C’est à l’intérieur que guette le danger

Traduction d'une lettre ouverte envoyée à Angela Merkel par des chercheurs spécialistes des aérosols, dans laquelle ils critiquent les mesures prises dans la lutte contre le coronavirus. Source : Informations de la première chaîne de télévision allemande ARD, version du 12.04.2021 07h32 https://www.tagesschau.de/inland/coronavirus-forschung-auflagen-101.html (Traduction : Christian Meunier)

C’est à l’intérieur que guette le danger

Les chercheurs spécialistes des aérosols ont critiqué les débats actuels sur les rencontres dans les jardins à bière ou sur le jogging en plein-air. C’est là que les mesures aborderaient le problème par le mauvais bout. Bien au contraire, c’est la protection à l’intérieur qui devrait être renforcée.

 Dans une lettre ouverte, les têtes pensantes qui dirigent la Société pour la Recherche sur les aérosols (GAeF= Gesellschaft für Aerosolforschung ) en appellent au gouvernement fédéral pour qu’il revoie en partie son action contre la pandémie due au coronavirus. La protection contre l’infection par le virus doit d’abord avoir lieu et s’intensifier là où les gens se tiennent dans un lieu fermé. La lettre publiée sur Internet s’adresse à la Chancelière Angela Merkel, au ministre de la Santé Jens Spahn de même qu’aux Ministres présidentes ou présidents et aux Offices de Santé des Länder.

 L’affirmation principale des chercheurs est : « La transmission du  SARS-CoV-2 ne se fait presque exclusivement que dans les lieux fermés. » A l’air libre, le virus ne se transmet « que très exceptionnellement » et n’entraîne jamais d’infection en cluster, c’est-à-dire de façon étendue, selon la citation de l’agence d’information DPA tirée de la lettre. Le danger de s’infecter existe avant tout dans les lieux fermés. C’est là que guette le danger d’une infection par cluster, comme c’est particulièrement le cas dans les maisons de retraite et les cités d’habitation, les écoles, les réunions publiques, les répétitions de chorales ou les déplacements en bus. Les scientifiques lancent un avertissement :

« Si l’on veut maîtriser la pandémie, il faut sensibiliser les gens et leur faire comprendre que c’est à l’INTERIEUR que guette le danger. »

 Fausses représentations du potentiel d’infection

Pourtant, c’est justement cette sensibilisation qui, selon l’auteur de la lettre ouverte, n’a pas assez lieu. Le débat public sur les mesures prises contre le coronavirus ne correspond pas à l’état des connaissances scientifiques, si bien que les gens ont une fausse image des dangers liés au potentiel d’infection du virus. Vu les mesures telles que l’interdiction de se rencontrer dans les parcs, la fermeture complète des chemin favoris de promenade ou le couvre-feu envisagé dans le « freinage d’urgence » au niveau national, on a l’impression que : « c’est dehors qu’est le danger ». Ce n’est pas ainsi que l’on empêche les rencontres clandestines dans les lieux confinés ; « bien au contraire, on favorise la motivation d’échapper encore plus aux instructions étatiques. »

« Les éternels débats sur le fait de flâner sur les berges de rivières, le séjour dans les jardins à bière, le jogging ou la randonnée à vélo se sont révélés être contre-productifs » selon la lettre et le sempiternel avertissement concernant les contacts menace de contribuer au renforcement de la fatigue due à la pandémie reconnaissable en tout lieu. « Rien ne nous abrutit plus, nous, les humains, qu’un état d’alarme permanent » avertissent les membres de la GAef.

 

Le masque et les contacts réduits sont avant tout nécessaires à l’intérieur

C’est pour cela que les chercheurs exhortent le Gouvernement fédéral, les dirigeants et ministres des Länder à renforcer les mesures de protection en ce qui concerne le séjour dans les lieux clos. Dans ces endroits devraient se rencontrer aussi peu de gens que possible. Avant tout, parce qu’il n’y a pas seulement un danger d’infection par un contact direct avec une personne infectée, mais aussi au cas où une personne infectée aurait occupé ce lieu avant. Comme autre mesure de protection, les auteurs citent l’aération régulière ou l’utilisation de purificateurs d’air, en particulier dans les logements pour personnes âgées, les écoles et les bureaux.

Les chercheurs signalent aussi explicitement la nécessité d’utiliser les masques de protection dans les lieux clos : « Porter un masque dans une zone piétonne pour boire ensuite à plusieurs un café dans sa salle de séjour ne correspond pas à ce que nous, experts, appellerions une bonne façon d’éviter l’infection. » En outre, les auteurs en appellent à tenir les réunions comme les concerts, les spectacles de théâtre et les manifestations religieuses dans de vastes halles bien aérées, pour minimiser les risques de contagion.

 

 La Société pour la Recherche sur les Aérosols

La Société pour la Recherche sur les Aérosols (GAef= Gesellschaft für Aerosolforschung) a été fondée en 1972 par un groupe de 38 membres de l’Institut Max-Planck. Entretemps travaillent ensemble dans la GAef scientifiques internationaux, mais aussi des représentants de l’industrie et des universités du monde entier.

 La GAef organise régulièrement la « Conférence européenne sur les Aérosols », qui a réuni lors de la plus récente, en 2017, autour de 800 personnes venues de 46 pays. En outre, la société participe à des conférences internationales, lesquelles ont eu lieu par le passé entre autres aux USA, au Japon ou en Finlande.

 Actuellement, c’est le Dr. Christoph Asbach qui préside, à la tête de la GAef. Asbach dirige en outre le Département pour la Qualité de l’Air et la Filtration de l’Institut pour la Technique de l’Énergie et de l’Environnement. Aux côtés d’Asbach, on compte également, parmi les signataires de la lettre ouverte sur, le vice-président, le Prof. Dr. Andreas Held. Il dirige le département Chimie de l’Environnement et Protection de l’Air de l’Université technique de Berlin.

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