Michel de Pracontal
Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
Journaliste à Mediapart

229 Billets

0 Édition

Billet de blog 8 oct. 2016

Samedi-sciences (220): la longévité humaine limitée à 115 ans, et retour sur les Nobels scientifiques

Jeanne Calment, morte à l’âge de 122 ans le 4 août 1997, n’est pas près de perdre son titre de doyenne de l’humanité.

Michel de Pracontal
Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
Journaliste à Mediapart

• Jeanne Calment, morte à l’âge de 122 ans le 4 août 1997, n’est pas près de perdre son titre de doyenne de l’humanité, d’après une étude menée par des chercheurs de l’Albert Einstein College of Medicine, à New York, et publiée dans Nature le 5 octobre. Les chercheurs, Xiao Dong, Brandon Milholland et Jan Vijg ont étudié les statistiques démographiques mondiales et la base de données internationale de longévité (IDL), qui couvre 41 pays (France, Japon, Royaume-Uni, Etats-Unis, etc). Ils concluent que la longévité humaine a une limite naturelle de l’ordre de 125 ans.

L'âge où l'on observe la plus grande augmentation annuelle de survie a atteint un plateau, indiquant une limitation naturelle de la longévité © Nature

L’amélioration des conditions d’existence dans les pays riches a entraîné une augmentation régulière de l’espérance de vie depuis le début du XXème siècle. En France, elle est passée de 45 ans en 1900 à plus de 80 aujourd’hui (85 pour les femmes et 79 pour les hommes environ). Une grande partie du gain historique en espérance de vie a été attribuée à la réduction de la mortalité infantile et, pour les femmes, à la baisse de la mortalité en couches, qui était dramatique au XIXème siècle. Mais la mortalité à un âge avancé a aussi diminué. En France, la proportion des plus de 70 ans a augmenté régulièrement depuis 1900, et le même schéma se retrouve dans les 40 autres pays couverts par la base IDL.

Mais les statistiques des 41 pays montrent aussi que l’augmentation de l’espérance de vie a commencé à ralentir à partir des années 1980. Pour les quatre pays qui ont le plus grand nombre de « supercentenaires » (personnes dépassant 110 ans), à savoir la France, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis, l’âge maximum enregistré a atteint un plateau vers 1995. Et le record établie en 1997 par Jeanne Calment n’a pas été battu. Il a peu de chance de l’être prochainement : selon les calculs des chercheurs, la probabilité de voir en France ou dans un autre pays un âge record au-dessus de 125 ans est de moins de 1 sur 10.000. Et la limite naturelle de la vie humaine se situerait autour de 115 ans.

Jeanne Calment fêtant ses 121 ans, en 1996 © DR

L’idée d’une limitation naturelle de la longévité humaine n’est pas nouvelle, mais c’est la première fois qu’elle est étayée par un ensemble de données aussi important. Quelles pourraient être les causes biologiques d’une limitation de la durée de vie humaine ? Une première hypothèse avancée dans les années 1980 était que la durée de vie était fixée par un programme génétique. Les chercheurs penchent aujourd’hui pour une explication plus complexe : la limite naturelle de la durée de vie serait une conséquence indirecte d’un certains nombres de programmes génétiques fixes qui contrôlent le développement de l’organisme, la croissance, et la reproduction. Schématiquement, il existerait des systèmes génétiquement codés qui assurent le bon fonctionnement des mécanismes fondamentaux de l’organisme, mais ces systèmes n’agiraient que pendant un temps limité. De sorte que l’organisme finit par vieillir et mourir lorsque les effets protecteurs de ces systèmes s’estompent.

Cela n’exclut pas la possibilité de prolonger artificiellement la longévité humaine en intervenant sur ces systèmes. Mais de telles interventions relèvent encore de la science fiction, et ne sont peut-être pas réalisables. Jan Vijg, l’un des co-auteurs de l’étude de Nature, ne croit pas que la biomédecine permettra de repousser significativement la limite naturelle de la longévité : « Je ne dis pas que des médicaments ou des interventions sur les tissus biologiques ne pourraient pas être très bénéfiques pour allonger la durée de vie, mais suffiraient-elles à dépasser le plafond de 115 ans ? Je pense que c’est très peu probable, explique-t-il dans Nature. La durée de vie est contrôlée par trop de gènes. On peut peut-être agir sur certains, mais il en restera beaucoup d’autres. »

D’autres spécialistes estiment que l’on ne sait rien des possibilités futures de la médecine,  pensent de tels pronostics, et qu’il ne faut pas extrapoler l’avenir à partir des limites actuelles. Ceux qui vivront assez longtemps auront peut-être la réponse.

• Autre sujet qui n’a rien à voir, les prix Nobel scientifiques, attribués cette semaine. Les jurys de l’Académie royale de Suède, pour la physique et la chimie, et de l’Institut Karolinska, en physiologie ou médecine, se sont ingéniés à déjouer les pronostics. En médecine, les prédictions de Thomson Reuters privilégiaient les traitements du cancer par immunothérapie, mais le jury a récompensé le Japonais Yoshinori Ohsumi, de l’université de Tokyo, pour ses travaux sur l’autophagie, le mécanisme par lequel les cellules recyclent leurs propres constituants.

En physique, on attendait un Nobel pour la découverte des ondes gravitationnelles, annoncée le 11 février dernier (lire notre article). Le prix a été attribué à trois physiciens américains, David Thouless, Duncan Haldane  et Michael Kosterlitz pour des recherches sur des états spéciaux de la matière tels que les supraconducteurs, les superfluides ou les films magnétiques fins. Ces travaux assez ésotériques ouvrent la voie à des applications futures en électronique et en science des matériaux.

Nanovoiture avec châssis moléculaire et roues mues par un moteur microscopique © Ben Feringa

En chimie, les pronostiqueurs misaient sur CRISPR-cas9, un sigle imprononçable qui désigne une technique en train de révolutionner le domaine des manipulations génétiques, dont l’une des pionnières est la Française Emmanuelle Charpentier, en concurrence avec l’Américain d’origine chinoise Feng Zhang. Mais les inventeurs de CRISPR-cas9, que l’on voyait déjà nobélisables en 2015, attendront encore. Pour 2016, les gagnants sont le Français Jean-Pierre Sauvage, l’Écossais James Fraser Stoddart et le Néerlandais Bernard Feringa. Ils ont contribué aux nanotechnologie, en montrant comment l’on pouvait assembler des composants à l’échelle moléculaire pour construire les plus petites machines du monde.

L’équipe de Feringa a notamment construit une « nanovoiture » à quatre roues, dotée d’un châssis moléculaire, capable d’avancer sur une surface (ci-dessus). Idéale pour circuler dans les embouteillages, facile à garer, mais à déconseiller aux conducteurs de grande taille.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
En Ukraine, les organisations internationales en mal de confiance
Depuis le début du conflit, la société civile ukrainienne s’est massivement mobilisée pour faire face à l’offensive russe. Alors que les organisations internationales sont critiquées, comme on l’a vu encore récemment avec Amnesty International, la plupart de l’aide humanitaire sur le terrain est fournie par des volontaires à bout de ressources.
par Clara Marchaud
Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal
Fraude fiscale : la procédure opaque qui permet aux grandes entreprises de négocier
McDonald’s, Kering, Google, Amazon, L’Oréal… Le règlement d’ensemble est une procédure opaque, sans base légale, qui permet aux grandes entreprises de négocier avec le fisc leurs redressements. Un rapport exigé par le Parlement et que publie Mediapart permet de constater que l’an dernier, le rabais accordé en 2021 a dépassé le milliard d’euros.
par Pierre Januel
Journal — Discriminations
Le cimetière oublié des enfants de Saint-Maurice
Entre 1962 et 1964, trente et un enfants de harkis ont été enterrés à même le sol sur un terrain militaire situé non loin du camp de Saint-Maurice, dans le Gard. Avant d’y être volontairement oubliés… Pour l’heure, les fouilles menées officiellement sont restées vaines.
par Prisca Borrel

La sélection du Club

Billet de blog
Décret GPS, hypocrisie et renoncements d'une mesurette pour le climat
Au cœur d'un été marqué par une sécheresse, des chaleurs et des incendies historiques, le gouvernement publie un décret feignant de contraindre les entreprises du numérique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce n'est là qu'une vaste hypocrisie cachant mal les renoncements à prendre des mesures contraignantes.
par Helloat Sylvain
Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan
Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Le bon sens écologique brisé par le mur du çon - Lettre ouverte à Élisabeth Borne
On a jamais touché le fond de l'aberration incommensurable de la société dans laquelle nous vivons. Au contraire, nous allons de surprises en surprises. Est-ce possible ? Mais oui, mais oui, c'est possible. Espérons que notre indignation, sans cesse repoussée au-delà de ses limites, puisse toucher la « radicalité écologique » de madame Borne.
par Moïra