Samedi-sciences (91) : le roi lézard de Jim Morrison

Il s’appelle Barbaturex morrisoni, ce qui signifie mot à mot « le roi barbu de Morrison ». C’est un lézard fossile qui vivait il y a environ 37 millions d’années au centre de l’actuelle Birmanie. Son nom est un hommage à Jim Morrison, le chanteur des Doors, auteur de l’inoubliable « Celebration of the lizard », poème musical dans lequel il chante « Je suis le roi lézard ».

 © Université du Nebraska © Université du Nebraska
Il s’appelle Barbaturex morrisoni, ce qui signifie mot à mot « le roi barbu de Morrison ». C’est un lézard fossile qui vivait il y a environ 37 millions d’années au centre de l’actuelle Birmanie. Son nom est un hommage à Jim Morrison, le chanteur des Doors, auteur de l’inoubliable « Celebration of the lizard », poème musical dans lequel il chante « Je suis le roi lézard ».

Le fossile a été étudié par l’équipe de Jason Head, professeur à l’université du Nebraska à Lincoln, et par ailleurs fan des Doors. Barbaturex, dont la description détaillée vient d’être publiée dans Proceedings of the royal society, était grand, plus grand que les carnivores qui vivaient sur les mêmes territoires. Seuls certains herbivores le dépassant en taille. Il mesurait environ 1,80 m de la pointe du museau au bout de la queue, et pesait une trentaine de kilos, soit une taille très supérieure à celle des iguanes actuels (mais inférieure à celle du plus grand des lézards connus, le varan de Komodo).

Reconstitution de Barbaturex morrisoni © Angie Fox/université du Nebraska Reconstitution de Barbaturex morrisoni © Angie Fox/université du Nebraska

C’est à cette taille majestueuse qu’il doit d’avoir été nommé roi ; quant au côté barbu (barbatu), il renvoie à la présence de crêtes ventrales apparaissant sur le dessous de la mandibule.

Pour les paléontologues, l’intérêt de Barbaturex morrisoni tient à ce qu’il nous apprend des écosystèmes : étant lui-même herbivore, il était soumis à la pression des prédateurs carnivores ; cela ne l’a pourtant pas empêché d’atteindre une belle taille.

Barbaturex morrisoni vivait dans un écosystème où les mammifères, carnivores comme herbivores, s’étaient diversifiés. Son époque, l’éocène, correspond à un âge de réchauffement du climat de la Terre, pendant lequel il n’y avait pas de glaces aux pôles et une concentration très élevée de gaz carbonique dans l’atmosphère.

« Dans le monde d’aujourd’hui, les lézards herbivores tels que les iguanes et les agames sont beaucoup plus petits que les grands mammifères herbivores, explique Jason Head sur le site Sci-news. Les plus grands lézards, tels que le dragon de Komodo, géant carnivore, sont limité à des îles où vivent peu de prédateurs mammifères. On ne sait pas, cependant, si les lézards sont liumités en taille par la compétition avec les mammifères, ou par la température des climats modernes. »

Barbaturex apporte un élément de réponse. La grande taille de ce lézard suggère que la variable climatique était plus importante que la compétition des autres herbivores et la pression des prédateurs.

« Nous pensons que le climat chaud pendant cette période (l’éocène) a permis une évolution favorisant une grande teille corporelle, et a donné aux lézards herbivores la capacité d’être compétitifs face aux mammifères ».

Cette observation sur le passé est éclairante pour le présent : « On ne peut pas comprendre complètement l’évolution des écosystèmes modernes sans regarder ceux qui les ont précédés. Nous n’aurions pas pu comprendre l’influence du climat chaud en regardant les lézards d’aujourd’hui. Les fossiles nous donnent des informations exceptionnelles sur l’origine des écosystèmes modernes. »

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