Samedi-sciences (14) : à la chasse à la météorite!

«Ah ! Si seulement une météorite pouvait tomber dans le Jardin des Plantes... je n'aurais pas besoin de faire des milliers de kilomètres pour l'étudier ! » s'exclamait, il y a une quinzaine d'années, le regretté Théodore Monod, disparu à l'orée du millénaire.

«Ah ! Si seulement une météorite pouvait tomber dans le Jardin des Plantes... je n'aurais pas besoin de faire des milliers de kilomètres pour l'étudier ! » s'exclamait, il y a une quinzaine d'années, le regretté Théodore Monod, disparu à l'orée du millénaire. Le naturaliste a consacré ses dernières années à la quête de la météorite de Chinguetti, dans l'Adrar, région désertique de Mauritanie. Un fragment de cette météorite mythique avait été découvert en 1916, par le capitaine Gaston Ripert. Ce dernier affirmait que son échantillon provenait d'une énorme météorite en fer de 40 mètres de haut sur 100 mètres de large. Monod espérait retrouver cette montagne de fer, mais ses tentatives ont échoué, et il est aujourd'hui admis que Ripert s'était trompé et que la météorite de Chinguetti avait au maximum 80 centimètres de diamètre lors de sa rentrée dans l'atmosphère terrestre.

Mais l'un des vœux de Théodore Monod s'est presque réalisé cet été, avec la chute d'une météorite à Draveil, dans l'Essone, à moins de vingt kilomètres du Jardin des Plantes... Chute historique, car jusqu'ici, aucune météorite enregistrée dans les annales n'était tombé à moins de 80 kilomètres de Paris. Un fragment a été retrouvé sur le toit d'une remise appartenant à un couple qui en a fait don au Muséum après avoir contacté Albert Jambon, professeur à l'Université Pierre et Marie Curie et spécialistes des météorites. Un deuxième morceau est tombé sur le toit d'un pavillon draveillois loué par un autre couple, Bruno Mosset et Martine Comette, au nom prédestiné (voir nos articles ici et ici). Ceux-ci ont contacté Alain Carion, chasseur et collectionneur de météorites qui tient une galerie avec son fils Louis, à l'île Saint-Louis, tout près de l'immeuble où habitait Théodore Monod...

L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais une sorte de course-poursuite s'est engagée entre les Carion d'une part, Albert Jambon et sa collègue du Muséum Brigitte Zanda d'autre part. Au départ, le tandem Jambon-Zanda avait l'avantage, ayant été informé de l'événement dès le mois de juillet. Mais pour des raisons inexpliquées, le Muséum et l'UPMC ont attendu le mois d'octobre pour signaler la découverte. Dans l'intervalle, les Carion ont eu vent de l'histoire et, sitôt contactés par le couple Mosset-Comette, se sont mis à chasser la météorite dans les rues de Draveil, sans succès.

Schéma de principe de la chute d'une météorite (pdf, 0 B)

Initialement, les Carion comme Albert Jambon supposaient que la météorite n'était pas très grosse et s'était dispersée sur une zone relativement limitée, une bande de l'ordre d'un kilomètre de long sur quelques centaines de mètres de large (plus précisément, la zone de chute a l'allure d'une ellipse ; voir aussi le schéma ci-dessus). Cette supposition s'appuyait sur le fait que les échantillons récupérés pesaient entre 50 et 200 grammes. Mais cette semaine, Jambon et Zanda ont mis la main sur une nouvelle pierre, beaucoup plus grosse que les précédentes, puisqu'elle pèse environ 2 kilos. Elle a été trouvée à environ 3 km des deux premières sur la commune de Grigny.

Le plus gros échantillon identifié de la météorite de Draveil  © Louis Carion Le plus gros échantillon identifié de la météorite de Draveil © Louis Carion

Ce sont cependant les Carion qui mènent à la marque : ils viennent de repérer un morceau de 5,3 kilos, à 6 kilomètres de chez Martine Comette, de l'autre côté de la Seine. Ce qui implique, pour Alain Carion, que la zone touchée par la météorite pourrait s'étendre sur une dizaine de kilomètres en longueur et quatre en largeur. Soit une ellipse de chute d'entre 30 et 40 kilomètres carrés, ce qui fait une bonne surface à arpenter ! Et cela implique aussi que la météorite avait, lors de son entrée dans l'atmosphère, une masse respectable, même si les données sont insuffisantes pour la chiffrer précisément. Cependant, sachant que l'on a déjà recueilli plus de 7,5 kg en tout, et qu'il reste peut-être encore des dizaines de morceaux dans la nature, la météorite de Draveil pourrait avoir une taille conséquente. A titre purement indicatif, la plus célèbre des pierres spatiales retrouvées en France, la météorite d'Ensisheim, en Alsace, tombée le 7 novembre 1492, faisait ses 127 kilos ! Elle est conservée au Palais de la Régence à Ensisheim, mais après divers avatars, il n'en reste plus que 55 kilos.

Comment les chondrites arrivent sur Terre (pdf, 0 B)

La météorite de Draveil est, comme celle d'Ensisheim, une chondrite, ce qui veut dire qu'elle est issue d'un corps céleste évoluant dans la ceinture d'astéroïdes qui se trouve entre les orbites de Mars et Jupiter (voir schéma). Ce n'est pas une rareté : 85% des météorites sont des chondrites, et leur principal intérêt géologique et scientifique tient à ce qu'elles sont faites de roches contemporaines des débuts du système solaire.

Pour tenter de rassembler le plus de débris possibles de la déjà fameuse météorite, le Muséum et l'UPMC ont lancé il y a quelques jours un «appel à témoins» aux habitants de Draveil et des communes voisines (si vous avez une information, téléphonez au 0140795601 ou écrivez à l'adresse valhuber@mnhn.fr) . Le communiqué du Muséum et de l'UPMC précise qu'il y a urgence car «ces pierres scientifiquement précieuses vont s'altérer si elles sont soumises aux intempéries.» Cette dernière indication ne manque pas de sel, si l'on considère que le communiqué est daté du 13 octobre et que la découverte remonte à deux mois, Albert Jambon ayant été contacté vers le 20 juillet...

A ce propos, on peut se demander comment il se fait qu'aucun témoin n'a observé la chute de la météorite, surtout s'il se confirme qu'elle est assez grosse : la météorite d'Ensisheim avait fait un bruit de tonnerre et creusé un cratère d'un mètre cinquante, de sorte qu'il était difficile de la manquer. Apparemment, celle de Draveil a eu une arrivée plus discrète. Alain Carion a retrouvé un témoin qui affirme que la chute s'est produite le mercredi 13 juillet entre 11 heures et midi.

Or, ce jour-là, le temps était couvert, de sorte que l'éclair lumineux et le bruit causé par la chute ont pu être confondus avec un coup de tonnerre.

On en saura sans doute davantage dans les jours qui viennent. En attendant, les lecteurs parisiens qui ne se sentent pas prêts à partir à la chasse aux météorites peuvent venir contempler les échantillons recueillis par le Muséum. A l'occasion de la Fête de la science, ces échantillons sont exposés à la Collection de minéraux de l'UPMC, jusqu'au 16 octobre, de 13 h à 18 h.

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