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Billet de blog 1 décembre 2017

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HENRI BURIN DES ROZIERS (1930-2017) Un combattant de la justice sociale

Un hommage au père dominicain Henri Burin des Roziers (1930-2017), avocat des paysans sans terre en Amazonie

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HENRI BURIN DES ROZIERS (1930-2017)

Un combattant de la justice sociale

         Les propriétaires fonciers brésiliens avaient mis sa tête à prix; mais c'est la maladie qui a emporté le père Henri Burin des Rozières, un croyant qui avait combattu, avec courage et ténacité, pour la cause des paysans sans terre.   J'ai eu la chance de le rencontrer deux ou trois fois : menu et fragile, il était animé par une flamme qui ne s'est éteinte qu'avec son décès.  

         Rappelons brièvement l'itinéraire de ce frère dominicain hors du commun, dont le passionnant témoignage, en dialogue avec l'historienne Sabine Rousseau, avait été récemment publié (Comme une rage de justice, Paris, Editions du Cerf, 2016, 175 pages).  Entré dans les ordres en 1958, il devient aumônier des étudiants au Centre Saint-Yves de la rue Gay-Lussac, où il va, ensemble avec Paul Blanquart, un jeune dominicain aux idéés de gauche très prononcées, se solidariser avec la révolte des étudiants en Mai 68.   Quittant le couvent, il va mettre ses connaissances juridiques - il avait étudié le droit - au service de travailleurs émigrés et de gens du voyage en Haute Savoie; au cours de cette action contre les injustices dont sont victimes ces exclus, ses opinions vont se préciser :   "j'ai découvert", raconte-t-il, "la lutte de classes".

         Suite à la rencontre avec des dominicains brésiliens exilés en France dans les années 1970 - c'était l'époque de la dictature militaire - il décide de partir au Brésil, où il va s'installer à partir de 1978.   D'abord rattaché au couvent dominicain de Sâo Paulo, il se lie au Cardinal Arns, connu pour son engagement pour les droits humains (contre les militaires), en lui apportant un cadeau de la Haute Savoie : une montre envoyée par les ouvriers (chrétiens) de l'usine autogérée LIP.  

         Bientôt il va s'associer à la Commission Pastorale de la Terre, fondée en 1975 par l'evêque Dom Tomas Balduino, et prendra le chemin du Nord du Brésil, une zone de conflits agrariens violents. Défenseur des petits paysans contre les fazendeiros - gros propriétaires fonciers - il mène le combat contre l'impunité des actions de ces derniers : assassinats de syndicalistes ruraux, exploitation du travail esclave. Sa tête est mise à prix par les fazendeiros - cent mille reais (environ 40 mille euros) ! - et, suite à l'assassinat en 2005 de la soeur missionnaire américaine Dorothy Sting (elle aussi engagée auprès des paysans pauvres) - il faisait l'objet d'une surveillance policière.   Un grand campement du Mouvement des paysans sans terre (MST) brésilien est nommé en son honneur. Souffrant, il dut quitter, à regret, le Brésil, pour s'établir au couvent des dominicains à Paris.

         "La révolte contre l'injustice a toujours été le moteur, la motivation principale de ma vie", explique-t-il à la fin de cet entretien biographique.   Son utopie, plutôt suggérée que developpée, était celle de la théologie de la libération : un monde de justice et de paix, "le Royaume de Dieu sur terre".   L'inspiration religieuse de cette utopie c'étaient, pour le dominicain français,   les prophéties d'Isaïe sur l'émancipation des opprimés, ou encore, la libération du peuple d'Israel prisonnier en Egypte.

         Les paysans brésiliens, opprimés et spoliés depuis des siècles, ne l'oublieront pas de sitôt.

     Michael Löwy

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