Déclaration susnommée.

3.1. La liberté

Dès l’article 1, on apprend que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».

On comprendra que la liberté de chacun doit avoir des limites. Si j’ai envie de faire du bruit la nuit, alors que mon voisin a envie de dormir, ma liberté, faire du bruit, empiète sur la sienne, et si je renonce à faire du bruit pour qu’il puisse dormir, alors, c’est lui qui empiète sur ma liberté.

La question est de savoir qui doit renoncer, dans ce cas, à sa part de liberté. La loi sur le tapage nocturne interdisant de faire du bruit au delà de 22h, alors qu’elle n’interdit pas de dormir, lève le doute : c’est à moi de renoncer à ma liberté.

D’ailleurs, l’article 4 précise :

« Article 4 – La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. »

La fameuse loi interdisant le tapage nocturne correspond bien à cette définition. Il est nuisible pour la santé d’autrui de l’empêcher de dormir, alors qu’il n’est pas nuisible d’être empêché de faire du bruit. La loi tient donc compte de cet article 4, et je dois la suivre.

Faire du bruit après 22h est donc un acte d’incivisme. Nous verrons la semaine prochaine que bon nombre de nos concitoyens s’en soucient comme d’une guigne.

Le fait de franchir, au nom de sa liberté personnelle, les bornes déterminées par la loi contribue à faire d’une société policée une jungle où règne la loi du plus fort.

3.2. L’égalité

Chacun sait que:

· L’on peut naître beau ou laid, grand ou petit, intelligent ou bête, vaniteux ou modeste.

· L’on peut être costaud et en bonne santé ou souffreteux et malade.

· L’on peut naître dans un pays riche, ou dans un pays pauvre, dans une famille nantie ou défavorisée.

Comment, dans ces conditions, assurer l’égalité ?

L’article 1 précise que les hommes « naissent égaux en droit ». L’article 6 stipule qu’ils sont tous égaux devant la loi. Et il explique : « Tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

La seule différence admise est donc celle qui s’explique par une différence de vertu et de talent. Il s’agit donc d’une égalité dans les limites du possible.

3.3. La fraternité

La fraternité n’est pas nommée dans la Déclaration. Elle correspond à l’entraide entre les citoyens. C’est une conséquence de la liberté et de l’égalité. Si l’on veut que les citoyens vivent libres et égaux, il faut soutenir ceux que le destin, la maladie, la perte du travail mettent en état d’infériorité.

3.4. La laïcité

La laïcité est contenue dans la Déclaration dans l’article 10, qui précise que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Il est donc clair que l’on peut pratiquer sa religion, mais à condition de ne pas troubler l’ordre public fixé par la loi.

La séparation de l’Eglise et de l’Etat n’est pas contenue dans la Déclaration, mais comme elle a été décidée par la loi, il faut l’appliquer.

 

A lire :

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789

La semaine prochaine :

Comportement incivique : les problèmes de fond de la société française

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