Potiches

Je ne doute pas un instant que les clins d'œil que nous adresse François Ozon dans «Potiche» rencontrent l'adhésion d'un large public, et m'en réjouis. Mais ne va-t-on pas l'accuser de populisme, lui aussi ?

Je ne doute pas un instant que les clins d'œil que nous adresse François Ozon dans «Potiche» rencontrent l'adhésion d'un large public, et m'en réjouis. Mais ne va-t-on pas l'accuser de populisme, lui aussi ? Quoiqu'il en soit, cette parfaite comédie sociale, familiale et conjugale, aussi caustique que sophistiquée, est adaptée d'une pièce de Barillet et Grédy, interprétée jadis sur les planches par la pétulante Jacqueline Maillan. Partant de ce matériau un peu bas de gamme, tout l'art d'Ozon (dont on n'a pas oublié les «8 Femmes», autre comédie boulevardière) est de transcender stéréotypes et clichés en jouant avec eux de la plus plaisante des façons, et jusqu'à leur tordre le cou.

Sa potiche n'est autre que Catherine Deneuve, épouse rêveuse et aliénée d'un industriel du parapluie (Fabrice Luchini), odieux tyran domestique et patron de droit divin. Nous sommes en pleine ère giscardienne, au sein de la famille Pujol, incarnation de la bourgeoisie provinciale, réac, rance et patriarcale. Une grève paralyse l'entreprise de Monsieur qui refuse toute négociation avec les syndicats et entre en guerre avec ses ouvriers. Pour se passer dans les années 70, «Potiche» n'en est pas moins synchrone avec notre époque. Il n'est qu'à voir Robert Pujol l'excité reprendre à son compte les formules empruntées à qui vous savez : «Casse-toi, pauv' con!» ou «Travaillez plus pour gagner plus»...

Hospitalisé pour cause de pétage de plomb aggravé, c'est sa docile épouse qui le remplace à la direction de l'usine, y prend goût et s'y épanouit, innove, renoue le dialogue social, se montre à la hauteur de la situation, femme de tête et femme de coeur... Elle va renouer avec un ancien amant, député-maire communiste (Gérard Depardieu qui s'est fait la tête de Bernard Thibault), avant de se présenter aux législatives contre lui ! Heureuse métamorphose. Catherine Deneuve ne cache pas tout ce que son personnage doit à la candidate de la présidentielle de 2007. Et le prouve in fine dans le feu de l'action sur le refrain de «C'est beau la vie» chanté micro en main dans un meeting électoral. «Elle ressemblait moins à une femme politique qu'à une comédienne en représentation», dit-elle justement de son «royal» modèle.

Bref, l'élégante mécanique à tiroirs de François Ozon fonctionne à merveille de bout en bout. On a un plaisir fou à en suivre les péripéties, pas si anodines que ça, sur l'air de la lutte des classes et de l'émancipation féminine. Filmage au pastel et décors kitsch (façon Jacques Demy), dialogues ironiques, interprétation épatante. Tout le contraire, en somme, de la mise en scène terne et fourbue du remaniement à Matignon. Fillon, Borloo, Baroin, Lagarde ou telle autre potiche ? Peu nous chaut le casting ! Seuls les médias de basse-cour, avec leurs roquets et perroquets de service, entretiennent comme ils peuvent le vrai-faux suspense. De qui, déjà, ce scénario affligeant ?

Chronique parue le 13 novembre dans la «Charente Libre».

 

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