Génétiquement, les chimpanzés ont un petit côté bonobo : 1% du génome du chimpanzé est constitué d’ADN de  bonobo, selon une étude dirigée par Christina Hvilsom, du zoo de Copenhague, qui vient d’être publiée dans la revue Science.

Les chimpanzés ont de l'ADN de bonobo dans leur génome © Kevin Langergraber Les chimpanzés ont de l'ADN de bonobo dans leur génome © Kevin Langergraber

Les chimpanzés et les bonobos sont les deux espèces de primates les plus proches des humains, et ils sont encore plus proches entre eux, au point que l’on a dans un premier temps classé les bonobos comme une sous-espèce de chimpanzés. Étudiés dans les années 1930, au zoo Hellabrun de Munich, par Eduard Tratz et Heinz Heck, les bonobos voient leur spécificité officiellement reconnus dans un article de ces deux auteurs paru en 1954 et intitulé « L’anthropoïde africain “Bonobo”, une nouvelle espèce de grand singe » (Säugetierkundliche Mitteilungen, vol 2, p. 97-101, 1954).

Vus par les éthologues, chimpanzés et bonobos ont, au moins à première vue, des mœurs très différentes. La société chimpanzé est plutôt machistes, les mâles dominants tiennent le haut du pavé et les bagarres sont violentes. Les bonobos vivent dans une sorte de matriarcat et semblent avoir fait du slogan « Faites l’amour, pas la guerre » le socle de leur mode de vie. Mâles et femelles ont une sexualité débridée et indépendante de la reproduction. On observe toutes les combinaisons de partenaires possibles, aussi bien homosexuelles qu’hétérosexuelles, et l’activité érotique s’immisce dans de nombreuses situations sociales.

Culturellement opposés, chimpanzés et bonobos sont biologiquement compatibles. Les populations actuelles de bonobos vivent en République démocratique du Congo, séparés par le fleuve Congo des populations de chimpanzés qui habitent en Afrique centrale, de l’Est et de l’Ouest (voir carte ci-dessous). D’après les travaux de Christina Hvilsom et de ses collègues, les deux espèces se sont métissées au moins deux fois depuis leur divergence, qui remonte à 2 millions d’années.

Distribution géographique des populations de chimpanzés © Science Distribution géographique des populations de chimpanzés © Science

Il y a un million et demi d’années, les ancêtres des bonobos actuels se sont mélangés avec les aïeux des chimpanzés de l’Est et du centre du continent. Plus tard, il y a tout juste 200.000 ans, les chimpanzés d’Afrique centrale ont reçu un autre apport de gènes bonobo. Par contre, les chimpanzés d’Afrique de l’Ouest n’ont pas d’ADN bonobo. D’après les chercheurs, cela suggère que seuls les chimpanzés vivant près du fleuve Congo ont rencontré les bonobos. Aucune des deux espèces n’apprécie la natation, de sorte que le fleuve constituait une barrière importante, ce qui expliquerait, selon les chercheurs, que les chimpanzés n’aient qu’une petite quantité d’ADN bonobo.

On connaît d’autres exemples d’échanges génétiques entre espèces proches, par exemple entre coyotes, chiens et loups. Ce type de situation est sans doute assez répandu et éclaire la nature du phénomène de spéciation, autrement dit de séparation des espèces. La spéciation n’est pas purement biologique, elle peut être due au départ à des circonstances environnementales, comme une barrière géographique. C’est seulement au bout d’un temps d’évolution assez long que les espèces qui se sont séparées finissent par devenir biologiquement incompatibles.

Extrêmement proches entre eux, les chimpanzés et les bonobos sont aussi très proches des humains, et l’étaient encore plus il y a un ou deux millions d’années. Ce qui conduit la revue Science à spéculer sur un hypothétique « ménage à trois » entre chimpanzés, bonobos et humains. Le singe nu que nous sommes a-t-il mélangé ses gènes avec les grands singes velus dans un passé lointain ? La question est ouverte.

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