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Le Club de Mediapart mer. 4 mai 2016 4/5/2016 Dernière édition

Samedi-sciences (47): un art des cavernes néandertalien?

C’est un scoop paléontologique : une nouvelle datation fait remonter à près de 41.000 ans les premières peintures qui ornent la grotte du Castillo (ou d’El Castillo), près de Puente Viesgo, au nord de l’Espagne.

 © Science © Science
C’est un scoop paléontologique : une nouvelle datation fait remonter à près de 41.000 ans les premières peintures qui ornent la grotte du Castillo (ou d’El Castillo), près de Puente Viesgo, au nord de l’Espagne. Jusqu’ici, on estimait que les plus anciennes peintures rupestres connues étaient celles de la grotte Chauvet, remontant à une époque vieille de 32.000 à 37.000 ans. La nouvelle datation fait remonter l’art des cavernes de 4000 ans dans le passé, ce qui ouvre la possibilité que les artistes aient été des hommes de Néandertal !

Selon la conception la plus répandue parmi les paléontologues, ce sont les hommes modernes, venus d’Afrique, qui ont commencé à orner des grottes en Europe. Mais en février 2012, une observation faite aussi en Espagne, dans la grotte de Nerja, près de Malaga, faisait remonter à plus de 40.000 ans un dessin au fusain représentant un phoque. La datation n’est cependant pas définitivement confirmée pour le dessin de Nerja.

Le nouveau résultat, publié le 15 juin dans la revue Science par l’équipe britanno-espagnole d’Alistair Pike (université de Bristol), confirme l’ancienneté de l’art rupestre. Pike et ses collègues ont fait appel à une technique connue depuis longtemps mais assez peu utilisée pour les grottes ornées : la datation par les séries de l’uranium, dont on se sert notamment pour déterminer l’âge des coraux.

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Le procédé tire parti du fait que la calcite qui compose les stalactites et stalagmites contient des traces d’uranium 238 radioactif. Celui-ci se désintègre en formant d’autres éléments, en particulier du thorium 230. En mesurant le rapport entre uranium et thorium, il est possible de calculer – avec une certaine marge d’erreur - l’âge d’un dépôt de calcite.

Cette technique peut être utilisée pour dater les peintures des cavernes, parce qu’il se forme souvent de fins dépôts de calcite sur la surface de ces peintures. La datation par l’uranium peut être effectuée à partir d’un échantillon de 10 milligrammes de calcite et elle est plus fiable que la datation au carbone.

Alistair Pike et ses collègues ont prélevé 50 petits échantillons de calcite associés à des peintures ornant 11 grottes situées dans les Asturies et la Cantabrie, au nord-ouest de l’Espagne, notamment la célèbre grotte d’Altamira, celle d’El Castillo et celle de Titi Bustillo.

La moins ancienne, du moins d’après les datations précédentes, est Altamira, dont les magnifiques peintures représentent notamment des bisons. Ces œuvres n’ont sans doute pas été toutes peintes en même temps et semblent avoir été superposées sur plusieurs époques. Cependant, on pensait généralement que la superposition ne s’étendait que sur une période relativement courte entre le magdalénien et le solutréen, soit des âges grosso modo compris entre 15.000 et 20.000 ans.

Les mesures de l’équipe de britannico-espagnole conduisent à un intervalle beaucoup plus large, puisque d’après ces nouveaux résultats, certaines des peintures d’Altamira pourraient avoir près de 36.000 ans, tandis que d’autres ne remontent pas à plus de 22.000 ans. L’œuvre la plus ancienne, d’après la datation à l’uranium, symbole claviforme (en forme de clé), qui remonte au moins à l’aurignacien. La grotte d’Altamira a donc été décorée depuis une période très antérieure à ce que l’on estimait jusqu’ici.

Dans la grotte de Tito Bustillo, une galeries contient une stalactite ornée de deux figures d’allure anthropomorphique et peinte avec un pigment rouge. Dans ce cas, les échantillons analysés par la technique des séries d’uranium ont permis de déterminer que ces figures ont plus de 25.000 ans et moins de 37.000 ans, ce qui implique qu’il y a eu une longue tradition de peinture dans cette grotte.      L’œuvre la plus ancienne, d’après l’équipe d’Alistair Pike, est un disque rouge réalisé avec une technique de soufflage. Ce disque pourrait avoir près de 41.000 ans. Un disque analogue situé à un autre endroit dans la grotte a au moins 35.000 ans. A côté des disques se trouvent des mains faites au pochoir (c’est-à-dire que la peinture a été soufflée sur la main formant un masque, de sorte que la forme de la main apparaît entourée de pigment rouge).

Les chercheurs ont daté deux de ces mains : l’une a un âge autour de 24.000 ans, tandis que l’autre pourrait remonter à 37.000 ans. En général, les paléontologues considèrent que les mains aux pochoirs appartiennent à un style correspondant à la limite entre le solutréen et le gravettien, soit autour de 22.000 ans. Cette chronologie s’applique à la première main datée par nos chercheurs, mais l’autre est beaucoup plus ancienne. Qui plus est, le disque le plus ancien étant associé à des mains au pochoir, il se pourrait que le motif de la main soit lui aussi vieux de 41.000 ans.

En résumé, les découvertes de l’équipe d’Alistair Pike suggère que l’art rupestre s’est développé sur une période chronologique bien plus longue que ce que l’on considérait jusqu’ici comme plausible. Une période qui pourrait recouper celle de l’occupation européenne par les Néandertaliens, et remonter à une date antérieure à l’arrivée des hommes modernes venus d’Afrique. Dans cette hypothèse, l’art des cavernes ne serait plus une exclusivité de l’homme moderne, mais aurait pu aussi être pratiqué par les Néandertaliens. Ces derniers ont été longtemps considérés comme représentant un stade très primitif de l’humanité. Mais de plus en plus d’indices suggèrent que Néandertal était un homme civilisé, dont le seul tort aura été de disparaître avant nous. Cela arrive aux meilleurs…

 

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Tous les commentaires
  • 27/03/2013 16:59
  • Par elgat

Une bien belle hypothèse (originale, imaginative, apparemment cohérente) :

 

 

 

Tiendra-t-elle la route ? 

La fonction détourage de Photoshop aurait 31000 ans ? Et on ne nous dit rien ?

 

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L'auteur

Michel de Pracontal

Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.

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