L'Abstention : la Révolution Froide

Depuis longtemps on entend, on lit ici et là que le peuple en grande souffrance va finir par "descendre dans la rue", "se révolter" avec toute l'imprévisibilité et la violence que l'on peut redouter, voire fantasmer...

Mais les jours passent, les mois aussi et rien ne se produit de tel. Hormis quelques mouvements, non négligeables, mais ponctuels et disséminés. Et voilà qu'à une election, dont on ne peut pas nier le caractère de proximité, un citoyen sur trois ne s'est pas déplacé. Il ne s'agit pas tant de négligence, voire même d'indifférence , non. Il s'agit de cette fameuse "révolution" dont certains observateurs et analystes de tout bord, évoquent avec cet air prophétique et parfois sentencieux.

Sauf que cette "révolution" est froide, comme la guerre qui portait naguère le même qualificatif : pas de coups de feux, pas de mouvements de troupes, mais un quant-à-soi ferme et inébranlable entre deux camps qui surenchérissent en invectives et qui s'observent, s'observent, sans vraiment savoir ce qui se passe de "l'autre côté".

Ces deux camps ; il s'agit d'une majeure partie de l'electorat d'un côté, du système politico-financier de l'autre. La rupture est actée. Un "mur de Berlin" construit sur des années de frustrations entretenues par le consumérisme, le délabrement des idées minées par des médias naguère inféodés à l'Etat -dont on pouvait toujours critiquer la niaiserie-, aujourd'hui inféodés aux multinationales dont il est bien plus difficile de refuser les prébendes. Rajoutons une crise institutionnelle qui croît avec la divergence de plus en plus criante entre le quotidien d'une société libérale et mondialisée, les nouveaux modes relationnels suscités par internet et une cinquième république surannée.

Les gens prennent le TGV pour aller de Paris à Lyon tous les jours, mais tout cela n'existe pas, seuls subsistent les relais de poste avec des chevaux frais pour poursuivre sa route : tel est aujourd'hui le décalage entre la réalité de la société et les institutions de ce pays.

Le rideau de fer est tombé pourtant, sans violences. Poussé par la necessité, l'évolution -non pas la révolution- d'un monde qui change. Peut-être les contraintes environnementales auxquelles nous sommes tous assujettis, seront elles le moteur d'un nouveau départ, d'une prise de conscience collective que notre planète est "finie", qu'elle est le seul vaisseau sur lequel nous naviguons tous.

En cela, nous pouvons être optimistes, personne ne désire mourir en principe, l'instinct de survie peut nous amener à réfléchir...

 

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