mot de passe oublié
onze euros les trois mois

Restez informé tout l'été sur Mediapart !

Profitez de notre offre d'été : 11€ pour 3 mois (soit 2 mois gratuits) + 30 jours de musique offerts ♫

Je m'abonne
Le Club de Mediapart ven. 26 août 2016 26/8/2016 Dernière édition

Samedi-sciences (95): les débuts de l'agriculture en Iran

Il y a près de 12 000 ans, les habitants de Chogha Golan, au pied des monts Zagros en Iran, ont commencé à planter des semences d’orge sauvage et de lentilles, d’après une recherche publiée le 5 juillet dans la revue Science. Ces travaux menés par les archéologues Simone Riehl et Nicholas Conard (université de Tübingen, Allemagne), démontrent pour la première fois que l’Iran a été l’un des lieux de la révolution agricole du néolithique

Il y a près de 12 000 ans, les habitants de Chogha Golan, au pied des monts Zagros en Iran, ont commencé à planter des semences d’orge sauvage et de lentilles, d’après une recherche publiée le 5 juillet dans la revue Science. Ces travaux menés par les archéologues Simone Riehl et Nicholas Conard (université de Tübingen, Allemagne), démontrent pour la première fois que l’Iran a été l’un des lieux de la révolution agricole du néolithique,  qui s’est développée dans le Croissant fertile, qui s’étire du Proche-Orient et du sud de la Turquie jusqu’au Golfe persique.

L’Iran correspond géographiquement à la région la plus à l’est du Croissant fertile. Peu de sites archéologiques y avaient été explorés avant la révolution islamique de 1979, qui a quasiment interrompu toutes les recherches des scientifiques occidentaux dans le pays. Les techniques d’archéobotanique qui permettent de tirer des informations importantes des moindres restes de plantes se sont développées dans les années 1990-2000. Elles ont mis en évidence des foyers d’agriculture ancienne dans toute la partie ouest et centrale du Croissant fertile, sur les territoires actuels du Liban, de Chypre, d’Israël, de la Palestine, de la Jordanie, de la Syrie, de la Turquie et de l’Irak.

Les choses en étaient là quand Nicholas Conard et Simone Riehl se sont mis en relation avec Mohsen Zeidi, un expert en fouilles du Centre iranien pour la recherche archéologique. En 2009 et 2010, les trois scientifiques ont effectué des fouilles sur le site du village de Cogha Golan, qui se trouve dans une région semi-aride de l’ouest de l’Iran, dans les contreforts des monts Zagros, à une altitude de 485 m (voir carte).

Le site contient des dépôts archéologiques sur une profondeur de 8 mètres, avec de nombreux vestiges de pierres taillées, de figurines d’argile, de mortiers et de pilons. Le site comporte onze « horizons archéologiques », autrement dit onze couches correspondant à des époques différentes, qui ont été datées entre 12 000 et 9 800 ans avant l’époque présente. Pendant cette période de 2 200 ans, le site a été constament occupé. Simone Riehl et ses collègues ont recueilli 21 000 restes de plantes correspondant à 116 espèces. Parmi celles-ci, ils ont identifié de l’orge sauvage, plusieurs espèces de blé sauvage, des lentilles et des légumineuses. Ils ont aussi retrouvé des traces de faune, notamment de chèvres, gazelles, bovidés, lièvres, poissons, crustacés d’eau douce, etc.

Les chercheurs ont analysé la répartition des différentes espèces végétales selon les onze horizons archéologiques. Schématiquement, les habitants de Chogha Golan ont commencé, il y a près de 12 000 ans, à cultiver des espèces sauvages d’orge, de blé, de lentilles ou de pois. A cette époque, ils étaient sans doute encore des chasseurs-cueilleurs, et amorçaient la transition vers le mode de vie des agriculteurs sédentaires. Ils n’avaient pas encore de troupeaux, et chassaient des aurochs, des gazelles ou des capridés sauvages. Il y a environ 9800 ans, on voit apparaître une variété de blé domestique, caractéristique de l’installation d’une économie agricole.

Cette transition a été observée dans toute une série de sites, à des dates proches de celles de Chogha Golan, ou légèrement antérieures. Le premier site a été identifié, il y a une cinquantaine d’années, à Jéricho, et daté de 11 000 ans. Depuis, on a retrouvé des traces de culture de céréales datant de 13 000 ans au nord de l’Irak, et même de 14 000 ans au Proche-Orient.

La découverte de plusieurs foyers d’agriculture a ouvert un débat entre scientifiques : la révolution agricole du néolithique a-t-elle commencé en un lieu précis, avant de se propager dans le Croissant fertile ? Ou bien l’agriculture a-t-elle été inventée plusieurs fois dans la région de manière indépendante ?

Simone Riehl et ses collègues inclinent pour la deuxième hypothèse : le fait que l’agriculture soit apparue à Chogha Golan presque aussi tôt que dans des sites localisés beaucoup plus à l’ouest du Croissant fertile suggère qu’il s’agissait d’un événement indépendant. Riehl et ses collègues supposent donc que le passage à l’agriculture était quasiment inévitable dès lors que les conditions climatiques et environnementales sont devenues favorables dans le Croissant fertile, après la fin de l’âge de glace.

Pour George Wilcox, archéobotaniste à l’université de Lyon, il reste possible que le blé domestique cultivé à Chogha Golan ait été introduit d’un lieu situé plus à l’ouest. Mais les deux hypothèses ne sont pas exclusives l’une de l’autre : on peut aussi imaginer que l’agriculture soit apparue, quasi-simultanément, en plusieurs points du Croissant fertile ; et que parallèlement, des échanges entre les diverses populations aient accéléré le processus.

A l’appui de l’hypothèse défendues par Riehl et ses collègues, certaines de leurs observations suggèrent que l’agriculture aurait pu commencer au pied des monts Zagros encore plus tôt qu’il y a 12 000 ans, ce qui conforterait le scénario de foyers indépendants. Quoi qu’il en soit, il serait étonnant qu’une invention aussi capitale que celle de l’agriculture n’ait été faite qu’une seule fois dans l’histoire de l’humanité.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

L’agriculture a toujours été considérée comme l’origine de la sédentarisation, transformant le chasseur nomade à la poursuite des troupeaux en cueilleur devenu semeur fixé à sa terre et édifiant logement et surtout grange pour gérer dans le temps cette production saisonnière.

De nouvelles approches de cette sédentarisation sont émises, pour l’Europe particulièrement, qui voient dans l’arc, améliorant significativement la chasse et permettant la chasse solitaire, dispensant de ce nomadisme à la poursuite du gibier la possible sédentarisation ayant permis ensuite la naissance de l’agriculture.

Cet été, Mediapart vous accompagne partout !

onze euros les trois mois

À cette occasion, profitez de notre offre d'été : 11€/3 mois (soit 2 mois gratuits) et découvrez notre application mobile.
Je m'abonne

L'auteur

Michel de Pracontal

Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.

Le blog

suivi par 543 abonnés

Carnets de labo