Référendum NDDL: analyse d'une imposture démocratique

"La démocratie a parlé". Voici ce qu'a tweeté Manuel Valls, après que le résultat de la consultation relative au transfert de l'aéroport de Nantes vers Notre-Dame-des-Landes (NDDL) tombe. On peut sérieusement en douter. Retour sur une manipulation politique rondement menée.

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"La démocratie a parlé". Voici ce qu'a tweeté Manuel Valls, après que le résultat de la consultation relative au transfert de l'aéroport de Nantes vers Notre-Dame-des-Landes (NDDL) tombe.

On peut sérieusement en douter. Voici quelques éléments clés.

Un manque d'objectivité et un débat annhilé

Le but d'un référendum/consultation est bien entendu de recueillir le point de vue d'une population donnée, dans le but de prendre une décision qui convient au plus grand nombre. L'optique est normalement de servir l'intérêt général.

Pourtant, depuis le début, le gouvernement soutient ce projet. Au départ, porté par Jean-Marc Ayrault (ancien maire de Nantes), lorsqu'il était premier ministre, c'est finalement Manuel Valls qui a choisi de s'occuper de ce dossier, et qui a ainsi décidé de mettre en place ce référendum.

L'idée peut paraître pertinente, car redonnant à la population concernée sa souveraineté. Mais elle ne l'est vraiment que si les citoyens consultés ont toutes les cartes en main pour voter. Et dans le cas du référendum de NDDL, ce ne fut pas le cas. En effet, les questions de fond n'ont que peu été soulevées lors des rares débats, et ces derniers qui auraient été pertinents, n'en ressortent que vidés de toute substance utile à une prise de décision. Et ce qui a émergé le plus souvent concernait avant tout la Zad, les manifestants ainsi que les habitants gênés.

Alors certes, un site web considéré "objectif" a été créé pour permettre aux votants de s'informer. Mais outre le fait que ce site a été mis en ligne tardivement, et que certaines questions paraissent en partie subjectives, doit-on vraiment se duper nous-mêmes en considérant que l'intégralité des citoyens ne vont se construire une opinion qu'avec ce site, alors même que le débat publique est annhilé ?

Ainsi les points économiques, écologiques et sociaux ont presque systématiquement été éludés lors de la réflexion préalable au vote.

Par ailleurs, la question même ("êtes vous favorable au transfert") peut être considérée comme biaisée. En effet, elle part du principe que l'aéroport actuel de Nantes sera fermé, ce qui n'est pas le cas, puisqu'il sera confié au constructeur Airbus pour qu'il puisse effectuer des tests d'engins...

Un résultat absurde connu d'avance

Avec ce référendumn, le gouvernement souhaitait asseoir son pouvoir et mettre l'opinion publique de son côté.

Manuel Valls le présentait d'ailleurs comme une prise de risque. Un "quitte ou double" en somme, puisqu'il assurait, lors d'un discours à l'Assemblée Nationale, que le projet serait stoppé si le "non" l'emportait, mais que tous les opposants devraient partir si ce n'était pas le cas.

Or, tout le monde se rappelle du scandale des sondages de l'Elysée, lorsque Nicolas Sarkozy commandait des enquêtes d'opinion pour savoir ce que "l'opinion publique" pensait de sa future épouse. Alors comment ne pas imaginer que des sondages aient également été faits pour connaître le point de vue dominant à propos de l'aéroport de NDDL ? Les instituts spécialisés, régulièrement consultés par les acteurs politiques de tous bords, ont la capacité de déterminer approximativement des tendances d'opinion sur un sujet quelconque. Il est donc plus que probable qu'un outil de ce type ait été utilisé pour être certain que le "oui" allait l'emporter.

Enfin, on peut souligner que les résultats de ce référendum ne sont pas pertinent. Certes, une majorité des votes donne le "oui" en tête, néanmoins, on voit nettement un rejet du projet dans les territoires concernés (notamment dans la ville de Notre-Dame des Landes), ce qui préfigure déjà une poursuite du conflit.

La répartition des votes dans le territoire consulté © L'Obs La répartition des votes dans le territoire consulté © L'Obs

 

Une volonté politique de mettre un terme à l'opposition

Attisant peu à peu les ardeurs des opposants –notamment avec la lutte continue contre la Zad ("Zone à Défendre"), mais aussi le refus d'un dialogue pour prendre en compte les avis divergeants dans le projet– le conflit social de NDDL va au-delà d'une lutte qui semble locale. En effet, la situation crystallise des tensions visibles à différents niveaux au sein de la société française.

Ainsi, l'arrêt du projet symboliserait la défaite du gouvernement : inacceptable pour Manuel Valls.

Avec ce référendumn, où "les dés étaient pipés" comme le soulignent les opposants, le gouvernement souhaite asseoir son pouvoir et mettre l'opinion publique de son côté.

Le tweet odieux de Manuel Valls "La démocratie a parlé et a validé le projet de transfert de l’aéroport de Nantes vers #NDDL. Le Gouvernement appliquera le verdict des urnes" a pour seul et unique but de mettre l'opinion publique de son côté. En se plaçant du côté de "la démocratie", il désigne insidieusement les opposants comme des personnes qui ne se battraient que pour elles-mêmes, sans défendre le bien commun. Un argumentaire habituel pour contester les mouvements sociaux, lorsque par exemple les cheminots sont montrés du doigt comme ne défendant que "leurs privilèges" ou encore lorsque les personnels d'hôpitaux, qui se mettent en grève pour protester contre la gestion actuelle du système de santé, sont critiqués car "mettraient en danger des patients"...

Mais Valls ne s'arrête pas là. Se servant du résultat de la consultation, il a déclaré, mercredi 29 juin à l’Assemblée Nationale : "Je vois que certains des opposants au projet acceptent le verdict, je m’étonne que d’autres le contestent alors qu’il était incontestable. Donc à partir de ce moment-là, et en respectant bien sûr l’ensemble des procédures européennes et nationales, les travaux doivent commencer cet automne". On peut clairement déceler ici une tentative de diviser le mouvement, alors même qu'il est difficile de trouver aujourd'hui des opposants qui ne contestent pas le résultat de ce référendum.

Bref, cette consultation fut le théâtre d'une belle imposture démocratique, mais qui est peu étonnante, provenant de l'homme qui dégaine le 49-3 plus vite que son ombre.

En tous cas, le conflit n'est pas prêt de s'achever.

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