Mais les marchés ne sont pas les demi-dieux fantasques dont la presse financière sonde les émotions : « les marchés craignent que… les marchés n’ont pas apprécié que…qu’en penseront les marchés ? ».
Les marchés ne sont que des lieux où échangent les acheteurs et les vendeurs. Ils ne gagnent ni ne perdent de bataille.
Les banques sont-elles des acteurs de marché comme les autres ? Non.
D’abord, elles sont intermédiaires financiers elles-mêmes, et donc, prélèvent leurs commissions sur chaque mouvement, achat ou vente, qui passe par elles. Plus encore, elles gèrent des placements pour autrui. Elles conseillent aux épargnants, aux trésoriers d’entreprise, aux familles riches, de placer leur argent dans des fonds qu’elles gèrent elles-mêmes, SICAV, fonds communs de placement, filiales d’assurance, unités de compte, et qui aussi, prélèvent leurs commissions à chaque fois qu’ils achètent ou vendent. Les clients n’en sont pas informés, mais constatent que leur argent ne rapporte pas autant qu’on le leur a laissé croire.
Les banques créent sans cesse de nouveaux produits financiers, que vous pouvez acheter ou vendre. Cela vous rapporte ou non, peu importe ; à elles, cela leur rapporte toujours, comme au propriétaire de casino.
Elles rendent service aux emprunteurs, États, grandes entreprises, en les aidant, contre rémunération, à émettre des emprunts obligataires, puis à les placer sur les marchés ; marchés qu’elles « animent », en achetant et en vendant, toujours contre rémunération.
Elles ont toutes sortes de titres à leur actif. Elles se les vendent les unes aux autres, se les prêtent, se les re-prêtent, tout cela contre rémunération. Vous allez dire, des commissions prélevées par des banques sur d’autres banques, c’est neutre. Non, car les grosses banques ont plus à prêter que les petites, et donc encaissent plus ; elles grossissent encore aux dépens des autres.
Elles ont d’énormes masses de crédits à leur actif, crédits aux États, aux entreprises, aux particuliers, crédits qui certes rapportent, mais pas assez. Pourquoi ne pas faire de ces crédits des paquets qu’elles vont « titriser », vendre, racheter, prêter, en prenant bien sûr des commissions au passage ?
Mais ces titres sont risqués ! Elles créent donc des produits financiers « dérivés » garantissant ces risques, de taux d’intérêt, de crédit, de change, produits qu’elles vendent, achètent, en prenant une commission à chaque fois.
Ces marchés ont longtemps été trop réglementés à leur goût : il fallait passer par des sociétés de bourse, et c’était elles qui encaissaient les commissions ! Il a fallu y mettre bon ordre, avec des nouvelles règles qui ont autorisé les banques à avoir leur propre plate-forme interne de négociation. Plus de fuite de profits, on fait tourner l’argent en interne, en pompant des pourcentages en continu.
Les clients se plaignent ? Mais mon pauvre monsieur, les taux sont presque à zéro, c’est la faute aux banques centrales, nous-mêmes sommes obligés de prêter à des taux de misère (enfin, ça dépend à qui…).
Du reste, ce que « pensent » les marchés, ce sont les analystes financiers qui nous le disent ; qui sont, la plupart du temps, des salariés des banques…
Les banques « font » les marchés (« market making »). Les marchés sont dans les salles de marché des banques. Dans la terminologie française, elles les « tiennent ». C’est pourquoi les banquiers, notamment français avec l’appui explicite de leur gouvernement, se battent comme de beaux diables pour être exemptés de la future taxe européenne sur les transactions financières, ou au moins de l’accepter avec un taux aussi faible que possible et avec beaucoup d’exceptions ; avec un raisonnement d’une simplicité biblique : les marchés, c’est sacré ; donc, la tenue de marché, c’est sacré (même si cela permet de spéculer au passage) ; donc, il serait sacrilège de nous taxer.
Et le Seigneur les entendit…