Michel de Pracontal
Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
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Billet de blog 2 avr. 2016

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Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
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Samedi-sciences (206): l'homme de Florès, dit le "hobbit", a précédé Homo sapiens en Indonésie

Découvert en 2003 dans une grotte sur l'île de Florès en Indonésie, Homo floresiensis, le « hobbit », a été longtemps considéré comme un homme moderne atteint de nanisme ; de nouvelles recherches montrent que c'était une espèce distincte qui a précédé dans la région l'homme moderne, et a sans doute été éliminée par lui.

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Fouilles dans la grotte indonésienne de Liang Bua, où Homo floresiensis a été découvert © Liang Bua Team

En 2003, une équipe internationale de paléoanthropologues a découvert, dans une grotte sur l’île de Florès, en Indonésie, un curieux fossile d’homininé : constitué d’un crâne et d’un squelette d’allure humaine, il correspondait à un adulte de sexe féminin, d’une taille d’environ 1 mètre. La découverte a aussitôt a suscité une controverse : le fossile appartenait-il à une forme humaine disparue ou était-ce un Homo sapiens atteint de nanisme ?

Une nouvelle étude chronologique et stratigraphique établie par la même équipe permet aujourd’hui de trancher : alors que l’on pensait que l’homme (ou plutôt la femme) de Florès remontait à 18 000 ans, donc bien après l’arrivée d’Homo sapiens en Asie du Sud-Est et en Australie, la chronologie révisée lui donne entre 60 000 et 100 000 ans. L’étude, publiée en ligne dans la revue Nature le 30 mars a été dirigée par Thomas Sutikna, du Centre de recherches archéologiques de Djakarta, Richard Roberts, de l’université de Wollongong, en Australie, et Matthew Tocheri, de l’université de Lakehead, au Canada.

L’étude repose sur des fouilles beaucoup plus poussées qu’en 2003 dans la grotte de Liang Bua où ont été trouvés les restes d’Homo floresiensis. Le premier fossile de cette espèces, appelé LB1, avait été trouvé en 2003 sous une épaisseur d’environ 6 mètres de poussière et de roche. Ses os étaient trop fragiles et trop précieux pour être datés par le radiocarbone. L’équipe a donc recueilli du charbon de bois à proximité, en supposant qu’il s’était déposé en même temps que les os. Ce charbon datait d’une époque aussi récente qu’il y a 11 000 ans. Ce qui posait un problème aux chercheurs : comment les petits hommes avaient-ils pu survivre sur l’île quelque 30 000 ans après l’arrivée des hommes modernes ?

Pour tirer les choses au clair, Sutikna et ses collègues ont repris les fouilles et ont daté beaucoup plus de roches et de sédiments environnant le fossile. Ces nouvelles datations montrent qu’ Homo floresiensis a au moins 50 000 ans de plus qu’on ne le pensait et vivait déjà dans la région 10 000 ans avant l’arrivée du Sapiens. Les chercheurs ont aussi trouvé des outils de pierre, qu’ils ont attribués à Homo floresiensis, et qui ont entre 50 000 et 190 000 ans.

Cette plus grande ancienneté implique que le hobbit était une espèce distincte de la nôtre. Et elle résout le mystère de savoir comment les deux formes humaines avaient pu cohabiter dans la région pendant des dizaines de milliers d’années. En fait, ils n’ont pas vécu ensemble. Floresiensis a disparu de la grotte de Liang Bua à peu près à l’époque où Sapiens est arrivé en Indonésie.

« Je ne peux pas croire que ce soit une pure coïncidence, compte tenu de ce que nous savons de ce qui se produit lorsque les hommes modernes arrivent dans une nouvelle région », explique à Nature Richard Roberts. Il rappelle que les Néandertaliens ont disparu rapidement après l’arrivée des hommes modernes en Europe. Selon Roberts, la concurrence de homme moderne pour l’accès à des ressources limitées aurait pu faire disparaître Homo floresiensis, comme on l’a vu en Europe. Bref, les chercheurs pensent que le hobbit a été éliminé par l’Homo sapiens.

Ce qui laisse ouverte la question de savoir s’il y a eu des croisements entre hommes modernes et Homo floresiensis avant l’extinction de ce dernier. L’équipe cherche maintenant à retrouver des restes d’hommes modernes qui pourraient avoir croisé les derniers hommes de Florès.

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