AF 447 : le scénario proposé par BBC2

La chaîne anglaise BBC2 vient de finir la première diffusion de son documentaire «The Mystery of Flight 447» où elle expose un scénario du crash.

La chaîne anglaise BBC2 vient de finir la première diffusion de son documentaire «The Mystery of Flight 447» où elle expose un scénario du crash.

Comme souvent avec la BBC, le documentaire est plutôt bien réalisé, très modéré, et prend bien la précaution de dire que ce n'est qu'une hypothèse parmi d'autres et que sans les boîtes noires, il est impossible de conclure. En fait, les grandes lignes de leur scénario sont celles d'un des deux scénariis les plus analysés dans les milieux professionnels.

- L'avion est vol, entièrement sous le contrôle des automatismes (confirmé par les ACARS)

- Les pilotes font leur travail sérieusement mais une "petite" zone orageuse masque sur leur radar la grande zone qui les attends plus loin

- Lorsqu'ils découvrent la "grande" zone orageuse (plus de 200 km de large), il est un peut tard pour effectuer un changement de cap majeur.

- La BBC décrit les risques associés, principalement foudre et turbulence. Comme les avions sont très résistants à la foudre (plus d'accident depuis les années 1960), ils excluent cette hypothèse (comme moi d'ailleurs).

- Une corection mineure de cap est effectuée pour éviter la zone orageuse dense (ce qui expliquerait la légère déviation à gauche) et l'équipage se prépare aux turbulences classiques des gros systèmes orageux (cumulo-nimbus).

- Ils réduisent la consigne de vitesse données aux automatismes (on est toujours sous pilote/poussée automatique. - c'est la procédure de précaution normale et habituelle) et passent la consigne d'attacher les ceintures de sécurité (là je suis plus sceptique car on a retrouvé les corps d'un quart des victimes: Ils auraient du couler s'ils étaient attachés).

- Une explication sur le surfusion (l'eau qui reste liquide même par -20°C ou moins mais forme de la glace à la moindre perturbation) et un météorologiste qui explique le profile de température / humidité de cette formation orageuse tropicale: Plus chaud et plus humide que les -55°C habituels à cette altitude (nb: pas de surfusion possible à -55°C) ==> Givrage de sonde Pitot

- Faute de données viables, tous les automates se désengagent, avec les signaux d'alarme correspondants. Les pilotes doivent désormais piloter manuellement en direction/attitude (avec la manette à gauche) et en vitesse (commande de poussée au centre)

- La BBC évoque la procédure standard dans ces circonstances : conserver 85% de poussée et 4 à 5 ° de pitch (le nez vers le haut de 4 à 5 °) ce qui doit se faire aux instruments. Une "démonstration" en simulateur fait office de validation.

- La BBC, se basant sur le rapport du BEA, montre que dans une majorité des cas d'incidents similaires, les pilotes ont été très lents à penser à contrôler la poussée (l'accélération). En effet, sur Airbus, la manette de poussée n'a pas une position représentative de la poussée exercée par l'automatisme. Si celui-ci se désengage, la poussée reste alors à la dernière valeur de la consigne qu'il avait commandé (quelle que soit la position de la manette des gaz). Pour reprendre le contrôle en manuel de la poussée, il faut faire passer la manette de gaz, soit par la position ralenti, soit par la position accélération max, avant de la repositionner au niveau souhaité (à mon avis un défaut d'ergonomie spécifique à Airbus, déja mentionné sur ce fil).

- La suite du scénario est donc basée sur le fait que l'avion va décrocher en allant trop lentement: Pour se protéger des turbulences, les pilotes avaient demandé une réduction de vitesse (ce qui est normal mais les met vers un bord du coffin corner). La non reprise en manuel de la commande de poussée + ?, fait le reste et l'avion décroche.

- Il s'en suit un ensemble de séquences sur le décrochage "basse vitesse" et la difficulté de le rattraper avec entre autres, en simulateur 3D, un pilote chasse à l'oeuvre ...

- Pour finir, le documentaire émet l'hypothèse que les pilotes auraient presque réussi à rattraper le décrochage, ce qui expliquerait le choc "quasiment" à plat avec l'océean.

 

Pour finir, une conclusion assez pudique rappellant que, en l'absence des boites noires, il sera impossible d'avoir une explication fiable et que ce scénario n'en n'est qu'un parmi beaucoup d'autres.

Enfin, une réflexion sur l'impact, éventuellement néfaste, de tous ces automatismes, qui font que les pilotes d'avion de ligne ne pilotent plus souvent "à la main". Ont-ils toujours les capacités à assurer le rôle d'ultime secour qui leur est dévolu ? De même, une réflexion sur les formations effectuées par les compagnies aériennes. Sont elles au niveau, les pilotes sont ils formés à gèrer des cas tels que le décrochage, ...

 

Pour finir, une conclusion toute personnelle: Un documentaire plutôt bien fait, essayant d'être didactique sur un sujet complexe. Il présente un scénario à peu prêt plausible qui n'a rien de bien nouveau (sur ce fil et bien d'autres) tout en restant modeste face à l'ampleur des inconnues, à l'image de son titre "Le mystère du vol 447".

 

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