Monsieur le Président, la faim figurera-t-elle au menu du G7 ?

Alors que la faim dans le monde continue d’augmenter pour la 3ème année consécutive, pourra-t-on s’attendre à ce que celle-ci soit à l’agenda des dirigeants ?

Le 1er janvier 2019 la France a pris la présidence du G7, le groupe de partenariat entre les plus grandes puissances économiques mondiales. À cette occasion, notre pays accueillera le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis à Biarritz du 25 au 27 août. Cette présidence française, qui fait suite à la présidence canadienne de 2018, s’inscrit dans un contexte particulier, notamment une remise en question du multilatéralisme par des acteurs comme Donald Trump, et des contextes politiques difficiles en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni. Au niveau mondial, la tendance est à l’isolationnisme, au protectionnisme et à l’inaction collective face à des enjeux mondiaux comme le réchauffement climatique et la crise migratoire.

Dans ce contexte, le plus grand défi du président français sera de rassembler les États autour d’enjeux mondiaux forts, notamment concernant la solidarité internationale. Car M. Macron l’a annoncé : le thème 2019 est celui des Inégalités. Cette thématique fait écho aux problématiques actuelles des pays industrialisés comme des pays du Sud, où la pauvreté augmente : la crise des inégalités est une crise mondialisée.

Face à ce thème, impossible de ne pas parler du problème de la faim, et des 821 millions de personnes qui en souffrent. En effet, la faim est la première des inégalités. Celle de ne pas avoir accès à une nourriture en quantité et qualité suffisante.

Or, les principales causes de faim dans le monde - pauvreté, conflits, réchauffement climatique - sont majoritairement engendrées par les pays du G7, certains étant les premiers vendeurs d’armes au monde et les principaux émetteurs de gazs à effet de serre de la planète. Il apparaît donc du devoir de ces États, à la fois bailleurs de fonds et principaux responsables, d’adresser la situation.

 

 © Sébastien Duijndam © Sébastien Duijndam

 

Car si la faim est la première des inégalités, elle en engendre également d’autres. Ainsi, les enfants correctement alimentés ont 33% de chances en plus d’échapper à la pauvreté une fois adulte. Les populations mangeant à leur faim ont moins de risque de tomber malade, et d’être touchées par des pandémies comme le choléra.

Les femmes sont aujourd’hui les premières victimes, puisqu’elles représentent 70% de la population souffrant de la faim. Les impacts de la sous-nutrition des femmes enceintes sur la santé des nourrissons et des générations futures est terrible, perturbant leur développement physique et cognitif. Autres victimes : les populations vivant dans des zones de conflits, où l’on assiste à une résurgence alarmante de la faim et des famines. 60% des personnes souffrant de la faim vivent dans des pays en conflit. Enfin, le changement climatique exacerbe les inégalités existantes, dégrade les moyens d’existence et l’accès aux ressources naturelles, et placent les populations les plus vulnérables dans une forte situation d’insécurité alimentaire.

Si le président français souhaite réellement faire des inégalités le fil conducteur des réunions et discussions du G7, il ne peut laisser de côté la problématique de la faim, sujet trop peu traité comme une priorité ces dernières années par la France.

Lutter efficacement contre la faim permettrait de s’attaquer à d’autres enjeux mondiaux. Combattre le cercle vicieux entre la faim et les conflits serait une étape cruciale pour parvenir à une paix durable, par exemple en veillant à ce que la faim ne soit plus jamais utilisée comme une arme de guerre, ce qui est le cas aujourd’hui dans de nombreux contextes. Il est par ailleurs primordial de mettre en place des solutions pour répondre aux causes sous-jacentes de la malnutrition : prioriser l’accès aux services de santé, à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, assurer à la sécurité alimentaire des peuples, lutter contre le réchauffement climatique.

Au-delà d’engagements forts, nous attendons leur mise en œuvre réelle. En effet, les États membres doivent, contrairement au passé, se donner les moyens de mettre en place des actions concrètes et d’en mesurer l’efficacité.

Il est aujourd’hui de la responsabilité des États du G7, réputés pour être les plus grandes puissances économiques du monde, d’agir pour les populations du monde entier, et de lutter contre cet enjeu majeur pour l’humanité. Alors Monsieur le Président, la faim figurera-t-elle au menu du G7 ? 

Thomas Ribémont

Président d’Action Contre la Faim

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