Je suis toujours sur ma faim

En parcourant les tracts électoraux, en lisant les « programmes » des uns et des autres, je suis toujours sur ma faim. Non pas sur les idées, j’ai mes convictions, mais sur le « comment ».

On ne sait jamais « comment » : autrement dit « qui finance ». Incorrigible rationnel que je m’obstine à être.

Le programme du PS devrait sortir prochainement, dit-on. Pour l’instant, à 12 mois des présidentielles, dans une France qui se cherche entre le marketing politique orchestré par certains et le « nous travaillons, vous verrez bientôt nos résultats », avec quelques courants d’air appelés « immigration », « laïcité », faut bien reconnaître que l’indigence de contenu à analyser reste la toile de fond.

« Qui finance » ? Telle est la question, repoussée aux derniers moments, toujours. Tant les réponses sont ardues et pas franchement « vendeur ».

L’endettement ? Compliqué, les critères de convergence, la stabilité de l’euro, les agences de notation, enfin notre solvabilité sont en jeu. La France a, paraît-il, bien des atouts pour séduire des investisseurs mais force est de constater que les déficits filent bon train depuis 30 ans.

Augmenter les impôts ? Lesquels ? Sur le revenu ? A la consommation ? Sur le patrimoine ? Sur le capital ? Egrener les termes est insuffisant : quelle définition leur donner ?

Mieux répartir les richesses, belle idée. Quelles richesses ? Quelle répartition ? Quels impacts ?

C’est sûr, discourir sur l’immigration, la laïcité, le « yakafokon », le « foplussede », va-t-en-guerre ou pas, c’est exacerber les opinions des uns et des autres. Ca occupe. Foin du cynisme, l’opinion tourne en rond, le fond : l’explication des choses, la construction des solutions, la démonstration logique en amont des conclusions, la réflexion sur des statistiques, études sociologiques, économiques, est mince.

Le « grand public », comme on dit, subi une double peine : se voir manipulé par les vents dominants de l’opinion et être confiné dans l’ignorance qu’il cherchera à combler par des gris-gris médiatico-politiques qui sont à la pensée ce que le café soluble est au café en grains.

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