Samedi-sciences (127) : planètes habitables en stock !

En passant au crible les données du télescope spatial Kepler, une équipe d’astronomes de la Nasa vient d’identifier une planète qui présente pas mal de traits communs avec la nôtre : éloignée de 500 années-lumière environ, elle est rocheuse, a presque la même taille que la Terre (son diamètre est à peine 10% plus long) et elle tourne autour de son étoile à une distance convenable pour permettre la présence d’eau liquide, donc potentiellement de formes vivantes.

Représentation artistique de Kepler 186-f © Nasa Représentation artistique de Kepler 186-f © Nasa

En passant au crible les données du télescope spatial Kepler, une équipe d’astronomes de la Nasa vient d’identifier une planète qui présente pas mal de traits communs avec la nôtre : éloignée de 500 années-lumière environ, elle est rocheuse, a presque la même taille que la Terre (son diamètre est à peine 10% plus long) et elle tourne autour de son étoile à une distance convenable pour permettre la présence d’eau liquide, donc potentiellement de formes vivantes.

Depuis la découverte de la première exoplanète en 1996, la nouvelle venue, Kepler-186f, est celle qui ressemble le plus à la Terre. Auparavant, on connaissait Kepler-20e, un peu plus petite que la Terre, mais située dans une région beaucoup trop chaude pour être habitable ; et Kepler-22b, beaucoup plus grosse que notre planète. Elisa Quintana, qui a conduit l’équipe de la Nasa, met cependant un petit bémol : « Nous considérons cette planète plus comme une cousine de la Terre que comme sa jumelle », explique-elle dans la revue Science, qui vient de publier sa découverte. La raison de cette nuance ? L’étoile autour de laquelle tourne la planète nouvellement découverte, Kepler-186, est une naine rouge, un astre de masse plus faible que le Soleil, qui brûle plus lentement et qui ne brille pas assez pour être visible à l’œil nu. Pour détecter Kepler-186f, le télescope spatial a dû mesurer un infime obscurcissement de la lueur de l’étoile, au moment où l’exoplanète passait devant (elle accomplit une révolution en 130 jours).

Comparaison entre le système solaire et celui de l'étoile Kepler-186 © Nasa/JPL-Caltech Comparaison entre le système solaire et celui de l'étoile Kepler-186 © Nasa/JPL-Caltech

Les étoiles du type naine rouge sont très nombreuses, et représentent plus des trois quarts de l’ensemble des étoiles de la Voie Lactée. « Notre galaxie est sans doute jonchée de cousines de Kepler-186f », dit-elle. De telles planètes ouvrent un nouveau champ à la recherche d’éventuels havres de vie extraterrestre. Elles ont toutefois un handicap, du point de vue de l’existence éventuelle de formes vivantes : elles pourraient être plus exposées au risque d’éruptions stellaires que les planètes qui tournent autour d’une étoile comme notre Soleil.

Mais elles ont aussi un avantage, car les naines rouges brillent pendant une durée beaucoup plus longue – des milliards d’années de plus – qu’une étoile du type du Soleil, et offrent donc un intervalle de temps bien plus long pour permettre à une vie potentielle de prospérer.

Le télescope Kepler a passé en revue près de 150 000 étoiles de mars 2009 à mai 2013, et a identifié 961 planètes dans cet ensemble. Quatre planètes ont déjà été détectées, en 2013, autour de la naine rouge Kepler-186, toutes d’un diamètre inférieur à une fois et demie celui de la Terre, mais trop près de l’étoile pour pouvoir être habitables. La cinquième a donc été découverte un an plus tard, et des mesures précises ont permis de déterminer son diamètre et de situer son orbite dans les limites de la « zone habitable ».

La présence d’eau liquide n’est pas une certitude : tout ce que l’on sait à ce stade est que la température de la surface de la planète est compatible avec l’existence d’eau. Mais pour que celle-ci reste sous forme liquide, il faut aussi qu’une atmosphère protectrice permette de la protéger. Ce point n’est pas encore acquis.

Au passage, on peut noter qu’une étude toute récente parue dans Nature Geoscience estime que l’atmosphère de Mars était sans doute trop ténue pour empêcher la planète rouge de geler. Selon cette étude, les traces à la surface de Mars qui suggèrent que la planète a été inondée d’eau liquide à ses débuts pourraient refléter des vagues de chaleur passagère, plutôt qu’une habitabilité durable.

Dans le cas de Kepler-186f, on ne peut pas encore savoir ce qu’il en est exactement. Il n’est pas totalement impossible que la planète ait une orbite telle qu’elle présente toujours la même face à son étoile, ce qui serait un obstacle à une vie éventuelle. Pour l’instant, le principal intérêt de la découverte est de montrer qu’il existe sans doute de nombreuses planètes assez semblables à la Terre dans les zones habitables de petites étoiles. La prochaine étape serait d’en découvrir une qui ne soit pas trop loin de nous, afin de pouvoir étudier son atmosphère. Et peut-être, d'en déduire la présence de vie ailleurs que sur notre Terre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.