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Billet de blog 5 novembre 2016

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La Data bombe ; De bonnes raisons de s'opposer au méga fichier

De toute technologie peut jaillir une véritable bombe. Dans un monde où l'on traite de manière préventive les suspects, ou l'intention supposée est condamnable avant le moindre passage à l'acte, où la peur sécuritaire invite à considérer qu'il vaut mieux prendre le risque d'avoir des innocents en prison qu'un coupable en liberté, un tel fichier est une vraie machine à produire en masse du suspect.

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 1 / Il n'y a pas de fichiers inviolables,

Par malveillance, de manière illégale, même sans défaillance technique du système, la concentration et la centralisation massive de données engendrent potentiellement une véritable bombe informatique au sens que lui donne Paul Virillo. Une fichier est en somme aussi inviolable qu'une centrale nucléaire est sûre à 100%.

A ce sujet je vous suggère la lecture de cet article : Politique de la Peur, démocratie impossible

2/ Il faut tout autant craindre l'utilisation "légale" d'un tel fichier.

Dans les mains d'un régime politique mu par des motivations "sécuritaires" excessives, par exemple dans le cadre exceptionnel d'un état d'urgence permanent et pour "prévenir" des actes qui menaceraient ce pouvoir l'utilisation légale d'un tel fichier est hautement probable à des fins "partisanes". Pas besoin de penser à la Turquie, on a déjà tout en place pour imaginer de telles choses dans un pays, le notre,  où déjà le suspect est coupable ... ne serait-ce déjà que par le seul fait d'être parmi les suspects, dont la liste s'allonge au gré des fantasmes obscures de personnes "irresponsables" qui préfèrent des innocents en prison au risque d'un coupable en liberté. Irresponsables ou sens où par une simple note blanche non signée, un fonctionnaire de police lambda peut vous mettre sur une liste sans avoir à répondre de son acte.

Imaginez un instant qu'en 1932, en Allemagne, on ait trouvé le moyen de ficher tous les allemands avec tous ce qui est nécessaires pour justifier d'une identité, ce qui veut dire les papiers de naturalisation de leur parents et grands parents ...et puis après 1932 arrive 1933, avec Hitler : Il aurait dit merci à qui Hitler ?
En 2016 Messieurs Hollande et Valls ne savent pas que 2017 arrive ... et Madame Le Pen n'est plus très loin ! Elle pourrait dire merci à qui ?

Pour qui ne voient pas trop de quoi je parle je veux partager ici deux expériences personnelles.

1 /Suspect pour avoir été dans ma chambre universitaire un dimanche matin de juin 1970

D'abord j'ai appris en 1970 qu'en plein état de droit républicain (sans même l’état d'urgence)  il était possible d’être conduit à signer une déposition en blanc. Lors d'une perquisition de ma chambre universitaire, à l'instar de toutes les chambres des résidents de la cité Berlioz à Grenoble en ce mois de juin 1970. j’ai eu le choix suivant : ou je signais " pour aller plus vite" (*) ma déposition en blanc, ou je refusais et ça faisait des histoires et alors ? j'étais fiché pour attitude disons "non coopérante" et donc suspect, attitude révélant sans doute une appartenance à une organisation "gauchiste" interdite, et pour me faire plonger il suffisait alors de prétendre avoir découvert quelques tracts de la dite organisation dans ma chambre.

Dans ces cas là on réfléchit assez vite et j'ai donc signé sans rien dire pour ne pas être suspect. Mais j'ai quand même était fiché !

Le seul fait être dans ma chambre universitaire un dimanche matin à la mi-juin c'était suspect. Normalement pour le fonctionnaire de police j'étais là sans doute parce que participais aux événements qui secouaient les abords du campus (barricades), événements, sporadiques qui avaient d'ailleurs justifié la vaste opération de perquisition des résidences du campus. En réalité j'étais là benoîtement parce qu'en classe préparatoire je préparais les concours et j'avais bien d'autres choses en tête que d'ériger des barricades la nuit sur l'avenue Gabriel Péri.

Je n'ai su qu'en 1984 que j'avais été fiché à cette occasion ! C’est un agent des renseignements généraux qui l’apprendra au syndicaliste que j’étais et à qui j’avais dit un peu provocateur «  vous pouvez me ficher » il avait répondu «  c’est fait depuis longtemps » ajoutant que ça datait de ... juin 1972 !

2 /Suspecté d'être un mauvais français.

"Français faute d'avoir pu prouver le contraire"

C'est la mention que j'ai découvert sur le certificat de nationalité française que j'ai dû réclamer pour pouvoir me marier, ma future épouse n'ayant pas la nationalité française et "risquant " de l'acquérir par le mariage, l'administration française se montra très sourcilleuse sur ma propre nationalité.

J'ai fait ma généalogie, je n'en tire aucune gloire, et j'en suis même plutôt navré, mais j’ai remonté de manière quasi exhaustive jusque vers l'an 1600, (une douzaine de générations), c'est à dire aux débuts des registres paroissiaux, avant l'état civil, et n'ai rencontré aucun ancêtre né et ayant vécu en dehors des frontières de la France actuelle. J'ai pu remonter une branche un peu plus loin, car suite à une mésalliance une fille de petite noblesse avait épousé un de mes ancêtres roturier, et en remontant la branche noble j'ai trouvé un mercenaire que François 1er avait ramené d'Italie, de Milan plus précisément.

L'administration n'est certes pas remonté jusque là, elle s'en est tenu à mes grand-parents, tous paysans dauphinois nés sur leur terre, mais néanmoins elle osa indiquer sur mon certificat textuellement :"Français, faute d'avoir pu prouver le contraire".

Pour un pays où le droit du sol s'impose, ça fait drôle !

J'avoue en avoir été plus que surpris et j'ai demandé des explications au tribunal de première instance puisque c'est lui qui délivre ce certificat : La réponse fut en substance celle-ci : "vous pourriez avoir acquis une autre nationalité depuis, par mariage par exemple, et puis ne pas l'avoir déclaré et avoir abandonné la nationalité française ou en être déchu sans qu'on le sache"

Bref je suis donc en attendant une preuve du contraire, français "par défaut " ; ça fait drôle. En fait soyons franc, j’ai toujours pensé que la vraie raison de la suspicion maladive de l'administration c'est que j'étais surtout suspecté de faire un mariage "blanc" pour permettre à une étrangère d'acquérir la nationalité française : j'étais suspect.

(*) « Pour aller plus vite », c’est ainsi que le fonctionnaire de police justifia le fait de nous faire signer en blanc notre déclaration : ça leur laissait surtout la possibilité de rajouter ce qu’il voulait ensuite !

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