Samedi-sciences (151) : Stress chez les loups, les ours polaires et les chauves-souris

L’homme n’est pas seulement un loup pour l’homme, mais aussi pour le loup, en particulier pour les représentants de l’espèce qui vivent dans les vastes étendues du nord du Canada, des forêts des Territoires du Nord-Ouest à la toundra arctique. Chaque hiver, ces loups nordiques subissent une chasse intense principalement motivée par l’attrait de leur fourrure. Selon une étude menée par des chercheurs canadiens de l’université de Calgary, la pression exercée par les chasseurs modifie le comportement des loups et provoque chez eux un stress intense, qui peut être mesuré par le niveau d’une hormone, le cortisol.

Loups de la toundra canadienne © Wisegeek Loups de la toundra canadienne © Wisegeek

Pour étudier les effets physiologiques induits par la chasse, Heather Bryan, première signataire de l’étude publiée Functional Ecology, et ses collègues ont prélevé des échantillons de poils de 103 loups de la toundra et de la taiga canadiennes, ainsi que de 45 autres vivant dans la forêt boréale, où la chasse est moins intense. Les chercheurs ont comparé les niveaux d’hormones stéroïdiennes entre les deux groupes. Bryan et ses collègues observent que les loups de la toundra ont plus de cortisol, ce qui indique un stress et peut être lié à un comportement social plus instable. Ces mêmes loups ont aussi plus de progestérone, hormone liée à la gestation, ce qui suggère une proportion plus élevée de femelles reproductrices parmi les meutes de la toundra.

Habituellement, une meute comporte un seul couple reproducteur, explique la revue Science. Il semble donc que la pression de la chasse induise un plus grand effort de reproduction chez les loups de la taiga. L’un des arguments avancés pour justifier la chasse intensive est le caractère prédateur du loup, qui lui-même concurrence l’homme dans la chasse le caribou. Les données scientifiques démontrent cependant que la chasse intensive est en train de perturber la structure sociale des populations de loups, et peut à terme menacer l’avenir de l’espèce.

Une mystérieuse maladie fait perdre leurs poils aux ours polaires © USGS Une mystérieuse maladie fait perdre leurs poils aux ours polaires © USGS

L’ours blanc (Ursus maritimus) est déjà classé comme espèce vulnérable (et même comme espèce menacée aux Etats-Unis), et fait l’objet d’une surveillance attentive par les scientifiques. Une équipe de chercheurs de l’U.S. Geological Survey (un organisme public de recherche aux Etats-Unis), a découvert une étrange pathologie chez les ours polaires d’Alaska. Todd Atwood et ses collègues ont examiné, entre 1998 et 2012, près de 1500 ours polaires dans la région de la mer de Beaufort, et publient leurs observations dans The Journal of Wildlife Diseases. Ils ont observé, sur la période d’étude, que 3% des ours perdaient une partie de leur fourrure sur la tête et le cou.

Le nombre d’animaux atteints par cette alopécie varie fortement d’une année à l’autre, le maximum ayant été atteint en 2012 avec 28% d’animaux affectés. Certains ours touchés par l’alopécie ont été recapturés plusieurs années après le diagnostic et ont apparemment récupéré. Mais les scientifiques constatent aussi que les individus qui ont perdue de la fourrure sont plus maigres, ce qui pourrait être un signe de stress. Cependant, la cause de cette curieuse pathologie restent inconnue. La pollution chimique, un déficit alimentaire, un agent infectieux non identifié ou un effet du changement climatique figurent parmi les principaux facteurs suspectés.

Les chauve-souris, elles aussi, peuvent manifester une forme de stress ou du moins de perturbation : une équipe de l’université de Boise, dans l’Idaho, s’est penchée sur le cas de chauves-souris vivant dans la région des champs de gaz naturel, au nord du Nouveau-Mexique, où les compresseurs qui servent à l’extraction du gaz produite une importante pollution sonore, chaque jour de l’année, 24 heures sur 24. Or, les chauves-souris perçoivent le monde à travers le son, et sont donc a priori sensibles à la pollution de l’environnement sonore. Jessie Bunkley et ses collègues ont observé un effet significatif sur une espèce de chauves-souris, le molosse du Brésil (Tadarida brasiliensis). Selon leur étude publiée dans Global Ecology and Conservation, les molosses du Brésil passent 40% de temps en moins à proximité des compresseurs que dans les zones plus calmes.

Colonie de molosses du Brésil au Texas © Kirsten Bohn Colonie de molosses du Brésil au Texas © Kirsten Bohn

Il apparaît donc que les chauves-souris cherchent à éviter les endroits les plus bruyants. De plus, les chauves-souris qui émettent des sons plus graves se montrent aussi moins actives près des compresseurs, alors que celles qui produisent des sons aigus, plus faciles à distinguer du bruit des machines, sont moins affectées. Les chercheurs n’ont pas étudié le stress chez les molosses du Brésil, mais soulignent que la pollution sonore induite par les compresseurs, sur une zone de 356 kilomètres carrés, réduit l’habitat des molosses du Brésil. Le bruit peut aussi perturber les chauves-souris lorsqu’elles chassent des insectes en utilisant l’écholocation. L’homme altère les conditions de vie des animaux, pas seulement en chassant, en modifiant le climat ou en répandant des polluants chimiques, mais en transformant l’environnement sonore.

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