Samedi-sciences (74) : l’art du camouflage de la caille

Parmi les nombreuses espèces animales qui recourent à des techniques de camouflage, la caille du Japon (Coturnix japonica) se révèle particulièrement talentueuse, comme le démontre une étude réalisée par l’équipe britannique de George Lovell, de l’université St Andrews, et publiée dans Current Biology du 17 janvier.

Stratégie de camouflage des cailles © Lovell/Current Biology Stratégie de camouflage des cailles © Lovell/Current Biology
Parmi les nombreuses espèces animales qui recourent à des techniques de camouflage, la caille du Japon (Coturnix japonica) se révèle particulièrement talentueuse, comme le démontre une étude réalisée par l’équipe britannique de George Lovell, de l’université St Andrews, et publiée dans Current Biology du 17 janvier.

Selon cette étude, la caille du Japon dépose ses œufs sur une surface sélectionnée de manière à ce qu’ils soient peu visibles, afin de les protéger des prédateurs. Les cailles du Japon déposent habituellement leurs œufs au sol. Cela en ferait un menu protéiné fort attractif pour les prédateurs, si le choix de l’aire de nidification ne les rendait pas les œufs difficiles à détecter visuellement.

Pour mettre en évidence cet art du camouflage, les chercheurs ont présenté à des cailles du Japon un choix de quatre surfaces artificielles d’aspects différents. Or, les oiseaux sélectionnent systématiquement la surface dont les couleurs et l’aspect offrent à ses œufs le meilleur camouflage.

D’une manière générale, il existes deux grandes tactiques de camouflage dans le monde animal : la première vise à se confondre dans le décor, comme le caméléon ou les phasmes, ces insectes qui ressemblent à des brindilles ; la deuxième tactique consiste à tirer profit d’une coloration qui rend la silhouette de l’animal difficile à discerner – cas des taches du léopard, par exemple.

La caille du Japon, selon George Lovell et ses collègues, a la capacité de choisir la meilleure tactique en fonction des caractéristiques particulières de ses œufs. Une femelle dont les œufs ont peu de taches choisira plutôt une surface dont l’aspect général se rapproche de celui des coquilles, suivant la tactique du caméléon. Une femelle dont les œufs sont couverts de taches sombres optera plutôt pour un fond sombre, selon la tactique du léopard.

Dans tous les cas, les cailles optimisent le choix de l’aire de nidification en fonction des caractéristiques spécifiques de leurs œufs. Comme on a constaté que les femelles tendent à pondre des œufs d’aspect similaire au cours du temps, la concordance ne s’explique pas par le fait que les femelles tendraient à pondre des œufs ressemblant à leur environnement.

« Nos résultats montrent que les cailles “connaissent” le motif particulier de leur œuf et cherchent pour déposer leurs œufs l’endroit qui fournit le meilleur camouflage en fonction de ce motif précis », indiquent Lovel et ses collègues dans leur article.

C’est du moins ce qu’observent les chercheurs lors de leur expérience. Dans la vie sauvage, la situation est plus complexe qu’au laboratoire, et d’autres facteurs peuvent entrer en jeu dans le choix des cailles : l’environnement aux alentours de l’aire de nidification, les matériaux disponibles, etc.

Diversité des aspects des oeufs de caille  © Lovell/Science Diversité des aspects des oeufs de caille © Lovell/Science

Mais l’étude britannique suggère que les cailles sont capables de choisir par anticipation une zone particulière pour déposer leurs œufs. Si cela se confirme, il en résulterait que le camouflage animal ne se limite pas à une adaptation fonctionnelle de l’apparence physique, mais fait aussi appel à un comportement stratégique.

Pour certaines espèces, observe Katherine Harmon dans Scientific American, la stratégie est évidente : par exemple, certaines espèces de poulpes changent de couleur (un peu comme les caméléons) en fonction de leur environnement aqueux, dont l’aspect varie avec l’éclairement ; pour le poulpe, un petit changement de coloration peut suffire à le dissimuler ou au contraire à le rendre visible de ses prédateurs, et donc faire la différence entre la vie et la mort.

Dans le cas des cailles, ce n’est pas aussi simple, puisqu’elles ne peuvent pas contrôler la couleur et l’aspect de leurs œufs : leur aptitude à choisir la bonne aire de nidification constitue une remarquable stratégie adaptative.

 

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