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Billet de blog 27 septembre 2018

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Euthanasie

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La commission ad hoc chargée de discuter sur la PMA et sur la fin de vie a donné un avis favorable en ce qui concerne la PMA mais n'a pas souhaité aller plus loin que la loi Leonetti qui est loin de répondre à toutes les situations qu'un médecin ( et un patient) peuvent rencontrer !Ce fut plusieurs fois mon cas et je vais les préciser ;La première fois que je fus confronté àu problème ce fut il y a 60 ans J'étais interne à Raymond Poincaré à Garches Est arrivé en urgence un homme d'age moyen horriblement angoissé par une gêne croissante à respirer Ila pu me préciser qu'il était atteint d'une maladie de Charcot ( la SLA ) qui avait d'abord atteint ses membres mais qui touchait maintenant ses muscles respiratoire /Son médecin souhaitait qu'il puisse bénéficier d'un "poumon d'acier" comme il en avait dans cet hôpital mais aucun n'était disponible !Et le patient me suppliait "d'en finir" comme il l'avait exprimé à ses proches ;Je l'ai écouté et je lui ai administré une dose léthale de morphine Je n'en ai eu aucun regret L'autre fois que je fus confronté au problème me concerne directement Ma première femme était une évadée du ghetto de Varsovie ou toute sa famille a péri  à Tréblnka sauf un frère parti de Pologne avant la guerre Elle fut déportée comme esclave du travail non juive r elle était blonde et parlait polonais Après des péripéties que je ne détaille pas ici elle a choisi de venir et d'étudier en France ( elle parlait déjà assez bien le français)Elle a entrepris des études de biologies -à l'époque en 1956 du développement de la biologie moléculaire.Elle a préparé et soutenu une thèse de ecience sur un sujet pointu concernant la thyroide Pour cela elle manipulait de l'iode radioactif et pour gagner sa vie faisait dans le labo des dosages d'iode utilisant des isotopes Je l'ai connue en 1960 quand elle préparait sa thèse de science et moi ma thèse de médecine et nous avons alors vécu ensemble .Elle a obtenu sa naturalisation et a ensuite travaillé en biologie moléculaire à un haut niveau avec deux futurs prix Nobel ( Marshall Niremberg et Marek Edelman aux Etats-Unis en 1963 ou moi même y travaillait en recherche Nous nous sommes mariés en 1966 Elle partageait mes opinions et mes engagements et m'a accompagné en 1967 au Cambodge ou elle a mené une enquête sur les bombardements US de ce pays pendant qu'avec JM Krivine j'allais dans les maquis du Sud-Vietnam pour le "Tribunal Russel" Elle m'a accompagné en 1973 au Japon pour un Congrès médical et nous avons fait le tour de la Mer intérieure en voiture en passant au retour par Hiroshima La même année nous sommes allés à Varsovie ou je l'ai photographiée sur le croisement de deux rues à l'endroit ou elle habitait C'est à le fin de l'année qu'elle s'est réveillée avec sur la peau des marques que j'ai tout de suite diagnostiqué comme traduisant une maladie hématologique !C'était hélas le cas ( une leucémie aigüe myeloblastique ) Je l'ai amenée dans le service du Pr Jean Bernard  à mon ami Maxime Seligman.Le diagnostic confirmé elle fut hospitalisée trois semaine en chambre stérile et puis elle put rentrer à notre appartement ou j'ai pris en charge les soins y compris les perfusions !Elle ne nous a pas demandé son diagnostic ( ni son pronostic !) "Je ne veux pas le savoir et je te fais confiance  disait elle Elle a vécu à peu près bien six moi s'occupant de son balcon fleuri voyant des amis et son frère le survivant qui vivait au Canada et-connaissant le diagnostic voulait la revoir une dernière fois !Alors qu'elle allait apparemment assez bien j'ai reçu un coup de telephone du labo qui surveillait son sang m'informant qu'elle n'avait plus de plaquettes ces éléments qui permettent la coagulation du sang en cas de besoin Elle était heureuse car elle avait appris quelques jours avant qu'elle était nommée Maitre de recherches au CNRS ( ou je fus aidé par François Jacob auquel j'avais mentionné le diagnostic fatal ) pendant 4 jours tout semblait aller bien Le jeudi 27 juin nous avons été au restaurant près de chez nous .Le premier juillet elle a été réveillée par une douleur horrible dans la cuisse et la jambe droite dans le territoire du nerf sciatique ( que je connais bien car c'est ma spécialité) J'ai tout de suite compris qu'il y avait une hémorragie dans la gaine du nerf et qu'il n'y avait rien à faire Je lui ai administré de la morphine à dose assez importantes mais cela n'a pas suffi à supprimer sa douleur §Elle m'a supplié de faire plus en me faisant comprendre qu'elle avait compris depuis déjà quelques temps que son temps était compté et qu'elle me suppliait de faire "ce qu'il fallait" !Je l'ai fait et avec une quantité léthale de morphine intraveineuse je l'ai tuée ! Je n'ai jamais regretté d'avoir écouté son appel  Nous nous sommes aimés jusqu'à ses derniers moments Ce n'est qu'après sa mort que des collègues à elle m'ont informé que quand elle travaillait avec l'iode radioctif elle avait deux fois eu une baisse des globules blancs au dessous de 1000 ( normale 7000) et que les dirigeants du labo et du Centre ( à Villejuif) ne l'avaient arretée qu'un mois et l'avait acceptée a nouveau dans son travail  sont donc les responsables de sa leucémie de type Hiroshima ( e nous avions visité un an auparavant ) Pour conclure la Loi "Léonetti n'est pas adaptée aux deux situations que je viens de décrire ici et il est urgent que la loi le reconnaisse et adapte les textes  conséquence !

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