Michel de Pracontal
Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
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Billet de blog 24 févr. 2012

Michel de Pracontal
Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
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Samedi-sciences(32): virus H5N1 manipulés, suite (mais pas fin)…

Michel de Pracontal
Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
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Dernier rebondissement de la controverse à propos des virus H5N1manipulés, dont nous avons parlé dans un précédent épisode (voir Samedi-sciences du 4 février) : un groupe de 22 experts de 11 pays s’est prononcé pour la publication intégrale des travaux de deux équipes, l’une néerlandaise et l’autre étasunienne, portant sur des manipulation du virus de la grippe aviaire qui facilitent la transmission de ce virus chez l’homme.

Image du virus H5N1 au microscope électronique © Cynthia Goldsmith

Ce groupe d’experts, constitué de chercheurs spécialisés dans la grippe, de responsables de santé publique et de directeurs de revues scientifiques, s’est réuni les 16 et 17 février à Genève, au siège de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). La recommandation qu’il a émise s’oppose à l’avis d’un autre organisme, le NSABB (National science advisory board for biosecurity), comité scientifique américain qui s'occupe des risques liés au bioterrorisme.

Résumé des épisodes précédents : à l’automne 2011, on a appris que l’équipe de Ron Fouchier, au Centre médical Erasme de Rotterdam, et celle de Yoshihiro Kawaoka à l'université du Wisconsin (Madison), avaient toutes deux produit en laboratoire des souches de H5N1 génétiquement modifiées. Rappelons que le H5N1, virus de grippe aviaire, est particulièrement meurtrier chez les oiseaux, et s’est aussi révélé létal chez l’homme. Mais il se transmet difficilement dans notre espèce.

Après une première apparition en 1996, le H5N1 a réémergé début 2004 en Asie, et a tué au cours des huit dernières années 344 des 583 personnes qu’il a infectées. Cela représente un taux de létalité de 59%. Un tel taux associé à une forte contagiosité ferait de ce virus un péril redoutable. Or, le H5N1 manipulé se transmet par voie aérienne entre des furets, utilisés comme modèles animaux. Selon Ron Fouchier, son équipe a créé «probablement l'un des plus dangereux virus que l'on puisse faire».

D’où une vague d’inquiétude qui a conduit le NSABB a demander une sorte de censure sur les articles scientifiques des deux équipes. Fouchier et Kawaoka ont tous deux préparé des articles, le premier pour la revue Science et le deuxième pour Nature, mais aucun des deux n’a été publié. Le NSABB a demandé que les articles soient rédigés en omettant les détails les plus «stratégiques». 

Bien que les deux chercheurs estiment que leurs recherches ne pouerraient pas réellement être détournées par des terroristes, tous deux ont accepté de se soumettre à la demande du NSABB. Puis, le 20 janvier, Fouchier, Kawaoka et une quarantaine d’autres spécialistes ont appelé à un moratoire de deux mois sur ce type de recherche, tout en invitant les chercheurs à se réunir en un forum au siège de l’OMS, à Genève.

Lors de la réunion à Genève, Fouchier et Kawaoka, dans une mise en scène assez dramatique, ont présenté des copies de leurs articles comportant les corrections demandées par le NSABB. Ils ont distribué des exemplaires numérotés en demandant à chaque participant de signer à réception et à restitution de la copie. A la fin, tous les exemplaires ont été passés à la déchiqueteuse devant l’assemblée…

Au-delà de cette théâtralisation, une forte majorité des chercheurs réunis à Genève est tombée d’accord sur le fait que la censure partielle ne fonctionnerait pas, parce qu’il est trop compliqué de filtrer l’infiormation, d’autant que cette information a un intérêt pour la santé publique. En effet, les mutations étudiées en laboratoire pourraient se produire de manière naturelle. Il est donc important de savoir dans quelles conditions le H5N1 pourrait spontanément s’adapter à l’homme.

Un certain nombre de chercheurs continuent de s’opposer à la diffusion des travaux de Fouchier et Kawaoka, mais la recommandation issue de Genève semble majoritaire. Cependant, les chercheurs ont aussi décidé de maintenir leur moratoire jusqu’au 20 mars. Les deux revues concernées, Science et Nature, n’ont pour l’instant pas fixé de calendrier de publication.

De son côté, le Canada vient d’annoncer que sur son territoire, toute recherche sur la manipulation des virus de grippe aviaire ne pourrait être menée que dans un laboratoire possédant le niveau maximum de sécurité (P4). Les laboratoires de Fouchier et de Kawaoka n’ont que le niveau P3, ce qui correspond à une haute sécurité mais n’est pas le niveau maximum. Le fait d’imposer le niveau P4 entraîne une certaine limitation des recherches, car il y a peux de laboratoires P4 dans le monde. Mais le Canada est pour l’instant le seul pays à avoir pris une telle mesure.

Mais quelles que soient les décisions à venir, l’affaire a désormais fait tellement de bruit que d’une manière ou d’une autre, les recherches sur le H5N1 ne se poursuivront que sous haute surveillance. Sans qu’on sache vraiment si cette inquiétude est justifiée.

Exceptionnellement, "Samedi-sciences" ne paraîtra pas le samedi 3 mars. Prochain rendez-vous le 10 mars.

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