Samedi-sciences (79): les dauphins s’appellent par leur nom

Les dauphins savent reproduire le sifflement spécifique d’un congénère proche pour entrer en contact avec lui, un peu comme les humains s’appellent entre eux par leur nom, d’après une étude dirigée par Stephanie King, de l’université St Andrews, au Royaume-Uni et plus précisément en Écosse (l’étude vient d’être publiée dans Proceedings of the Royal Society).

Les dauphins savent reproduire le sifflement spécifique d’un congénère proche pour entrer en contact avec lui, un peu comme les humains s’appellent entre eux par leur nom, d’après une étude dirigée par Stephanie King, de l’université St Andrews, au Royaume-Uni et plus précisément en Écosse (l’étude vient d’être publiée dans Proceedings of the Royal Society).

Stephanie King et ses collègues étudient depuis plusieurs années le sifflement du grand dauphin (Tursiops truncatus). Chaque individu  possède un sifflement qui lui est propre, une « signature sifflée », qu’il utilise pour signaler sa présence à ses compagnons.

Dauphins dans la baie de Saratosa (Floride) © Sarasota Dolphin Research Program Dauphins dans la baie de Saratosa (Floride) © Sarasota Dolphin Research Program

Les dauphins vivent dans une société formée sur le modèle appelé fission-fusion (que l’on rencontre aussi chez les primates, notamment les chimpanzés). Le principe général est que le groupe se subdivise en sous-groupes dont la composition précise varie constamment : un individu passe un moment dans un sous-groupe, puis va rejoindre un deuxième sous-groupe, tandis que le premier sous-groupe éclate et qu’un nouveau sous-groupe se forme, et ainsi de suite…

Dans ce contexte de relations sociales flexibles, et dans l’environnement aquatique où les signaux visuels et olfactifs ont une faible portée, la reconnaissance individuelle par un signal acoustique est bien sûr un atout. Les dauphins mettent au point leur signature sifflée au cours de leur apprentissage vocal. Chaque dauphin écoute son environnement acoustique dès le tout début de sa vie et invente sa propre modulation, qui permettra ensuite à ses compagnons de l’identifier au cours de leurs évolutions aquatiques.

« Un dauphin émet son sifflement spécifique pour signaler son identité et annoncer sa présence, ce qui permet aux membres du groupe de s’identifier à longue distance, et de se rejoindre, explique Stephanie King sur le site Science nbcnews. Les sifflements des dauphins peuvent être détectés jusqu’à une vingtaine de kilomètres, cette distance variant en fonction de la profondeur et de la fréquence du signal. »

Lorsque l’individu se développe, sa signature sifflée tend à devenir le son le plus courant de son répertoire : chez les dauphins sauvages, la signature représente la moitié des sifflements émis par un individu. Cependant, on a aussi découvert que les dauphins peuvent imiter la signature d’un congénère.

L’équipe de l’université St Andrews a pu démontrer que ces imitations sont rares, mais néanmoins assez fréquentes pour qu’on ne puisse les attribuer au hasard. Dans l’étude qui vient de paraître, les chercheurs ont étudié les imitations d’une dizaine de dauphins sauvages ayant séjourné dans la zone de la baie de Saratosa, en Floride. Les émissions sonores de ces cétacés ont été enregistrées lors d’un programme de recherche entre 1984 et 2009. Stephanie King a aussi examiné les enregistrements de quatre dauphins vivant en captivité dans un aquarium en Floride.

L’analyse des signaux acoustiques a montré que les dauphins n’imitent que des individus  avec qui ils sont très liés : le cas le plus fréquent est celui d’un delphineau imitant sa mère ; mais un mâle peut aussi imiter un compagnon de jeu dont il est proche. Le fait que les imitations concernent des individus très liés entre eux suggère qu’il s’agit d’une sorte d’appel. C’est ce que l’équipe écossaise a cherché à établir de manière plus précise.

La rareté des imitations « est cohérente avec l’idée que la signature sifflée est utilisée pour indiquer l’identité d’un individu, parce qu’un tel système ne serait pas viable s’il y avait un taux élevé d’imitation », remarquent les chercheurs. Ce point est important, parce que le dauphin est un excellent imitateur, et n’aurait pas de difficulté à imiter très souvent de nombreux congénères.

Au contraire, les dauphins font assez peu d’imitations, et ils imitent toujours un individu très proche. Autre observation importante : les imitations ne sont pas des copies parfaites, visant à tromper les auditeurs ; au contraire, l’imitateur fait en sorte que sa copie soit reconnaissable comme telle, et qu’il soit lui-même identifiable.

Pour Stephanie King et ses collègues, il est clair que ces imitations n’ont pas pour but de tromper les auditeurs, et que le copieur ne cherche pas à se faire passer pour celui qu’il copie, mais plutôt à l’interpeller. D’ailleurs, les imitations ne se produisent pas quand les dauphins sont en présence d’un groupe étranger. Elles apparaissent comme un signal entre un individu et son partenaire social le plus proche.

« Cela signifie que l’imitation s’adresse à un individu spécifique, résume Stephanie King dans la revue Science. Les dauphins copient le sifflement d’un partenaire quand ils en sont séparés, ce qui montrent qu’ils veulent se réunir avec cet individu particulier. » C’est assez similaire à ce que font les humains : « Vous ne prononcez pas votre nom pour appeler un ami, mais le sien », ajoute King (vous pouvez écouter les dauphins ici).

Jusqu’où va la ressemblance entre le dauphin et l’homme ? Les cétacés peuvent-ils appeler à l’aide ? Émettre des sons qui signifient qu’ils apprécient ou n’apprécient pas un congénère ? Stephanie King et ses collègues poursuivent leurs recherches.

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