L’ambition des Etats face aux événements climatiques s’est-elle envolée avec le cyclone PAM ?

Cinq jours après le passage du cyclone Pam qui a balayé l’archipel de Vanuatu, dans le Sud-Ouest de l'océan Pacifique, les organisations humanitaires se mobilisent pour répondre à l’urgence et venir en aide aux populations touchées. Au même moment, les représentants de 186 Etats étaient réunis à la 3eme Conférence Mondiale des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes, à Sendaï, au Japon. A l’heure actuelle les Etats présents ne se sont pas encore décidés sur des engagements en faveur de la réduction des risques de catastrophes.

Sandrine Roussy, Référente en Réduction des Risques de Catastrophe pour Action contre la Faim France, fait le point sur la situation.


Dans le discours d’ouverture de la 3eme Conférence Mondiale des Nations Unies sur la Réduction des Risques de Catastrophe, qui a lieu à Sendai au Japon, Laurent Fabius annonçait que «70% des catastrophes étaient liées au changement climatique ». Malheureusement il y a quelques jours le cyclone Pam a frappé l’archipel de Vanuatu, causant de nombreux dégâts matériels et humains, et confirmant que les catastrophes sont toujours aussi intenses et que le nombre de victimes est toujours impressionnant. Dans cette région du monde où les effets du changement climatique se font déjà ressentir, ce cyclone de catégorie 5 est l’une des plus importantes catastrophes depuis des années. La destruction massive d’infrastructures limite l’accès aux services et aux ressources - par exemple à l’eau et aux produits alimentaires - de milliers de personnes, ce qui fragilise à court et long-terme leurs moyens d’existence, ainsi que leur bien-être et leur santé.

Depuis l’ouverture de la conférence au Japon, le changement climatique est dans les discussions et il est clair que les négociations sur la réduction des risques de catastrophes ne peuvent être dissociées de celles en cours sur le Climat et qui seront finalisées lors de la COP21 à Paris. Mais à l’heure où des millions de personnes sont affectées au Vanuatu et dans d’autres parties du monde par des catastrophes multiples, à Sendai les négociations sur la révision du cadre d’action de Hyōgo avancent pas à pas, sans aucune réelle conviction.

De nombreux blocages sont observés, par exemple les Etats présents semblent incapables de s’entendre sur les modalités et les mécanismes de financement de la coopération internationale pour la mise en œuvre des politiques de gestion des risques de catastrophes. De plus la longueur inattendue des négociations pour la définition d’un nouveau cadre d’action n’est pas de bon augure pour les futurs processus de négociations en 2015 comme le financement de l’aide internationale, les objectifs de développement durable ainsi que le changement climatique. Nous sommes à ce jour surpris et déçus car au regard des 186 Etats et de nombreux acteurs de la société civile mobilisés, peu de propositions ambitieuses sont actées.

«Les négociations sont décevantes. Les Etats n’arrivent pas à trouver de consensus, notamment autour de la question des mécanismes de financement. et pour le moment il n’y a pas encore de cadre d’action 2015-2030 validé. Nous appelons les Etats à s’engager concrètement pour la mise en place d’actions en faveur des pays et des populations les plus exposés aux risques de catastrophes. »

Action contre la Faim s’inquiète à propos du nouveau cadre d’action qui devrait être signé d’ici quelques heures. Si les ambitions ne sont pas à la hauteur des recommandations, ceci limiterait les institutions nationales, locales et la société civile dans leur accès à des ressources suffisantes pour mettre en place des actions de réduction des risques de catastrophes auprès des plus vulnérables.

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