En Iran, la nouvelle arme des réseaux sociaux

Rien de pire que l'indifférence. Et rien de plus réconfortant pour un peuple que de sentir le regard du monde entier se tourner vers lui, pour l'encourager dans sa conquête de la liberté.

Rien de pire que l'indifférence. Et rien de plus réconfortant pour un peuple que de sentir le regard du monde entier se tourner vers lui, pour l'encourager dans sa conquête de la liberté.

 

A l'heure où j'écris ces lignes, comme chacun le sait, les moyens de communication ont quasiment disparu en Iran: à peine est-il possible d'envoyer un texto ou de recevoir un appel par téléphone cellulaire (naturellement sur écoute), les émissions de la BBC persane sont brouillées, les journalistes étrangers expulsés et les communications internet voient leur débit se limiter à celui d'une connexion anémique d'il y a 10 ans.

 

En outre, un maximum de sites sont filtrés : plus d'accès à Youtube, Facebook et autres grands sites communautaires... depuis l'intérieur du pays. Et c'est ici que cela devient intéressant.

 

Car pour empêcher une connexion à un site dangereusement subversif, il faut bien que le pouvoir iranien l'ait identifié. Facile, bien sûr, lorsqu'il s'agit d'un des grands sites communautaires, mais lorsqu'il s'agit d'un serveur obscur du fin fond de l'Alaska auquel tentent d'accéder une ou deux personnes, comment peuvent-ils en avoir connaissance ?

 

Inintéressant, me direz-vous ? Pas tant que ça, si ce serveur inconnu est ce qu'on appelle un serveur mandataire, plus connu sous le nom de "proxy" : c'est un ordinateur "concierge" qui s'interpose entre l'internaute et le site que l'internaute veut consulter. En effet, l'internaute demande au "concierge" d'appeler le site Untel, ensuite de quoi le site renvoie au "concierge" la réponse à transmettre à l'internaute.

 

Résultat, lorsque l'internaute fait appel à ce proxy pour lui demander d'appeler Youtube, le gouvernement ne voit qu'un internaute dialoguant avec un obscur serveur perdu en Alaska, dans la Pampa argentine ou encore dans l'Oural. Il faut donc qu'il ait identifié ce serveur comme étant un proxy pour en interdire l'accès, ce qui n'est pas toujours une tâche simple...

 

Or, en ce moment, le pouvoir iranien traque notamment ces serveurs mandataires, dont une des principales propriétés est... de changer en permanence d'adresse. Et c'est un des meilleurs moyens pour les internautes iraniens de rester en contact entre eux et avec le monde extérieur. Vous voyez où je veux en venir ? C'est vrai, j'avoue que j'avais une idée derrière la tête depuis le début de cet article.

 

C'est ici que les réseaux sociaux entrent en scène par la porte dérobée : puisqu'il semble que les iraniens sont fans de Twitter, c'est le monde entier qui peut venir à la rescousse en leur fournissant en permanence des adresses de proxies. Et c'est bien la raison principale qui me pousse à rédiger ce texte.

 

Alors, si vous êtes sensibles à la cause des iraniens en ce moment, soyez gentils : fournissez-leur vos adresses de serveurs mandataires, toujours connus sous le nom de proxy(ies). Vous participerez à une expérience absolument inédite : la conquête de la liberté par internet...

 

Mais si vous vous livrez à ce sport, NE COMMUNIQUEZ PAS CES ADRESSES A TOUT LE MONDE SUR TWITTER : les autorités iraniennes y circulent également !

 

Voici un bon début : http://twitter.com/StopAhmadi

 

La prochaine fois, on essaiera avec la Chine ?

 

Michaël Goldberg

 

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