Travailler pour gagner sa vie : quoi de plus ringard de nos jours ?
Gagner sa vie, c'est -à-dire son autonomie économique par son travail est devenu non seulement ringard mais parfaitement décalé par rapport à l'idéologie ambiante : Le capital a nettement pris le dessus sur le travail depuis les années 80, ce qui c'est traduit par le prima de l'actionnaire sur le salarié. L'actionnaire c'est quelqu'un qui n'est pas rémunéré proportionnellement à la quantité ou la qualité de son travail, il fait des coups, des paris, il gagne ou il perd, quand il est petit, car il fini toujours par gagner quand il est gros, en bouffant un jour les petits. Mais les petits rêvent de devenir gros, et les gros entretiennent ce rêve des petits, pour avoir de quoi manger le moment venu.
Ce qui est « tendance » : avoir une activité « non scable »
Avoir une activité non "scable" (scable = échelle) c'est ce que valorise de fait l'idéologie néo libérale , l'activité non "scable" emblématique du capitalisme financier est le trader. Ce qu'il peut gagner n'est en rien en rapport avec sa quantité de travail, qu'il passe des ordres de transaction pour 100 000 € ou pour 100 millions d'euros ne lui coûte pas plus de temps ni d'effort, il peut simplement gagner 1 ou 100 ou 1000.
Si Sarko a tenté de nous refiler le slogan "travailler plus pour gagner plus" c'est pour amuser les gogos et la galerie, une couverture "com" pour cacher la réalité de ces copains qui n'ont qu'une idée : gagner toujours plus en n'en faisant pas plus, voire moins, ce qui est ce que désire "normalement" l'actionnaire qui courre après le dividende. Pourquoi se contenter de 10 % quand je peux exiger 15 % ?
Beaucoup de jeunes ont compris le message néo libéral : l'infirmière a tout faux !
Alors oui, beaucoup de jeunes ont bien compris le message. Ils savent que l'infirmière "libérale", si elle veut gagner 10 % de plus, doit travailler 10 % de plus : elle est rémunéré à l'acte, son travail est "scable", sa rémunération est totalement proportionnelle à sa quantité de travail fournie. Et franchement, si elle veut arriver à faire 2000 € par mois, elle va devoir en faire des actes et des heures!!! Elle a tout faux. Et bien sûr, j'ai pris l'exemple de l'infirmière "libérale" manière de jouer avec ce mot, mais cela concerne tous les salariés du privés ou du public et les travailleurs indépendants, bref plus de 90 % des actifs ont des activités "scable".
Alors pour sortir de ce statut ringard de travailleur "scable" et avoir une activité très tendance idéologiquement et très valorisée que reste-t-il aux jeunes ?
Le foot, la musique de variété, les paris et les jeux ... ensuite le commerce pas trop contrôlable et contrôlé... ce qui nous amène à l'économie dite "paralléle" (ou souterraine) et on en arrive au trafic illicite, de la cigarette par exemple, puis de la drogue, et bien sûr le vol, qui est par excellence une activité "non scable".
S'orienter vers une activité "non scable" est une motivation bien naturelle vue l'idéologie ambiante. Pourquoi s'en étonner ! D'autant que, au plus haut sommet, le "vol" est bien organisé par ceux qui ont pignon sur rue ou plutôt pignon sur "écran de télé". C'est ce que nous apprennent les affaires Bettencourt, Tapie / Lagarde (et j'en passe) : des millions d'euros pris dans les poches du contribuable, en douce ou carrément et effrontément aux yeux au su de tous, comme à travers le bouclier fiscal. Et nous pouvons ajouter parmi les « hauts vols » en plien jour, le transfert de la dette privée des banques vers les Etats qui maintenant doivent prendre dans les poches du contribuable pour éponger une dette devenue publique (rigolez pas c'est votre argent aurait dit Coluche) tout en cassant encore les services publics par restriction budgétaire ... prémisse de leurs privatisations qui viendront, quelle aubaine, encore engraisser les prédateurs du capitalisme financier. Et nos politiques de nous annoncer ça comme une fatalité, comme s'ils n'y pouvaient rien. Mais nous en reparlerons.
Comment bien s'orienter quand on est pas fils ou fille de … et avoir tout de même un Rolex un jour !!
Franchement dans ce bain idéologique, ce qui est clairement envoyé comme message c'est : quelle activité trouver qui soit le moins possible imposable ou qui puisse le mieux échapper à l'impôt, qui ne soit pas "scable" pour pouvoir faire de gros coups et dont je puisse être fier(e) parce qu'elle me permet d'avoir les objets phare de la réussite sociale et de briller avec ?
Pour avoir la listes de ces produits phares, il suffit de regarder la publicité notamment télévisuelles. Vous y trouverez pour les jeunes hommes la voiture avec la "blonde en prime" au premier rang des produits de consommation, et plus tard la Rollex bien sûr !
A cette question, si je ne suis pas fils de riche, ce qui me permettrait d'avoir en tant que "fils-de" (Fils ou fille à papa voire à maman) des portes ouvertes vers le Show-business ou la Jet Set ou les "Affaires" voire la "Politique" (tous ce beau monde se côtoient et se mélange bien) que me reste-t-il ? Bien sûr que si je suis fils de je risque d'être un "délinquant" en col blanc, mais c'est tous de même mieux respecté, toléré que les autres « petits délinquants ».
Mais si mon père n'a pas un col blanc, dois-je renoncer et croire au slogan "travail plus pour gagner plus ?"
Qui apprend encore à donner un sens à sa vie … autre que par l'argent ?
Alors il nous faudrait espérer que nos jeunes aient acquis , on ne sait comment, une espèce de conscience humaniste et politique pour qu'il arrivent à décrypter ce qui leur tombe sur la tête jour après jour comme messages "néo-libéraux" et comprennent que par le jeu de la démocratie et de leurs votes et engagements politiques il peuvent donner un sens à leur vie en engageant un combat contre ce et ceux qui brillent à leur yeux. Franchement, ce qui étonne le plus c'est qu'il n'y ait encore des jeunes qui tournent le dos à l'idéologie et la "terre promise" de l'argent facile pour croire encore en la valeur du travail qui a du sens, du travail bien fait, du travail respecté, du travail utile socialement.
Les idéologies « religieuses » sont bien sûr à l'affut pour récupérer les « désorientés » : Elle explique que les choses sont fatalement ce qu'elles sont, et qu'il faut tourner le dos au présent pour investir dans l'au delà. Elle propose une fuite bien tentante. Car l'idéologie dominante explique par sa science « phare » l'économie, que les lois de l'économie sont aussi immuables et fatales que la loi de la pesanteur. Pas d'autre système à l'horizon que ces lois actuellement en vigueur : comme si les hommes n'étaient les maîtres de ces lois ! Le politique est passé sous le commandement de ces lois, on nous fait croire qu'elles sont « incontournables » alors que ce sont les politiques qui les ont eux-mêmes créées. Ils ont construit la prison, donné la clef à la finance internationale et ils nous explique maintenant qu'on ne peut plus en sortir. De plus ils font mine de s'en plaindre, de le regretter. Ils ont avec les idéologie religieuse le fatalisme en partage
D'ailleurs la fuite religieuse leur va bien, ça détourne les regards, qu'ils préfèrent focaliser sur ces questions d'ailleurs. Pendant que vous vous posez des questions, chers compatriotes, sur la place de l'islam en France, que vous soyez croyant ou non, musulman ou non, catholique ou non, (et j'en passe), vous oubliez de réclamer des comptes à ceux qui nous ont mis dans la prison idéologique néo-libérale et ces « lois économiques incontournable ». Souvenez-vous bien : de nos jours il apparaitrait que le curé ait plus de choses à dire que l'instituteur selon notre Président de la République Laïque et néanmoins curé de Latran.
Il y a-t-il encore des laboureurs qui meurent ?
Il ne faut pourtant pas compter sur le curé pour initier à la lecture de La Fontaine, ou de ses fil spirituels actuels. Les Laboureurs se meurent de nos jours sans que leurs enfants puissent même comprendre de quoi ils parlent. Mais parlent-ils encore ? Et d'ailleurs, franchement qui voudrait encore se présenter comme laboureur .
Dans laboureur il y a « labeur » : travail. Et si un laboureur met 10 heures pour labourer un champ de 5800 m2, combien mettra t-il de temps pour labourer un champ de 2 hectares ? Pour résoudre ce problème il faut admettre que le laboureur a un travail « scable », savoir faire une règle de trois et aussi savoir convertir les mètres carré en hectares. Ringard au possible, même à l heure de l'écologie et de l'agriculture biologique !
Petite bibilographie :
Le cigne noire de Nassim Nicholas Taleb
Du bon usage des catastrophes de Régis Debray
La grande regression de Jacques Généreux
L'illusion économique. Emmanuel TODD
La Prospérité du vice, Daniel COHEN
Et les fables de La Fontaine bien sûr !