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Le Club de Mediapart lun. 30 mai 2016 30/5/2016 Édition du matin

Samedi-sciences (76): la génétique du pigeon

Les pigeons des villes font tellement partie du décor qu’on les remarque à peine. Pourtant, leur apparente banalité cache un monde de formes et de couleurs : il existe plus de 350 races domestiques de pigeons, qui diffèrent par le plumage, la morphologie et le comportement, formant un éventail presque aussi varié que les races de chiens. Une équipe de biologistes dirigée par Michael Shapiro, de l’université de l’Utah (Salt Lake City), a étudié la base génétique de cette diversité, et vient de publier ses travaux dans la revue américaine Science.

Les pigeons des villes font tellement partie du décor qu’on les remarque à peine. Pourtant, leur apparente banalité cache un monde de formes et de couleurs : il existe plus de 350 races domestiques de pigeons, qui diffèrent par le plumage, la morphologie et le comportement, formant un éventail presque aussi varié que les races de chiens. Une équipe de biologistes dirigée par Michael Shapiro, de l’université de l’Utah (Salt Lake City), a étudié la base génétique de cette diversité, et vient de publier ses travaux dans la revue américaine Science.

 © Michael Shapiro © Michael Shapiro

Charles Darwin, le père de la théorie de l’évolution,  était fasciné par cette diversité. Il avait postulé, à juste titre, que toutes les races de pigeons dérivaient d’une espèce d’origine, et que les différences résultaient du processus de sélection imposé par les éleveurs. Ceux-ci ont sélectionné des variétés choisies pour leur esthétique, ou pour leur aptitude au vol, leur vitesse, le temps qu’elles peuvent rester en l’air, ou leur sens de la navigation dans le cas des pigeons voyageurs.

Darwin connaissait 150 races de pigeons, moins de la moitié de celles que l’on recense aujourd’hui. Il avait compris qu’elles descendaient toutes de la principale espèce sauvage, le pigeon biset (Columba livia). La domestication de ce dernier remonte au néolithique. Le pigeon biset de type domestique a colonisé les villes (il représente 90% des pigeons parisiens, les autres étant des ramiers ou des palombes). Le biset subsiste également à l’état sauvage dans son biotope d’origine, les falaises et milieux rocheux.

 © Michael Shapiro © Michael Shapiro

Si Darwin avait bien compris la filiation des races, il ignorait le mécanisme de la variation génétique qui permet de voir apparaître, dans une même espèce, des formes aussi différentes que le biset gris et terne ou les pigeons d’un vert éclatant que l’on voit sur certains marchés africains.

Au début du 20ème siècle, le biologiste Thomas Hunt Morgan, l’un des fondateurs de la génétique moderne, s’est intéressé à la diversité des pigeons. Et en particulier à la crête, le trait le plus spectaculaire des races sélectionnées pour leur qualité ornementale. Ces crêtes peuvent avoir des formes et des aspects très différents, mais Morgan a supposé qu’elles dépendaient d’un caractère génétique simple.

L’équipe de Shapiro s’est repenchée sur le problème de la détermination génétique de la crête. L’Utah offrait un terrain favorable, car cet état abrite un groupe très actif d’éleveurs de pigeons. A partir de 2008, les chercheurs ont commencé à rassembler des échantillons de sang et de plumes afin d’effectuer des analyses d’ADN et d’établir la généalogie des élevages. Les aspects des crêtes différaient remarquablement selon les élevages, avec des formes allant d’une sorte de huppe à une couronne entourant toute la tête.

Pour comprendre comment surgissait cette diversité de formes, Shapiro et ses collègues se sont associés avec une équipe chinoise de Shenzen et ont séquencé 40 génomes de pigeons, provenant d’élevages avec ou sans crête ainsi que de pigeons sauvages. Cette recherche leur a permis d’établir que la présence ou l’absence de la crête dépend effectivement d’un gène unique, appelé EphB2.

Une étude complémentaire portant sur 69 oiseaux d’élevage sans crête et 61 possédant cet ornement a confirmé qu’une version du gène est associée à la présence de crête et une autre à son absence.

L’intérêt de cette découverte est de montrer comment une différence génétique ponctuelle peut être à l’origine d’une grande variété morphologique. «  Il s’agit d’un exemple intéressant de gène unique qui peut avoir un effet important », souligne Cliff Tabin, généticien à Harvard, interrogé dans Science.

L’équipe s’intéresse aussi à d’autres caractères. Par exemple, les pigeons de certaines races ont tendance à faire des « culbutes » en vol. Ces acrobaties ont-elles un déterminant génétique ? Le pigeon, avec sa diversité d’aspects et de comportements, fournit un modèle très utile pour mieux comprendre comment les gènes influencent les organismes.

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Tous les commentaires

@MdP.

-

Allons bon ! Rien dans la tête, tout dans la crête ?

-

Rigolant

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L'auteur

Michel de Pracontal

Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.

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