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Billet de blog 23 mars 2020

Day 6&7 21/22 mars

Un silence perturbant dans la ville, le silence du refoulé, ce que nous n'osons pas regarder. Virus et écologie, quelle relation?

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Day 6 & 7 – 21/22 mars

Alors, comment va votre staying with the trouble? C’est un grand trouble, donc rester en sa compagnie n’est pas très facile, avec toutes les infos, les intox, les théories scientifiques, celles du complot, les blagues, les conneries, les groupes de whatsapp… Il faudrait ne pas exagérer.

J’ai pensé ce matin au personnage de «Big Lebowsky» à cause d’une image qui circule et qui m’a fait rire ; pour l’apocalypse on s’imaginait habillés en super-héros alors que nous sommes tous en pantoufles ! Le virus a fait un beau strike en une semaine dans mes petites affaires : annuler la tournée du «Jardin persan», compromettre le sort de «Unfit», on venait juste de l’envoyer à plusieurs éditeurs, reporter sine die la sortie de «Dopo la pioggia», en gros les six dernières années de travail, le temps que j’ai vécu en France après avoir « décidé de consacrer ma vie à la littérature » (cette phrase qui ferait belle figure dans ma biographie post-mortem, mais quelle idée débile !). C’est seulement un petit exemple personnel, rien de bien grave, mais il me faudra traverser ça : l’incertitude, la déception, le doute et observer attentivement ce que tout cela produira en moi. M’efforcer de continuer à penser. Avec lucidité, mais en accueillant toutes les émotions qui surgissent au fur et à mesure que les jours passent.

Je reste de l’avis que le virus est un problème écologique, notre santé est liée à celle de la planète : écosystèmes pollués, abîmés, infectés, humains malades, abîmés, déshumanisés. J’espère que les études montreront la relation entre pollution et Coronavirus, ce qui expliquerait le désastre dans le nord de l’Italie, la région la plus polluée d’Europe.

C’est ennuyeux de s’ennuyer dit ma fille. Je me souviens de cet ennui quand j’étais confinée avec mon frère en Iran, quelque chose qui te colle sur la peau, t’engourdit, te fatigue. Étrange encore une fois cette histoire qui se reproduit de manière si inattendue. Est-ce mon Karma ?

La bisca (le tripot ?) est ouvert 24 heures sur 24, les enfants jouent à briscola et scopa, ils rigolent, s’enguelent, s’accusent de tricher, leurs rires qui arrivent jusqu’à moi son un vrai réconfort. Il y a une telle intimité entre nous trois. Un jour, quand elle sera finie, je sais que cette expérience me manquera, que j’aurai nostalgie de cette forme de bonheur lié à la proximité, l’effort que nous faisons tous les trois pour rester calmes, prendre soin de nous, nous respecter, nous aimer.

Nous faisons des fettucine maison, un œuf pour 100 grammes de farine avec la machine Imperia qui appartenait à mon beau-père. Je me demande ce que penseraient nos anciens de ce qu’il se passe. Mon père serait inquiet de nous savoir éloignés. Il me manque.

Je suis sortie tôt ce matin, gris, froid. Dans la rue je ne croise presque que des sans abri. Je demande au boulanger de me changer vingt euros en pièces de deux. Je peux tendre mon bras pour donner une pièce, je garde la distance de sécurité. Ils sont très respectueux des consignes. Paris sans ses habitants, sans ses cinémas, ses terrasses de cafés, ses théâtres, me semble si triste. Je n’arrive pas à apprécier sa beauté malgré le silence et l’absence de voitures.

Le silence, oui, mais il est innaturel, pesant, perturbant. Et pourtant il pourrait nous servir ce silence. J’écoute une émission à la radio italienne, une psychanalyste explique quelque chose qui me touche. Elle dit que le silence que nous vivons ces jours-ci est le même qui s’installe parfois durant les séances d’analyses. C’est le silence qui permet d’entrer en contact avec le refoulé, la souffrance que nous portons en nous et pour laquelle il n’y a pas de mots. Souvenir des longs silences en début de séance pendant mon analyse. D’être enfermée dans l’indicible, l’inexprimable.

Une question : pourquoi les choses se cassent au moment où elles ne peuvent pas être réparées ? La tige pour remonter le store de ma chambre. Le tableau accroché il y a deux semaines, un dessin de Emilio Greco appartenu à mon père, s’est décroché ; en tombant la vitre du cadre s’est cassée. Je suis nulle en bricolage. Mes essais au crochet, malgré la gentillesse d’Hélène qui m’a apporté de la laine… mais je ne suis pas prête à me rendre.

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