Guerre-sécurité-services-secrets-démocratie-Un-mauvais-exemple

Guerre, sécurité, services secrets et démocratie. Un mauvais exemple. 

Des "seigneurs du secret" qui détournent la démocratie. ( Au profit de qui ??) Une politique étrangère furtive.

===> http://www.democracynow.org/blog/2015/1/5/scott_horton_lords_of_secrecy_the

Scott Horton: "Lords of Secrecy: The National Security Elite and America’s Stealth Foreign Policy"
( Aperçu à partir de l'article.)

Dans les années 60-70, les Américains à tous les niveaux se sentaient impliqués dans les prises de décisions politiques concernant la guerre.
Pour la première guerre d'Irak, sous G.H.W. Bush, il y a eu une expression populaire, des débats et un vote au Congrès, des discours télévisés depuis le Bureau Ovale, mais c'était une façon de faire la guerre "à l'ancienne"...
En ce qui concerne la deuxième guerre du Golfe, celle de Bush junior, malgré les tentatives de certains pour le contourner, le processus démocratique a eu lieu. Cependant au sujet des guerres d'Afghanistan et de la seconde guerre d'Irak, l'indifférence de l'opinion a prévalu.

Pour les opérations contre la Lybie, il n'y a pas eu d'hostilités déclarées, donc B.Obama s'est passé de l'approbation du Congrès et n'a pas rendu les comptes auxquels on aurait pu s'attendre.

La guerre des drones menée par les services de renseignement dans le nord-ouest du Pakistan, au Yemen et en Somalie, a même été niée par les responsables de Washington, et on voit que l'utilisation de la force à l'extérieur échappe au fonctionnement démocratique.

Les conflits qui paraissent de moindre importance sont gérés par des élites de la sécurité nationale dont beaucoup sont inconnues. Certains sont responsables de la communication à travers les média. D'autres, qui restent inconnus du public, influencent les personnages-clés de l'exécutif dont les décisions prévalent de plus en plus. Parmi ceux qui influencent les décisions cruciales, on trouve l'élite de la sécurité nationale. Ont de l'influence, ceux qui ont des responsabilités dans la défense, comme le Pentagone, la CIA, le FBI, le Department of Homeland Security, et la NSA _ qui émerge de l'obscurité à la faveur d'un scandale _ et des dizaines d'autres, spécialement dans le domaine du renseignement et de l'analyse.

Scott Horton appelle ces élites "les seigneurs du secret".
En classant secret-défense ce qu'ils veulent, ils ont le pouvoir de décider ce que l'opinion est autorisée à savoir.
Ils utilisent de plus en plus le secret pour accroître leur pouvoir et leur autorité, que ce soit à la faveur de rivalités internes ou aux dépends du Congrès et du public.
Le secret est hautement corrosif pour la démocratie. Lorsque des faits sont déclarés secrets, les décisions qui doivent être prises en connaissance de cause échappent au processus démocratique et transferées au sommet de la hiérarchie secrète où seuls les seigneurs du secret peuvent avoir de l'influence. Ce qui devrait être public devient la propriété d'un groupe privé secret qui prétend avoir procuration pour agir au nom du public. C'est ainsi que le public peut ne connaître ni le problème qui a émergé, ni les décisions prises, ni même les étapes fatales franchies en leur nom.

Le sujet du livre est centré sur la façon dont sont prises les décisions concernant la sécurité nationale, car cela est crucial dans une démocratie. A savoir comment sont gérées les décisions au niveau du public, du Congrès et de l'exécutif..
Le président et son équipe ont pour fonction de mettre en oeuvre la politique et au long de l'histoire ils ont eu un rôle-clé pour déterminer les politiques. Mais en ce qui concerne la guerre et la paix, l'Amérique a veillé à ce que le pouvoir d'initiative du président soit contrebalancé par une forme de pouvoir du Congrès. Au fil du temps, l'opinion du public a influencé davantage les débats au Congrès.

Puis, comment les processus de décision concernant la guerre et la paix ont-ils évolué? Sont-ils conformes à la vision des fondateurs de la Constitution? Nous permettent-ils de nous définir comme une démocratie? demande S.Horton. La façon dont un pays gère les questions vitales concernant sa sécurité nationale est un bon signe de sa santé démocratique.

Au fil du temps, l'Amérique a changé sa manière d'opérer ses choix fondamentaux en matière de sécurité nationale. Les techniques de la guerre moderne impliquent une réponse rapide aux menaces détectées. Mais le facteur de changement le plus déterminant est peut-être le secret.

Tous les Etats utilisent le secret, en particulier dans les domaines militaires et diplomatiques. Le rôle du secret en Amérique a été ascendant à partir de l'arrivée de la technologie nucléaire, puis avec le début de la guerre froide, et enfin _ ce qui paraît inexplicable _ après la guerre froide, avec une série de menaces inexistantes venant de pays à l'armement modeste.
S.Horton veut montrer que le secret a changé à la fois la façon dont l'Amérique mène la guerre de par le monde, et la façon dont elle partage avec le peuple américain l'information concernant les menaces et ses propres actions. Aujourd'hui les Américains en savent moins que jamais auparavant sur ce que leurs forces de sécurité nationale sont en train de faire. Et il est fréquent que les Américains en sachent moins que les citoyens des autres nations.

La conséquence de ce blackout de l'information, c'est que les Américains n'ont guère la parole sur ce que fait leur pays, sur les stratégies et les objectifs qu'il poursuit. L'autorité de décision est passée du peuple américain, l'ultime souverain, et du Congrès, l'organe de supervision et d'équilibre des pouvoirs, aux mains du président, et de ses conseillers non élus qui n'ont essentiellement pas à rendre compte de leurs actes.

S.Horton fait référence à des sociologues comme Max Weber, Georg Simmel, Edward Shils et Daniel Patrick Moynihan qui ont montré que parallèlement au secret se sont développé des institutions bureaucratiques où des bureaucrates ont utilisé ce secret comme instrument pour accroître sans limite leur pouvoir et leur influence.
Se basant sur les théories des sociologues, S.Horton indique qu'il a étudié la conduite des élites de la sécurité nationale au cours de la dernière décennie, et qu'il a démontré à travers des études de cas la théorie de l'usage du secret par la bureaucratie.

S.Horton a étudié l'évolution de l'appareil de sécurité nationale à partir de la guerre froide, la naissance des seigneurs du secret, et l'utilisation du secret pour accroître leur pouvoir au fil des événements.

Avec le drone Predator, les seigneurs du secret tiennent leur arme de choix. C'est l'arme qui accompagne la guerre secrète des services de renseignement. Celle de l'antiterrorisme depuis une décennie. Mais aussi celle qui pose des défis fondamentaux à la démocratie, surtout par le fait que les drones peuvent déclencher une guerre plus large et plus soutenue.

L'étude du défi lancé par les whistleblowers/lanceurs d'alerte aux seigneurs du secret concernant leurs pratiques douteuses se devait d'entrer dans ce livre, ainsi que les ripostes fourbies par l'Etat sécuritaire et leur application vicieuse.

L'auteur a exploré cette mer qui engloutit l'Amérique aujourd'hui pour trouver les clés dans l'édifice des lois ayant donné naissance à cette situation, afin de pouvoir renverser le courant et rétablir une information conforme à la démocratie.

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Face aux événements qui s'accélèrent, l'éclairage de ce livre est utile.

Attention! Elle est chez nous la contamination du secret.

Comment on se fait harceler à mort en douce dans le secret-défense =

===> http://blogs.mediapart.fr/blog/mia/210814/le-harcelement-electromagnetique-temoignage-debut
( et suite )

Personne ne descendra dans la rue pour revendiquer le droit de savoir ce que fait le renseignement et ce qui sera dans un secret-défense toujours croissant.

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 ***"NATIONAL SECURITY AND DOUBLE GOVERNMENT" 
Michael Glennon (Tufts’ Fletcher School of Law and Diplomacy)

 Michael Glenon semble rejoindre Scott Horton, mais après son étude fouillée de l'administration et du gouvernement américains, selon ce qu'en dit le Bostonglobe, il va plus loin. Selon lui, il s'agit vraiment d'un double gouvernement où le président et ceux qu'il nomme, ainsi que tous les élus, n'ont plus le pouvoir. 

===> http://www.bostonglobe.com/ideas/2014/10/18/vote-all-you-want-the-secret-government-won-change/jVSkXrENQlu8vNcBfMn9sL/story.html?s_campaign=8

Vote all you want. The secret government won’t change

===> http://www.bostonglobe.com/arts/books/2014/10/18/review-national-security-and-double-government-michael-glennon/tUhBBdSj8s0WW1HoWUf20M/story.html

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Les autorités américaines et leurs homologues européens =

===> http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/01/26/le-conseil-de-l-europe-livre-un-rapport-tres-critique-sur-les-pratiques-de-la-nsa_4563851_4408996.html
Yves Eudes Grand reporter
Le Conseil de l’Europe livre un rapport très critique sur les pratiques de la NSA.
*** grâce aux réseaux électroniques, les Etats-Unis se sont réellement donné les moyens d'espionner la terre entière en permanence. Tous les canaux imaginables ont été exploités, depuis la captation de trafic sur les câbles transatlantiques jusqu'au détournement de jeux vidéo en ligne.
*** Juridiquement, cet espionnage constitue une violation de la Convention européenne des droits de l'homme et de la convention du Conseil de l'Europe sur la protection des données personnelles.
*** Le rapport regrette aussi « la réticence des autorités américaines et de leurs homologues européens à apporter leur concours à l'éclaircissement des faits ». On assiste, selon lui, à l'émergence d'un « gigantesque complexe industriel de la surveillance » qui menace « le caractère libre et ouvert de nos sociétés. […] L'emballement de cette machine de surveillance est dû au fait que les dirigeants politiques ont perdu le contrôle des activités des services de renseignement. »

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