Samedi-sciences (182): Trois mille millliards d'arbres

Les forêts les plus denses se trouvent dans les régions boréales © Thomas Crowther/Science Les forêts les plus denses se trouvent dans les régions boréales © Thomas Crowther/Science

Un peu plus de 3000 milliards d’arbres se dressent à la surface du globe, soit en moyenne 422 arbres par habitant, selon une étude qui vient d’être publiée dans Nature par un groupe de chercheurs forestiers de l’université de Yale. Bonne nouvelle : cette estimation est sept fois et demie plus élevée que celle dont on disposait jusqu’ici, et qui établissait à 400 milliards le nombre d’arbres sur la planète. Moins bonne nouvelle, 15 milliards d’arbres par an sont détruits par la production de papier, les cultures et les activités humaines en général. Cinq milliards de nouveaux arbres sont replantés ou poussent naturellement chaque année, de sorte que la perte annuelle est de 10 milliards d’arbres. Globalement, 192 000 km2 de couvert forestier disparaissent chaque année, plus du tiers de la superficie de la France métropolitaine.

Les forêts ont un rôle crucial dans l’environnement. Elles contribuent à la biodiversité, préservent la qualité de l’eau, limitent l’érosion de sols, réduisent l’impact des émissions de CO2 (elles contiennent 45% du carbone stocké dans les écosystèmes terrestres). Connaître la situation des forêts, dans une région ou à l’échelle globale, est une information importante pour la préservation de l’environnement.

Mais calculer le nombre total d’arbres sur la planète n’est pas une tâche aisée. Jusqu’ici, on s’est principalement servi d’images satellites pour déterminer l’étendue du couvert forestier. À partir de ces images et d’une évaluation de la densité des arbres par unité de surface, une équipe a déterminé en 2005 qu’il y avait 400 milliards d’arbres sur la planète. Ce qui correspondait à 61 arbres par habitant, avec la population de l’époque.

Cependant, cette estimation a été remise en cause par une étude à grande échelle menée en 2013 qui a montré, en s’appuyant sur de nombreuses mesures directes de la  densité des arbres, que le bassin amazonien à lui seul contenait 390 milliards d’arbres.

Un groupe de l’université de Yale, mené par Thomas Crowther et Henry Glick a alors entrepris de faire une nouvelle estimation en utilisant beaucoup plus de données terrestres. Les chercheurs de Yale ont compilé près de 430 000 mesures au sol de la densité des arbres, faites sur des parcelles de terrain réparties dans 50 pays de tous les continents (sauf l’Antarctique). Les chercheurs estiment que leurs mesures donnent la densité d’arbres dans une zone avec une marge d’erreur de 40 arbres par hectare. Ils définissent un arbre comme une plante ayant un tronc d’au moins 10 cm de diamètre à hauteur de poitrine.

Cet ensemble de données a permis d’établir la première carte globale de la densité des arbres, avec une résolution de 1 km2. La précision est bien meilleure que dans la précédente estimation. Selon Crowther et ses collègues, le nombre total d’arbre est d’environ 3 040 milliards. Les forêts les plus denses se trouvent dans des régions froides et sont formées de conifères. Mais quantitativement, ce sont les zones tropicales et subtropicales qui abritent le plus grand nombre d’arbres : 1390 milliards, tandis que les régions boréales en comptent 740 milliards et les régions tempérées 610 milliards. Ainsi, même si les forêts boréales arctiques sont les plus denses, les zones chaudes comptent deux fois plus d’arbres.

Crowther, Glick et leurs collègues observent que l’impact de l’homme est le facteur qui influe le plus sur la densité des arbres. En combinant les mesures de densité des arbres avec des estimations du couvert forestier pour les 12 dernières années, les chercheurs concluent que les humains sont responsables de la disparition de 15 milliards d’arbres par an. Environ 5 milliards sont plantés ou poussent naturellement,  d’où une perte nette de 10 milliards. Selon les chercheurs, depuis les débuts de la civilisation humaine à la fin du pléistocène, le nombre d’arbres sur Terre a diminué de 46%.

Bien que ces nombres soient impressionnants, ils ne disent qu’une partie de l’histoire, note l’écologiste forestier Robin Chazdon, interrogé par la revue Science, qui souligne l’importance d’autres variables comme « la taille des arbres, leurs qualités, les essences présentes ». Crowther et ses collègues projettent de mener une prochaine étude sur la taille des arbres, qui détermine la biomasse et donc cette donnée cruciale qu’est la capacité de stockage de carbone des forêts.

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