10 ans après le Tsunami, qu’avons-nous appris?

Action contre la Faim invite à vivre une expérience de recueillement inédite via le dispositif digital interactif Echoes of Tsunami : depuis un écran d’ordinateur, le regard de l’internaute déclenche des captations sonores du drame de l’hiver 2004, faisant ressurgir les souvenirs du tsunami. A l’heure du souvenir, quel bilan de ces 10 ans ?

Par Fabrice Carbonne, directeur pays de la mission Action contre la Faim Indonésie.

En 2004, les ravages du tsunami ont mis en lumière le manque de préparation des communautés et des autorités face à un désastre de telle ampleur. Les Etats impactés, la communauté internationale et les organisations humanitaires ont pris la mesure de leurs failles et de leurs vulnérabilités. Il fallait repenser la réponse apportée aux populations déstabilisées par les catastrophes naturelles. Puis l’idée fit son chemin : si on ne pouvait que peu agir sur l’occurrence d’une catastrophe naturelle, c’est en revanche par la préparation et leur anticipation que l’on pouvait en atténuer considérablement l’impact. Les acteurs humanitaires, dont Action contre la Faim, ont souvent un rôle prépondérant dans l’accompagnement de cette réflexion et la mise en œuvre de solutions sur le terrain. Alors nous nous sommes engagés. Parce qu’anticiper, c’est sauver des vies. De nombreux projets ont vu le jour en Indonésie ou ailleurs, visant le développement des capacités de préparation des acteurs locaux comme les autorités administratives, les organisations communautaires ou les centres de santé entre autres. Le but était de les amener à analyser de manière concertée les risques de catastrophes auxquels ils pouvaient être exposés, à identifier leurs vulnérabilités face à ces risques et à les prendre en compte dans un plan d’atténuation et de préparation aux urgences.

 

 

En Indonésie, nous avons mis en place dans les quartiers défavorisés de Jakarta.

Cette méthodologie de préparation communautaire aux désastres a fait l’objet d’un projet mis en place par Action contre la Faim Indonésie et financé par l’Union Européenne dans des quartiers défavorisés de Jakarta en 2008-2009. Les communes de Melayu et Cipinang étaient régulièrement affectées par des inondations chaque année. Le projet a permis de former les acteurs gouvernementaux et communautaires pour les faire travailler ensemble à un plan concerté de préparation aux urgences. Il s’agissait à la fois de réduire les risques et les vulnérabilités - protection des points d’eau, adaptation des voiries - que de travailler à la mise en place de procédures de réponse en cas d’urgence : système d’alerte précoce, plan d’évacuation, système de communication, stock d’urgence, etc…

 

L’impact de ce projet a été mesuré in situ lors de grandes inondations qui ont touché la capitale indonésienne en janvier 2013. Une évaluation a pu montrer l’efficacité de la préparation : les autorités en lien avec les communautés ont su anticiper, réagir et limiter les effets de cette inondation. Par ailleurs, ce type de projet a été mis en œuvre dans de nombreuses missions d’Action contre la Faim où les catastrophes naturelles viennent fragiliser périodiquement les populations comme au Bangladesh ou en Haïti par exemple.

Suite au tsunami, le Gouvernement central indonésien s’est doté en 2007 d’une agence nationale de gestion des désastres (BNPB). Elle est chargée de coordonner et de mettre en œuvre les politiques de réponse aux urgences.

Nous avons travaillé étroitement avec cette agence lors des dernières urgences qu’a connues le pays notamment lors du séisme de Padang en 2009, des éruptions du Merapi en 2010 et du Sinabung en 2014. Mais, nous contribuons également à la formation technique de cette jeune institution notamment sur le volet Nutrition en situation d’Urgence (2014-2015), un de nos domaines d’expertise, et qui reste encore souvent mal couvert par les acteurs d’urgence en Indonésie.

Paysages dévastés après le passage du tsunami en 2004 en Asie du sud-est Paysages dévastés après le passage du tsunami en 2004 en Asie du sud-est

 

Enfin le tsunami de 2004 a fait évoluer la réflexion interne sur notre propre capacité de réponse aux urgences. Il a accéléré la constitution de plan de contingence dans chacune des missions d’Action contre la Faim, ce qui leur permet d’être préparées opérationnellement et matériellement aux déploiements d’urgence. L’Indonésie a été une des premières missions à se doter d’un stock d’urgence basé sur le terrain dès 2006. Il a été notamment mobilisé pour la réponse au Cyclone Nargis en Birmanie (2008) et a permis d’intervenir dans plusieurs urgences de moyenne ampleur en Indonésie en 2009 et 2014. Aujourd’hui la mission d’Action contre la Faim en Indonésie travaille davantage en appui de partenaires opérationnels, ONG locales et nationales, engagées dans les réponses aux urgences. La stratégie d’Action contre la Faim vise à transférer des capacités comme les méthodes, connaissance, outils, stocks, à ces acteurs. Ils seront alors à même de participer de façon coordonnée aux futures urgences que pourrait connaître cet archipel particulièrement exposé aux catastrophes et au déréglement climatique. Car apprendre des catastrophes du passé reste le meilleur moyen d’atténuer l’impact de celles du futur.

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