Le député UMP de Seine-Saint-Denis, Mr Eric Raoult, veut museler Marie NDiaye!
Dans une question écrite au Ministre de la Culture et de la Communication envoyée la semaine dernière, le député UMP en appelle au "devoir de réserve dû aux lauréats du prix Goncourt", notion tout à fait nouvelle!
Rappelons l'historique des faits:
Le 20 Août 2009, parution du livre de Marie NDiaye, "Trois femmes puissantes", chez Gallimard.
(C) Baltel/SIPA sur le NouvelObs
Le 30 Août 2009 paraît une interview de Marie NDiaye dans les Inrockuptibles: "L'écrivain Marie Ndiaye aux prises avec le monde". Cet entretien a essentiellement pour objet son dernier livre.
Au cours de cet entretien, Marie NDiaye répond à la question "Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?" par :
"Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus."
Le livre de Marie NDiaye est particulièrement puissant (j'en recommande la lecture) et connait déjà un certain succès de librairie (environ 140000 exemplaires) avant même qu'on lui attribue le prix Goncourt, le 2 Novembre 2009.
Aux yeux de Mr Raoult, en plein pseudo débat sur l'identité nationale cela doit paraître inacceptable et dans la semaine qui suit l'annonce du prix il écrit au Ministre de la Culture et de la Communication, Mr Frederic Mitterrand :
"Monsieur Éric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt. En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. Les prises de position de Marie Ndiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu'elle trouve "cette France [de Sarkozy] monstrueuse", et d'ajouter "Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux", sont inacceptables.
Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ?"
Vous avez bien lu! Evidemment, il y a plein d'erreurs:
- Tout d'abord, les propos de Marie NDiaye ont été tenus avant qu'elle obtienne le prix Goucourt.
- Marie NDiaye n'est pas salariée de la république. Ce n'est qu'une simple citoyenne française (née à Pithiviers en 1967) comme vous et moi et n'est donc pas tenue à un quelconque devoir de réserve.
- Le prix Goncourt (comme le prix Fémina qu'elle a reçu en 2001) ne sont pas des distinctions républicaines mais au contraire des distinctions remises par des organismes privés. Le fait qu'elles aient une certaine aura internationnale n'y change rien.
La dernière phrase de Mr Raoult où il demande au ministre de la culture et de la communication "de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ?" est le signe d'une tournure d'esprit inquiétante, appelant le Ministre à exercer dieu sait quelles sanctions ou rétorsions à l'encontre de lauréats qui ne s'auto-censureraient pas!
Dans un article du 27 Juillet 2009 sur Mediapart, le journaliste Michaël Hajdenberg évoquait "La droite la plus bête du monde" où les bourdes de Mr Raoult, aussi maire du Raincy, étaient déjà mises en exergue (Le Raincy, ce n'est pas Bamako).
Ce qui fait l'image de la France désormais, ce sont les comportements de son président, ses refus d'interview, ses visites d'entreprises entourées d'une sécurité délirante pour anhililer toute contestation possible, où le public est constitué de supporters UMP amené par autocars et où les employés sont triés par la taille! Mais aussi les coups de piston au fiston sur-diplomé ...
C'est aussi toute la politique du gouvernement, cette chasse aux immigrés, ce déni administratif de nationalité française à des gents qu'ils l'ont déjà (soldats Guissé, Tatiana de Rosnay, etc), les charters de Besson, ce soit-disant débat sur l'identité nationale, ...
L'on est en droit de trouver l'expression "France monstrueuse" de Marie NDiaye excessive mais c'est son droit et je ne suis pas loin de souscrire à son propos.
Gageons que cette éniemme bourde de Mr Raoult ne pourra qu'augmenter l'écho des propos de Marie NDiaye et la diffusion de son excellent livre, "Trois femmes puissantes".
Si ce billet peut y contribuer un petit peu, tant mieux!