Samedi-sciences (202) : combattre Ebola, le déclin des abeilles et la destruction des coraux

Cette semaine, une nouvelle piste de traitement prometteuse contre le virus Ebola, un test réussi pour le futur observatoire spatial européen d'ondes gravitationnelles, une alerte au déclin des insectes pollinisateurs, et une expérience qui prouve pour la première fois dans la nature comment l'acidité des océans attaque les coraux.

 

• UNE NOUVELLE PISTE DE TRAITEMENT CONTRE LE VIRUS EBOLA

Bernadette Jessaboye et sa mère Ioye Massaquoy, survivantes d'Ebola © OCHA Bernadette Jessaboye et sa mère Ioye Massaquoy, survivantes d'Ebola © OCHA

Si le Zika est le fléau à l’ordre du jour, le virus Ebola continue de faire parler de lui. Avec, pour une fois, une bonne nouvelle : une piste de traitement prometteuse vient d’être découverte grâce à un survivant de l’épidémie d’Ebola survenue en 1995 à Kikwit, en République démocratique du Congo (ex-Zaïre).

L’équipe de l’immunologiste Nancy Sullivan (NIAIDS, Bethesda, États-Unis) a identifié chez ce patient un anticorps protecteur d’une efficacité remarquable: cet anticorps est capable de neutraliser le virus Ebola chez des singes infectés, même cinq jours après que l’agent pathogène leur a été inoculé.

« Il est vraiment stupéfiant qu’un anticorps unique puisse protéger contre Ebola », dit Nancy Sullivan, citée dans la revue Nature. Sa concurrente Science publie pas moins de deux articles consacrés à cet anticorps appelé mAb114, qui pourrait fournir la première thérapie active contre le virus.

Malgré cette perspective encourageante pour l’avenir, le présent est plus sombre. L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’ouest, qui a touché plus de 28.600 personnes, et a fait plus de 11.300 morts, continue d’être un fardeau pour les trois pays touchés, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Plusieurs études, présentées lors d’une réunion à Boston le 24 février, montrent que chez de nombreux survivants, l’infection a des séquelles à long terme. Les plus fréquentes sont des douleurs articulaires, des maux de tête, de la fatigue, mais on observe aussi des problèmes neurologiques et des atteintes aux yeux pouvant aller jusqu’à la cécité. Une étude menée en Guinée par l’équipe de Jean-François Etard, de l’IRD de Montpellier, a relevé deux cas d’enfants devenus aveugles à la suite d’une cataracte. De plus, le virus peut persister chez des sujets apparemment guéris. Il a été retrouvé dans le sperme de plusieurs hommes qui ont été infectés et ont récupéré. Il existe donc un risque de relance de la chaîne de transmission du virus par la voie sexuelle.

 

• PREMIER TEST RÉUSSI POUR LE FUTUR OBSERVATOIRE SPATIAL EUROPÉEN D'ONDES GRAVITATIONNELLES 

Les deux cubes de la mission Lisa Pathfinder © ESA Les deux cubes de la mission Lisa Pathfinder © ESA

Les scientifiques de la mission Lisa Pathfinder, financée par l’Agence spatiale européenne (ESA), viennent de réussir une manipulation délicate : suivre avec des lasers, à des millions de kilomètres de la Terre, le mouvement de deux cubes de métal en chute libre avec une précision de l’ordre d’un cent-millième de l’épaisseur d’un cheveu. Cette mission est un test de faisabilité en vue d’un projet européen d’observatoire des ondes gravitationnelles à partir de l’espace. Appelé eLisa, le futur observatoire, qui doit être lancé en 2034, sera un interféromètre géant constitué de trois satellites formant un triangle d’un million de kilomètres de côté. Ces satellites devront émettre et de recevoir entre eux des faisceaux lasers avec une haute précision. La réussite de Lisa Pathfinder constitue une première étape qui démontre que le principe peut fonctionner. Jusqu’ici, les ondes gravitationnelles, dont la première détection a été annoncée le 11 février (voir nos articles ici et et Samedi-sciences n°200), ne peuvent être observées que depuis la Terre.

 

• LE DÉCLIN DES POLLINISATEURS MENACE LES CULTURES MONDIALES 

C’est l’avertissement des experts de l’IPBES, organisme intergouvernemental qui est un peu l’équivalent du Giec pour l’étude de la biodiversité et de la santé écologique de la planète. L’IPBES vient de d’annoncer les conclusions de son premier rapport, consacré aux insectes et animaux pollinisateurs. Selon ce rapport, présenté dans Nature, les populations de pollinisateurs sont en déclin, notamment à cause du changement climatique, de maladies et de l’usage des pesticides. Le rapport recommande de réduire l’usage des pesticides, d’utiliser d’autres moyens de contrôles les insectes nuisibles et de planter des massifs floraux pour augmenter le nombre d’abeilles et d’autres insectes pollinisateurs. Bien que le rapport lance une alarme, certains scientifiques jugent que l’IPBES n’est pas assez indépendant de l’industrie, et ont en particulier dénoncé la présence de deux experts liés à l’industrie agrochimique.

 

• L’ACIDITÉ DE L'OCÉAN ATTAQUE LA GRANDE BARRIÈRE DE CORAIL 

Touriste nageant dans la Grande barrière de corail © Reuters/Ho/Great Barrier Reef National Park Authority Touriste nageant dans la Grande barrière de corail © Reuters/Ho/Great Barrier Reef National Park Authority

Des chercheurs californiens viennent d’obtenir la première preuve expérimentale de l’effet délétère des émissions de CO2 sur les récifs coralliens, rapporte Nature. Une équipe de l’université Stanford dirigée par Ken Caldeira a utilisé une substance alcaline pour diminuer l’acidité de l’eau de mer baignant un petit atoll de la Grande barrière de corail, au large de la côte est de l’Australie. L’opération a ramené l’acidité de l’océan à son niveau pré-industrielle. Le taux de croissance des récifs de corail a augmenté de près de 7%, ce qui confirme, pour la première fois dans la nature, ce que l’on avait déjà observé en laboratoire : les coraux et d’autres organismes qui ont des coquilles calcaires souffrent de l’acidification de l’eau.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.