Michel Lequenne contre l'antisémitisme

Un des dernieers articles de Michel Lequenne, son testament politique en quelque sorte, c'est un papier contre l'antisémitisme, publié dans la revue "Contretemps" en 2018.

Michel Lequenne contre anti-sémitisme

 

 

        Michel Lequenne,  le vieux militant trotskyste décédé il y a quelques jours,   était-il antisemite ?  Partageait-il le négationisme de La Vieile Taupe ?  Ces accusations graves sont apportées par certains textes qui circulent sur la Toile.  Que faut-il en penser ?

         La meilleur réponse à ces accusations est un des derniers écrits de Lequenne,  presque son testament politique,  qui est entièrement dédié à la dénonciation des crimes du nazisme contre les juifs.  Il s’agit d’une émouvante recension, dans la revue Contretemps (n° 36,  2018),   du livre de Zysman Wenig,  Lettres a Khaye,   mémoires d'un survivant d'Auschwitz,  dont le témoignange lui semble  “bouleversant”.    Le thème de la recension c'est l'antisémitisme,  la  "solution finale" nazie,  les camps de la mort,  Auschwitz,  les fours crématoires.  Rien à voir avec le négationnisme de la Vieille Taupe ! 

 Zysman Wenig, ancien militant communiste, faisait partie,  note Lequenne,   de ces   juifs  qui  “fuyant l’antisémitisme de leur Pologne” ont cru pouvoir trouver refuge en France. Traité comme “juif étranger”, il fut interné à Pythiviers en 1941-42,  avant d’être déporté à Auschwitz.   Les lettres de Zysman à son épouse Khaye,  pendant le séjour à Pythiviers,  note Lequenne, “se lisent le coeur serré”;  elle sont  “peut-être les plus belles lettres d’amour que nous a conservé l’histoire”. 

       Zysman Wenig a réussi à survivre à Auschwitz, a Mauthausen,  et aux marches de la mort.  Lequenne salue “l’idée magnifique” de Jean Barat de filmer le témoignage de Zysman en 2013,  peu avant sa mort.     Il rappelle que Zysman était un ami de Meyer Orbach,  communiste lui aussi  ("comme quasi tous les juifs polonais",  note Lequenne)  dont la femme  était sa cousine.  Martine Roux,  la compagne de Michel Lequenne,  était  la petite fille de Meyer Orbach et de son épouse.  

Dans un autre passage de la recension,  Lequenne se refère aussi à l'antisémitisme de Staline  (le procès des médecins juifs).   C’est en prennant connaissance de ce crime que Orbach,  et plus tard Zysman,  vont rompre avec  “le parti”. 

Soyons sérieux :  un anti-sémite et  négationiste aurait-il pu écrire un tel article ?

 Michael Löwy

             

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