Alors Grenoble? Vague rouge ou verte?

Ce lundi 31mars au matin les grenoblois apprennent que les écolos, les verts ont gagnés la mairie. Oui, apprennent, car pendant une semaine la droite, l’extrême droite et les « divers gauche » (ex PS/PCF) l'ont dit et répété : Attention la liste Eric Piolle est rouge, très rouge extrêmement et dangereusement rouge, Piolle est la marionnette de Mélenchon : on a vu ainsi se constituer entre les deux tours une sorte de front conservateur « anti-Piolle ».

Ce lundi 31mars au matin les grenoblois apprennent que les écolos, les verts ont gagnés la mairie. Oui, apprennent, car pendant une semaine la droite, l’extrême droite et les « divers gauche » (ex PS/PCF) l'ont dit et répété : Attention la liste Eric Piolle est rouge, très rouge extrêmement et dangereusement rouge, Piolle est la marionnette de Mélenchon : on a vu ainsi se constituer entre les deux tours une sorte de front conservateur « anti-Piolle ».

Mais comment en étions nous arrivé à ce Tous sauf Piolle pour raison de rouge extrême ?

D'abord on veut ignorer le rouge

La question mérite d'être posée, car avant les résultats du premier tour, la liste Piolle était qualifiée, avec un peu de mépris, de liste écolo Bobo, pas dangereuse, la liste SAFAR,encore PS, liste du dauphin de DESTOT, maire depuis 1995, allait n'en faire qu'une bouchée. De 15 % en 2008 les écolos étaient crédités par un premier sondage de 26 % contre 34 % pour Safar, ce qui était déjà estimé comme inespéré pour ces écolos-bobos, et la seule question qui se posait alors était de savoir si oui ou non ces écolos-bobos allaient se fondre dans le rose pale PS.

Dans la presse pour qualifier la liste, l'investiture EE-LV, avant le premier tour, est la seule régulièrement mentionnée : Pourtant la numéro 2 de la liste Elisa Martin n'est pas une inconnue, ni à Grenoble ni dans la région, co-fondatrice du Parti de Gauche, elle est co-présidente du Groupe Front de Gauche à la Région, où elle croise te travaille avec Eric Piolle, lui aussi conseiller régional et président de son groupe EE-LV.

Mais tout le monde, presses locales et nationales et adversaire, semblent vouloir ignorer le rouge de la liste conduite par Eric Piolle. On veut surtout ignorer la potentielle dynamique de cette alliance,

D'ailleurs à 8 jours du scrutin, pour bien casser les reins à cette dynamique un nouveau sondage sort et qui permet au Dauphiné Libéré de titrer : Safar (PS) creuse l'écart ; 35 % pour sa liste PS et 25 % pour Piolle EE-LV ( toujours pas de rouge en vue!)

Mais voilà, les résultats du premier tour sont tout autres 30 % pour Piolle, 25 % pour Safar !

Deuxième temps : on agite le chiffon rouge pour faire peur

Alors devant ce résultat lourd de signification politique et qui permet d'envisager la victoire de Piolle,, il faut vite agiter le chiffon rouge, sortir le méchant Mélenchon supposé effrayer l'électeur. Seulement voilà, Mélenchon c'est 15 % aux présidentielles à Grenoble, et ce n'est pas un pur hasard ni une pure dynamique des Verts qui les ferait passer de 15 % en 2008 à 30 %, : y a une bonne part de rouge dans ce résultat.

Dès lors les solfériniens poussent leur candidat Safar à fusionner avec la liste Piolle, il s'agit de tenter de mettre un peu de rose dans la victoire pour un peu mieux cacher ce rouge qu'on ne saurait voir... mais Safar' n'a pas voulu, la défaite n'était pas possible pour lui, ingérable, indigérable si j'ose dire… Alors les solfériniens ont du le désavouer question de ne pas trop être 'associés au désastre auquel s'exposait et les exposait leur candidat Safar.

C'est ainsi que pendant l'entre deux tour la liste verte, quasi exclusivement étiquetée EE-LV auparavant, est devenue rouge,

Très rouge même,extrêmement et dangereusement rouge,et subitement plus question pour les médias d'oublier de lui coller l'étiquette PG et même comme ça semblait ne pas être assez clair, autant la traiter parfois simplement de Mélenchonniste pour faire écho au discours curieusement commun des trois autres listes en course au deuxième tour,

Allez savoir pourquoi ça n'a pas marché : sans réserve de voix apparente, la liste EE-LV /PG et citoyens (nous y reviendrons à ce mot citoyens) est passée de 30 % à 40 %, La liste solférinienne passant de 25 % à 27 %. Mais vous allez savoir pourquoi ! 

Trosième temps : depuis la victoire, la liste est redenue Verte, miracle, le Rouge à disparu !

Ben oui, il ne faut tout de même pas apporter de l'eau au moulin du Front de Gauche. Alors les commentateurs sont tous d'accord ce matin, c'est une victoire des verts, un point c'est tout. Bravo !

Pensez : Vert + rouge = 40%  et rose délavé et fanné 27%!  De quoi tirer des conclusions non ?

Alors, finalement, rouge ou verte la liste « Grenoble, une ville pour tous » conduite pas Eric Piolle ?

Réponse : Rouge ET verte , parce que dans le rouge du PG il y a beaucoup de vert, et ceux qui l'ignorent encore liront avec intérêt le manifeste pour l'écosocialisme.

Réponse Verte ET Rouge, car dans le vert des écologistes locaux il y-a beaucoup de rouge. Hé oui, ce n'est pas exactement le dosage de EE-LV au plan national, mais localement c'est ainsi, et ce n'est pas une découverte pour qui connaît un peu l'histoire du Vert à Grenoble … Eric Piolle, hier soir dans son discours pour saluer la victoire du vert et du Rouge Grenoblois a fixé l'objectif : la transition sociale et écologique... Eric Piolle ne parle jamais de la transition écologique sans mettre entre les deux mots le mot sociale. Pour qui connaît son parcours et ses engagements, pas de quoi étonner.

La victoire s'est bâtie en s'appuyant sur un programme, des contenus, mais aussi sur une méthode et un style . Un style car toute action politique s'incarne dans des femmes et des hommes qui la conduisent.

Programme, méthode style.

Et c'est là qu'il faut parler de la dimension citoyenne . Car pour en savoir un peu plus sur la couleur de la liste, pourquoi ne pas regarder de près le programme proposé au Grenoblois ?

Ni le rouge ni le vert ne sont cachés. Ce rouge et ce vert sont l'un et l'autre issus des réseaux de citoyens, des collectifs qui se sont mobilisés au cours des 10 dernières années, et parfois enracinés bien avant dans le tissu associatif grenoblois. Ces citoyens qui se sont croisés pour apporter leur grain de sel et parfois mettre leur grain de sable pour enrayer les projets de l'équipe PS au pouvoir, projets lancés avec légèreté sur la méthode, sans concertation suffisante avec la population, une légèreté s'accompagnant de lourdes conséquences sur les finances de la ville, et aussi sur les conditions de vie des grenoblois et grenobloises.

La moitié des colistiers d'Eric Piolle et d'Elisa Martin sont issus de ce réseau citoyen et d'une association ADES qui symbolise depuis de nombreuses années déjà la capacité et la volonté des citoyens grenoblois d'être parti prenante de la vie politique locale:comme aime le répéter Piolle : rien de grand ne peut se faire sans les grenoblois, et surtout pas contre.  L'équipe sortante avait perdu cette vision et quelque chose était désormais cassée entre les citoyens et leurs élus locaux.

Alors oui, ces citoyens ont fait un programme dont les Verts n'ont pas eu à rougir, puisque rouge ils l'étaient, un programme qui n'a pas rendu vert de rage le PG, vu que défenseur de la règle verte, vert il l' est déjà, conscient de la nécessité d'une transition sociale et écologique.

Il était alors simple pour EE-LV et le PG de s'engager sur ce programme

Le Vert et Rouge qui réinvente la gauche

Il reste encore aux états major parisiens et au médias qui suivent et commentent les discours et actes de regarder avec moins de préjugés l'initiative grenobloise.

  • Oui elle indique une autre manière de faire de la politique locale qui pense globale.l
  • Oui c'est une alternative à gauche, aussi bien sur les contenus que sur la méthode à la dérive de la « gauche solférienne ».

Et puisque c'est une alternative réelle, alors oui, c'est aussi et évidemment la seule et vraie réponse à la montée de l’extrême droite.

Au premier tour, 12, 5 % pour le FN, mais quand l'espoir est né grâce au résultats du premier tour obtenu par l'alliance Vert/Rouge, alors le FN à perdu en une semaine 25 % de son influence, repassant au dessous des 10 %, : exactement 8,52%

Pour finir,j'ai tout de même une question que je vous pose :

Expliquez-moi, expliquez-nous, pourquoi cette modeste analyse vous ne la trouvez pas dans nos organes de presse professionnels dominants, enfin ceux qui font l'opinion ?

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