M. Cambadélis aurait pu s’abstenir, réponse à la lettre publique de M. Cambadelis

« Après avoir ébranlé bien d’autres pays d’Europe, la déferlante national-populiste menace désormais notre pays. […]. Demain, ces valeurs qui font de nous des Français – la liberté, l’égalité et la fraternité – pourraient être piétinées par les projets xénophobes et populistes de Madame Le Pen. », extrait de la lettre publique de M. Cambadelis.

« Après avoir ébranlé bien d’autres pays d’Europe, la déferlante national-populiste menace désormais notre pays. […]. Demain, ces valeurs qui font de nous des Français – la liberté, l’égalité et la fraternité – pourraient être piétinées par les projets xénophobes et populistes de Madame Le Pen. »

C’est ainsi que M. Cambadélis, candidat aux élections législatives, s’adresse à ses « concitoyennes » et « concitoyens » dans une lettre publique qui avait été glissée dans les boîtes à lettres des électeurs de la 16ème circonscription peu avant le second tour des élections présidentielles, appelant à « faire barrage au Front national en allant voter massivement pour Emmanuel Macron ».

Faut-il rappeler à M. Cambadélis ce que sont maintenant les poncifs suivants : que les politiques menées par le parti socialiste ces dernières années, fades, désengagées, hypocrites, et même parfois franchement régressives, portent une grande responsabilité dans la situation politique actuelle. Que la gauche au pouvoir a ouvert des voies devant lesquelles la droite même avait reculé (parfois sous la pression de la gauche) : loi travail, loi de surveillance internet, fichier des « gens honnêtes », etc., etc. Qu’elle ne s’est que mollement opposée aux violences policières, a utilisé l’état d’urgence pour attaquer les libertés individuelles de certains militants et le droit de manifester,  tout en trouvant les moyens de maintenir de grandes manifestations sportives !

Que les fractures d’aujourd’hui, emploi, inégalités, laissés pour compte, racisme, pauvreté, etc. n’ont que peu été soulagées par les politiques menées par son parti.

Et que la pauvreté, l’injustice, l’intolérance, le racisme sont le terreau de la montée des extrêmes droites.

Considérer la vaste pétaudière qu’est la vie politique n’a rien de plus réjouissant : détournements d’argent, cumul des activités, votes d’immunités parlementaires, etc., etc.

Depuis 20 ans, le peuple de gauche va de déceptions en désillusions.

Les « compatriotes les plus fragiles » qu’évoque Monsieur n’ont pas été particulièrement soutenus par les politiques de gauches menées, ou non menées. Son parti a d’autre part dangereusement participé à fissurer les « conquêtes et les protections sociales » dont il dit redouter la mise à mal sous un gouvernement d’extrême droite.

« J’ai pleinement conscience de la déception de celles et de ceux qui, comme moi, se sont mobilisés durant des mois pour soutenir, dans cette campagne difficile, un autre candidat que ceux présent au second tour. », écrit-il. Concernant la primaire socialiste, plus de 2 millions d’électeurs se sont déplacés pour élire un candidat, et plus d’1.2 million d’entre eux a voté pour M. Hamon, condamnant la politique menée par M. Hollande et M. Valls, condamnant M. Valls et son autoritarisme répété ; et se prononçant clairement pour une gauche ancrée dans des idées de gauche. Au mépris de ces électeurs, réduits à l’état de « vaches à voix » vites oubliées et laissées pour compte, au mépris aussi des engagements officiels de la primaire socialiste, le candidat démocratiquement élu a été délaissé voire enfoncé par son parti.  Quand M. Cambadelis s’est-il fortement mobilisé pour soutenir son candidat et entraîner les socialistes à le faire ? M. Valls, qui a pourtant officiellement parjuré son engagement de soutien au vainqueur, est toujours socialiste (Je n’ose imaginer les appels à la « morale » et à la « responsabilité » qu’aurait certainement lancés M. Valls dans la situation inverse !!!). Et nul socialiste se rapprochant plus ou moins officiellement de M. Macron, délaissant son candidat, ou plutôt celui élu par le peuple gauche, n’a été exclu du parti.

« C’est d’ailleurs la fierté des socialistes d’avoir toujours été au rendez-vous de la bataille contre l’extrême droite. » affirme Monsieur. Mais ce sont aussi largement la faiblesse des politiques menées par la gauche qui ont amené à cette présence effroyable, de plus en  plus répétitive, de l’extrême droite dans les seconds tours des élections françaises, et dans lesquels l’argument le plus fort de la gauche a été d’appeler à voter « contre » Le Pen. Et non pas « pour » son projet. Devenu inexistant. On l’a vu aux dernières élections régionales.

Merci donc à Monsieur Cambadélis, de s’abstenir de faire la  leçon aux électeurs de la circonscription dans laquelle il se présente (« Face à ces dangers, il faut faire preuve de clairvoyance, d’esprit républicain et de responsabilité »), et de cesser d’occuper leurs boîtes de lettres vaines.

Concernant les législatives, ma voix n’ira certainement pas aux tristes sires des ruines de ce parti.

 

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