Samedi-sciences (217): le Néandertalien et l'intelligence artificielle

Des Néandertaliens vivaient et fabriquaient des bijoux il y a environ 40.000 ans dans la Grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure, en Bourgogne, selon la publication scientifique la plus marquante de la semaine.

Des Néandertaliens vivaient et fabriquaient des bijoux il y a environ 40.000 ans dans la Grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure, en Bourgogne : c’est ce que démontre la publication scientifique la plus marquante de la semaine, due à un groupe de chercheurs allemands, britanniques, français et néerlandais, dirigé par Matthew Collins de l’université d’York.

Objets retrouvés dans la Grotte du Renne, attribués aux Néandertaliens © Dr. Marian Vanheren Objets retrouvés dans la Grotte du Renne, attribués aux Néandertaliens © Dr. Marian Vanheren

Le site d’Arcy-sur-Cure a joué un rôle crucial dans la discussion sur la transition entre Néandertaliens et hommes modernes en Europe. En effet, ce site représente précisément la période pendant laquelle les hommes modernes se sont répandus dans toute l’Europe tandis que les Néandertaliens, après plus de 200.000 ans de présence européenne, se sont effacés et ont totalement disparu, il y a un peu moins de 40.000 ans (voir notre article).

Dans la Grotte du Renne, on a retrouvé des colliers faits avec des dents d’animaux, des coquilles et de l’ivoire, ainsi que des outils en os, caractéristiques d’une culture appelée le Châtelperronien, du nom du premier site où cette culture a été identifiée. À Arcy-sur-cure, les objets du Châtelperronien sont associés à des restes fossiles d’hommes de Neandertal. Ce qui a suscité une controverse qui dure depuis des décennies. Certains anthropologues attribuent les outils et bijoux de la Grotte du Renne aux Néandertaliens, d’autres estiment que les Néandertaliens étaient incapables de réaliser de tels objets et qu’ils ont dus être produits par des hommes modernes.

La nouvelle publication, parue le 16 septembre dans Pnas, la revue de l’académie des sciences américaine, apporte un argument décisif en faveur de l’attribution des objets aux Néandertaliens. Le groupe mené par Matthew Collins, de l’université d’York (Royaume-Uni), et Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste (Leipzig, Allemagne), a utilisé une technique d’analyse de protéines pour étudier la composition chimique des restes humains trouvés dans la Grotte du Renne (ici, la présentation de l’Institut Max Planck). Les chercheurs ont ainsi pu prouver que des fragments d’os trouvés dans la grotte provenaient du crâne d’un enfant néandertalien en bas âge.

L'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig L'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig

« On peut imaginer toutes sortes de scénarios, mais l’explication la plus simple est que cet assemblage [d’objets] a été produit par des Néandertaliens », résume Jean-Jacques Hublin, interrogé par la revue Science.

Peut-on utiliser des protéines pour étudier des espèces remontant à des époques beaucoup plus reculées que les Néandertaliens ? Jusqu’ici, la plus ancienne  protéine séquencée datait de 700.000 ans et provenait d’un cheval archaïque découvert au Canada. Ce record vient d’être pulvérisé à l’université d’York par l’équipe de Matthew Collins (le même que ci-dessus). Collins et ses collègues ont réussi à extraire des protéines de coquilles d’œufs d’autruches datés de 3,8 millions d’années, et retrouvés à Laetoli, en Tanzanie, le site où l’on a retrouvé certaines des plus anciennes traces humaines. Collins a annoncé cette découverte lors d’un symposium tenu le 15 septembre à Oxford, rapporte Science.

Les Néandertaliens avaient-ils des chiens ? En tout cas, dès la préhistoire, les chasseurs humains ont eu des compagnons canins. C’est ce que démontre une étude menée au Japon par Angela Perri, chercheuse à l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste (le même que ci-dessus). Perri s’est intéressée à la période jômon, qui s’étend grosso modo de 16.000 à 2400 ans avant l’époque actuelle, et pendant laquelle l’archipel nippon était peuplé de chasseurs-cueilleurs. Au cours de l’holocène, il y a entre 10.000 et 12.000 ans, un réchauffement climatique a fait pousser une forêt dense de chênes, d’érables et de bouleaux. Des chiens auraient constitué des auxiliaires idéaux pour la chasse dans cette forêt de l’holocène, s’est dit Perri. Et elle a trouvé confirmation de son hypothèse en épluchant la littérature archéologique japonaise, où elle  a retrouvé des descriptions de plus d’une centaines de tombes de chiens de l’époque Jomon. Ces chiens étaient enterrés dans des fosses remplies de coquillages et placés dans des positions particulières, quelquefois avec des bracelets ou des bois de cerfs. Certains semblaient avoir eu des blessures de chasse. « Ils traitaient les chiens de la même façon que les chasseurs humains », explique Angela Perri dans Science.

Ours polaires sur le sous-marin USS Honolulu à 450 km du Pôle Nord © Chief Yeoman Alphonso Braggs, US-Navy Ours polaires sur le sous-marin USS Honolulu à 450 km du Pôle Nord © Chief Yeoman Alphonso Braggs, US-Navy

Les humains ont été des chasseurs-cueilleurs pendant plus de 95% de leur histoire, mais la chasse pourrait bien disparaître dans les prochains siècles : une étude dirigée par le géographe James Watson, de l’université du Queensland (Australie), fait apparaître un « déclin catastrophique des zones sauvages ». Selon cette étude publiée le 8 septembre dans Current Biology, entre 1993 et 2009, les régions sauvages ont diminué de 10% à l’échelle de la planète, et de 30% en Amérique du sud. À ce rythme, il ne restera bientôt plus une bête sauvage à chasser.

L’ours polaire, lui, est un des animaux sauvages les plus menacés actuellement. Selon la revue Nature, le réchauffement de l’Arctique est tel qu’il ne reste plus un refuge sûr pour cette espèce adaptée au grand froid. Il subsiste aujourd’hui 19 zones arctiques où les ours polaires peuvent se réfugier, mais ces habitats se réduisent inexorablement, du fait du retrait de la glace de mer.

Lorsque l’espèce humaine aura fait disparaître une grande partie des autres, il lui restera la possibilité de repeupler la Terre avec des robots et des animaux artificiels. D’ici 2030, l’intelligence artificielle pourrait être très présente dans notre vie quotidienne, selon Science, qui décrit même la possibilité que des robots puissent servir de professeurs et « répondre individuellement aux étudiants d’une manière qui semble humaine. »

Dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? – roman porté à l’écran sous le titre Blade Runner, Philip K. Dick décrit une Terre dévastée par la guerre nucléaire, où la plupart des espèces animales ont disparu, et où l’on ne trouve plus que des animaux artificiels. Le personnage principal du roman sacrifie ses économies pour s’acheter une vraie chèvre à la place de son mouton électrique. L’humanité actuelle semble peut soucieuse de préserver cette vie sauvage si chère au héros de Dick. Après avoir fait disparaître les Néandertaliens, allons nous remplacer les ours polaires et les moutons par des animaux électriques ? À la semaine prochaine.

 

 

 

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