Samedi-sciences (189): un bébé leucémique soigné par « édition de gènes »

Au Royaume-Uni, une petite fille d’un an du nom de Layla Richards, atteinte d’une leucémie gravissime, est en rémission grâce à une nouvelle thérapie basée sur l’« édition de gènes », ou « édition génomique », une technologie qui est en train de révolutionner la biomédecine (voir samedi-sciences n°184 du 19 septembre 2015).

Au Royaume-Uni, une petite fille d’un an du nom de Layla Richards, atteinte d’une leucémie gravissime, est en rémission grâce à une nouvelle thérapie basée sur l’« édition de gènes », ou « édition génomique », une technologie qui est en train de révolutionner la biomédecine (voir samedi-sciences n°184 du 19 septembre 2015). L’édition génomique permet de modifier des gènes de manière beaucoup plus précise que les techniques conventionnelles de génie génétique, en utilisant des enzymes un peu comme des ciseaux pour faire du « couper-coller » dans l’ADN.

La petite Layla Richards, soignée par "édition de gènes" © Sharon Lees/ Great Ormond Street Hospital La petite Layla Richards, soignée par "édition de gènes" © Sharon Lees/ Great Ormond Street Hospital

Ce sont des lymphocytes T modifiés par une technique d’édition génomique qui ont permis de traiter la leucémie de la petite Layla. Soignée au Great Ormond Street Hospital (GOSH), à Londres, par l’équipe de l’immunologue Waseem Qasim, la petite fille a bien réagi au traitement et a pu rentrer chez elle. S’il est trop tôt pour pouvoir assurer qu’elle est tirée d’affaire, son état est très encourageant et l’équipe du GOSH prépare un essai clinique sur plusieurs patients en 2016, d’après la revue britannique Nature.

Née en juin 2014, la petite Layla est tombée malade à trois mois et l’on a diagnostiqué une leucémie aigüe lymphoblastique. Dans cette forme de cancer qui touche surtout les enfants, les globules blancs se multiplient alors qu’ils ne sont pas au bout de leur développement, et ne remplissent plus leur fonction de défense immunitaire. Le traitement habituel consiste à supprimer les globules blancs leucémiques par un traitement anticancéreux, et à les renouveler ensuite en faisant une greffe de moelle.

Layla a reçu ce traitement au GOSH, mais sa leucémie, apparemment très sévère, et réapparue plusieurs semaines après la greffe de moelle. Devant l’échec du traitement habituel, les médecins du GOSH ont proposé aux parents du bébé de tenter une thérapie qui n’avait jusqu’ici été testée que sur des souris. L’équipe du GOSH a obtenu une autorisation spéciale pour réaliser ce traitement expérimental. Le traitement utilise des cellules modifiées, en l’occurrence des lymphocytes T provenant d’un donneur en bonne santé.

Ces lymphocytes T sont exposés à une enzyme appelé TALEN, selon un procédé développé par la société française Cellectis. L’enzyme modifie les gènes des cellules T de manière à leur donner deux nouvelles caractéristiques : d’une part, elles deviennent « invisibles » aux médicaments anticancéreux administrés pour traiter la leucémie ; d’autre part, elles sont « reprogrammées » pour attaquer de manière ciblée les cellules cancéreuses. Ces modifications transforment les cellules T en armes contre la leucémie.

Une solution d’un millilitre contenant des lymphocytes T ainsi modifiés a été injectée à la petite Layla. Au bout de quelques semaines, les médecins ont pu vérifier que le traitement avait fonctionné : le bébé n'avait plus de cellules leucémiques. Après deux mois sans cancer, Layla a reçu une nouvelle greffe de moelle de manière à restaurer son système immunitaire. Elle a ensuite récupéré pendant un mois, et a pu regagner le foyer familial.

Si l’enfant continue de bien se porter, il faudra vérifier que la thérapie fonctionne sur d’autres patients. L’équipe de Waseem Qasim prévoit de mener des essais cliniques complets, en partenariat avec Cellectis, à partir de l’année prochaine. Selon Qasim, si l’on peut reproduire un succès thérapeutique, cela représenterait un grand pas dans le traitement de la leucémie et potentiellement d’autres cancers.

L’année dernière, un procédé d’édition génomique a été utilisé pour traiter des patients infectés par le VIH en Californie. Les premiers résultats ont été positifs, la moitié des douze patients ayant pu arrêter de prendre leur traitement antiviral. Une autre tentative, encore au stade de l’expérimentation en laboratoire, vise à traiter une forme d’hémophilie. Plus généralement, de nombreux spécialistes estime que la thérapie génique, qui n’a pas jusqu’ici répondu aux attentes de la biomédecine, pourrait être relancée dans les prochaines années par les techniques d’édition de gènes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.