Vérité et mensonges

Jour après jour, l'Europe en perdition (si confuse, siridicule, si décevante dans son impuissance) s'enfonce dans ce que personne n'aencore vraiment osé définir. Une zone grise, un paysage sinistré, un horizonsombre. La paupérisation est à l'œuvre, tel un spectre glacé.

Jour après jour, l'Europe en perdition (si confuse, siridicule, si décevante dans son impuissance) s'enfonce dans ce que personne n'aencore vraiment osé définir. Une zone grise, un paysage sinistré, un horizonsombre. La paupérisation est à l'œuvre, tel un spectre glacé. Le FMI et lesagences de cotation dictent leur loi d'airain aux peuples qui perdent pied etque la peur étreint. La peur si dangereuse qui mène au repli sur soi, àl'exclusion, à la haine de l'autre, à l'intégrisme, au réveil des piresinstincts : on ne connaît que trop la chanson ! Où qu'on se tourne lacolère monte partout. Les rues de Londres, de Lisbonne, d'Athènes, de Rome, deParis ou de Dublin, comme un fleuve en crue, se remplissent de citoyens quel' « austérité » désespère et qui demandent justice. Car c'est àeux qu'on demande de payer les pots cassés, pas aux fauteurs de crise, les roisde la finance, ni aux élus qui ont pudiquement fermé les yeux, leurs complicesen nuisances.

Chez nous, le pouvoir sarkozyste développe suspicion, défiance etdiscrédit. Jamais, sans doute, les « serviteurs de l'Etat » n'ont étéplus vilipendés. Et à juste titre, faut-il le préciser. Va-t-on m'accuser depopulisme ? C'est le refrain à la mode, celui qu'entonnent nos élitesautoproclamées qui se gargarisent de leur sens des responsabilités. Ceux-làmême qui poussent des cris d'orfraie devant les révélations du site WikiLeaksmettant en ligne des centaines de milliers de télégrammes adressés audépartement d'Etat américain par ses diplomates-espions.

Après Hubert Védrine,Alain-Gérard Slama, Bernard Guetta et autres bien-pensants, c'était jeudi dans« Libération » Elisabeth Roudinesco - la dame pipi du temple freudien- qui dénonçait avec véhémence « la dictature de la transparence »,tout en ironisant sur les secrets de polichinelle de ce grand déballage sur laplace publique. Est-ce à dire qu'elle préfère la dictature de l'opacité ?Sous cet éclairage cru, les grands de ce monde se révèlent hypocrites, menteurs,falots, vaniteux, sans conscience ni convictions, à l'image de Laurent Gbagbo,Ubu de la Côte d'Ivoire que son « ami » Jack Lang est venu soutenirostensiblement entre les deux tours. (Au nom de quelle fidélité, de quelledette, le saura-t-on un jour grâce à WikiLeaks ?) Les élections sontdéfavorables au dit Gbagbo, qu'à cela ne tienne, il se fait investir en grandepompe par ses affidés, engageant une épreuve de force qui risque fort deprovoquer un nouveau bain de sang.

Ment-il luiaussi, Pierre Le Guennec, l'électricien retraité des Alpes-Maritimes, retrouvé enpossession de 271 œuvres inconnues de Picasso, collages cubistes, gouaches,carnets de dessins et lithographies ? Les héritiers du peintre sont convaincus qu'il y a eu vol etont déposé plainte. Cette énigme en trompe-l'œil eût pu inspirer une comédiegrinçante au grand Mario Monicelli (95 ans) qui a quitté ce monde lundi ensautant d'une fenêtre d'un hôpital romain. « Sans la mort, la faim, lamaladie et la misère nous ne pourrions pas faire rire en Italie », disaitcelui qui appelait ses compatriotes à chasser « l'usurpateur »Berlusconi, autre cible de choix de WikiLeaks. Fallait-il que le vieux metteuren scène fût en colère contre la vie, contre son pays, contre lui-même pour sejeter ainsi dans le vide... On regardera désormais d'un autre œil sesfilms : « Mes chers amis », « la Grande guerre »,« l'Armée Brancaleone », « Nous voulons les colonels » ou« un Bourgeois tout petit, petit »...

Vite, un festival Monicelli à Paris !

Michel BOUJUT

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.